Le deuil écologique - podcast episode cover

Le deuil écologique

Jul 24, 202537 minEp. 17
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Episode description

Que se passe-t-il quand ton quartier est jugé trop toxique pour y vivre?

À Rouyn-Noranda, 200 familles doivent quitter leur secteur pour créer une zone tampon autour de la Fonderie Horne. Avec le Collectif Tomber debout, on explore ce déracinement forcé qui soulève tristesse, colère et élan de résistance.

· Animation : Julien Morissette
· Invitée : Ariane Ouellet
· Recherche et scénarisation : Collectif Tomber debout (Valéry Hamelin, Violaine Lafortune et Ariane Ouellet)
· Réalisation : Francis Thibault
· Collaboration : Emmanuelle Arseneau et les participants au projet Perdre racine, Mères au front de Rouyn-Noranda et leurs allié.e.s, Véronique Côté et Anaïs Barbeau-Lavalette, Hugo Asselin, Emmanuelle Larocque et Pierre Céré
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Emmanuelle Arseneau et les participants au projet Perdre racine, Mères au front de Rouyn-Noranda et leurs allié.e.s, Véronique Côté et Anaïs Barbeau-Lavalette, Hugo Asselin, Emmanuelle Larocque et Pierre Céré
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Transcript

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de Tuvalu, un petit État archipel polynésien de 10 000 habitants. Dans les années 80-90, des scientifiques commencent à prévenir certains États insulaires que la montée du niveau de la mer, c'est une menace à laquelle il faudra accorder de l'attention. À Tuvalu, on vit un peu dans le déni, comme on le fait tous face à la menace climatique. On se dit que c'est trop lointain, trop abstrait pour nous atteindre.

Mais à la fin de la décennie 90, on commence à prendre conscience que ça va affecter la population de façon très concrète. Les signes apparaissent dans les années 2000, le niveau de la mer monte, les tempêtes tropicales deviennent de plus en plus intenses et les côtes s'érodent. Les habitants de Tuvalu ont commencé à faire leur deuil, celui de la terre, leur culture, de leur maison. Mais certaines Tuvaliennes et Tuvaliens ont décidé de ne pas sombrer dans

l'inaction. Il y a de la résistance pour obtenir de la justice climatique. J'ai l'impression que ça va être ça le 21e siècle. Dans l'hémisphère sud comme dans l'hémisphère nord, je pourrais donner des dizaines d'exemples de milieux de vie qu'on doit abandonner face aux changements climatiques. Des zones inondées, des secteurs frappés de plus en plus souvent par des ouragans, des villages qui disparaissent sous les flammes en raison des feux de forêt.

Beaucoup d'endroits où ce ne serait pas sage de rebâtir. Et on ne parle pas seulement de zones arctiques ou insulaires. Ça se passe aussi dans des quartiers urbains, comme à Rouyn-Noranda, où il y a des centaines de personnes qui doivent faire le deuil de leur milieu de vie. Aujourd'hui, en compagnie d'Ariane Ouellet, résidente de Rouyn-Noranda, on va découvrir comment les citoyennes et citoyens de sa ville vont transformer leur douleur en action collective.

Ariane est artiste visuel et membre du collectif Tombé debout, un groupe d'artistes qui s'intéresse aux notions de territoire, de communauté et d'appartenance. Bienvenue à l'Heure de grande écoute. Le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L'épisode d'aujourd'hui, le deuil écologique. Le jour où je vais être poignée peut-être pour sortir de ma maison, là c'est vrai que je ne me sentirai plus chez nous.

Faut je gère les crises de mes enfants qui m'appellent. « Mais maman, où c'est qu'on va aller? Maman, on n'aura plus de maison. Maman, je ne verrai plus mes amis. » Ça a été vraiment un choc. On est en studio avec Ariane Ouellet. Salut Ariane. Allô, Julien. Aujourd'hui, on parle d'un grand bouleversement qui est toujours d'actualité dans la région de Rouyn-Noranda. On a entendu deux personnes, Yvonne et Manon. Elles vont perdre leur maison. Pourquoi?

Parce qu'elles habitent toutes les deux dans le quartier Notre-Dame-de-Protection, à Rouyn-Noranda. C'est là qu'il y a la fonderie Horne. Puis comme plusieurs personnes l'ont sûrement entendu dans les médias, l'air à proximité de la fonderie est très, très pollué. Et le gouvernement permet à la compagnie Glencore de poursuivre ses activités, même si elle ne respecte pas les normes environnementales qui sont en vigueur partout au Québec.

Oui, ça a fait les manchettes. On en a entendu parler à travers la province. Mais je ne suis pas sûr que les gens qui ne sont pas de la région de l'Abitibi ont conscience des conséquences de cette décision-là. Bien, la conséquence directe, à part la pollution, bien sûr, c'est la destruction de maisons et de

logements autour de la fonderie. Donc, depuis 2023, la solution que le gouvernement a, c'est de « relocaliser » des habitants qui sont dans une zone d'environ 140 mètres au pied de la fonderie parce que c'est dangereux pour leur santé. Donc, dans le fond, ils créent ce qu'on appelle une zone tampon entre la fonderie et le restant du quartier. Et puis, si je comprends bien, la zone tampon, c'est un peu l'expropriation.

Moi, ça me fait penser à ce que le gouvernement faisait dans les années 60-70 pour bâtir des routes, des autoroutes, ou même ici, dans la région, il y a eu beaucoup d'expropriations pour qu'on puisse construire des buildings de la fonction publique donc ça ressemble un peu à ça ? Ben pour l'instant les mots qui sont utilisés

c’est plutôt « une relocalisation volontaire ». Ok, ok, je vois. Même si au final ça ressemble pas mal à des expropriations, puis la surprise, là-dedans, c'est que les habitants du quartier qui va être démoli de la zone tampon, ils ont appris ça le 16 mars 2023 par les médias, en même temps que tout le monde. Donc, je pense qu'il y a un petit manque de respect là. Je comprends, je comprends le sentiment. Ce quartier-là a l'air de quoi?

C'est le Vieux-Noranda. Donc, tu imagines un quartier ouvrier au pied d'une fonderie. C'est un quartier qui date des années 20 avec des petites maisons, avec des commerces, avec des façades boomtown, des rues assez larges où avec une auto, les pickups peuvent se stationner à 45 degrés. Il y a aussi une école primaire, un CPE, puis il y a un grand lac au bout.

Oui, moi, je me souviens d'être allé, comme beaucoup de gens au Québec, pour des festivals, parce que l'Abitibi est quand même reconnu pour sa vie culturelle foisonnante, que ce soit le Festival de musique émergente, le Festival des guitares du monde. Je pense aussi à l'Écart, un centre d'artistes autogérés qui est fabuleux dans ce quartier-là.

Donc, il y a beaucoup de gens, finalement, qui ont fréquenté ce quartier-là qui a quand même une grande importance, on le comprend bien, dans la vie à Rouyn-Noranda. Bien oui, c'est vraiment notre quartier culturel. Après tout ce que tu dis, il y a des bars, des librairies, etc. Pour nous, c'est un quartier qui est vraiment très important, qui bouge beaucoup. Donc, c'est précieux dans l'écosystème d'une petite ville. En même temps, je veux juste clarifier que que c'est pas tout ce quartier-là

qui va être démoli, c'est vraiment une partie résidentielle. Donc on parle de 80 bâtiments, à peu près 200 familles qui sont touchées par ça. Donc moi, personnellement, je ne vis pas dans ce quartier-là, mais toutes les trois du collectif, on a des liens assez serrés avec le quartier. Nos enfants, ils ont tous été à la garderie ou à l'école là. C'est un quartier qu'on fréquente, dans lequel on vit et qu'on aime beaucoup.

Oui, donc ça a des conséquences, ça a des impacts dans la vie de tout le monde. À Rouyn, j'en suis convaincu. Là, tu parles du collectif. Vous avez eu l'impulsion, étant donné que ça vous touchait, de créer un projet artistique qui s'intitule « Perdre racine ». Ça, c'était en 2024, donc l'an dernier. Et « Perdre racine », ça a pris la forme d'une installation multimédia que les gens ont qualifiée, tu m'as dit, d'assez percutante.

Oui, bien nous, c'est sûr que la zone tampon, ça a été beaucoup couvert par les médias, mais le plus souvent dans un angle économique, logistique, environnementale, puis de santé publique. Puis, à force d'en entendre parler comme ça, on en vient à oublier que c'est que c'est du monde, c'est des voisins à qui on dit comme tout à coup qu'ils sont plus à bonne place, puis qu'il faut, t'sais qu'on va démolir le quartier. Et à qui on on se demande pas comment ils vivent

cette situation-là. Donc, pour nous, ça a été important de donner une voix à ces gens-là. Oui, puis vous vous êtes même rendu dans ces maisons-là pour parler à ces gens-là qui vont perdre leur foyer. C'est une... Vous avez eu accès à cette intimité-là, à ces paroles-là. Oui, puis on a documenté ces rencontres-là en audio

puis en photo aussi. Donc, même si c'était pas des moments faciles pour eux, ils ont eu la générosité de nous accueillir chez eux, dans leur cuisine, dans ces maisons-là, dans le fond, qui sont vouées à disparaître éventuellement. – Humainement, ça dû être chargé comme rencontre. – Oui. – Oui. – Oui, puis ça nous a fait beaucoup réfléchir à ce que c'est un chez-soi, sur de l'importance que ça a, puis les témoignages qu'on a reçus nous ont vraiment beaucoup bouleversés.

Dans ces témoignages-là, tu vas nous présenter Emmanuelle, chez qui vous êtes allées pour entendre parler de son histoire. Oui, Emmanuelle, c'est une femme, c'est une mère que je trouve vraiment très impressionnante. C'est quelqu'un de très allumée, très articulée, qui est très pertinente aussi. C'est une petite femme, pas très grande, mais qui impose beaucoup. Elle faisait partie d'un groupe métal avant. C'est une artiste puis elle a pas peur de dire ce qu'elle pense.

Je m’appelle Emmanuelle Arseneau Cantin. Je suis locataire. J'habite ici depuis 2018, mais c'est ma mère qui avait cet appartement-là avant Elle a emménagé ici en 2013. J'ai deux enfants, j'ai passé deux ans SDF, quand mon fils était en bas âge. C'est ça, à un moment donné, ma mère a décidé de me céder son bail pour que je puisse enfin avoir une place pour être avec mes enfants. Je me suis retrouvée ici avec toute son barda.

Je n'avais pas envie de venir habiter ici, mais je n'ai jamais nécessairement fait de recherche non plus pour habiter ailleurs. J'ai déjà assez de vivre juste le quotidien. Habiter ailleurs, je ne sais pas. Je suis à pied, je n'ai pas d'entourage. Aller habiter ailleurs, où? Je ne sais pas. Emmanuelle Arsenault semble être une personne qui a vécu des situations de vie assez précaires avant de se poser là où vous l'avez rencontré, dans son appart.

Ça fait que ça, j'imagine que pour elle, ça rend l'endroit encore plus symbolique dans sa vie. C'est comme un ancrage important. Oui, puis malheureusement, c'est le cas de plusieurs personnes qui sont dans la zone tampon. Emmanuelle, aujourd'hui, elle a des problèmes de santé en plus, qui limitent ses activités. Donc, si c'est une femme qui donne tout ce qu'elle a pour ses enfants, puis elle s'implique aussi dans le comité de défense des locataires qui sont souvent

démunis devant la situation. Moi, je trouve qu'Emmanuelle, elle a une lecture vraiment très lucide de ce qui se passe. Tu sais, elle porte pas des lunettes roses, puis en même temps, bien, ça rend pas les choses plus faciles pour elle, là, au contraire. On est déjà un quartier défavorisé. Il y a plein de situations, plein de gens vulnérables. On vit déjà des situations au quotidien qui ne sont pas évidentes. Puis là, ça amène juste un stress

de « qu'est-ce qui va se passer? » Le stress de ne pas savoir, puis en même temps, la frustration de « pourquoi que là, ils viennent de se rendre compte qu'il faudrait qu'on parte? Puis c'est quoi vraiment qui est en arrière de ça? Il n'y aura pas moins de pollution de l'autre bord de la ruelle. Il y a de l'injustice, de l'incompréhension, de l'insécurité, de la peur, de la tristesse, de la nostalgie même.

Donc, Emmanuelle et les gens de Notre-Dame-de-Protection font face à un vrai dilemme avec toutes les émotions qui viennent avec, on l'entendait. Bon, d'un côté, on sait que la pollution est élevée dans le quartier. Fait que j'imagine que c'est normal de vouloir fuir le lieu où l'air n'est pas nécessairement bon à respirer. Mais de l'air n'est pas nécessairement bon à respirer, mais de l'autre côté, tu ne veux pas perdre ton chez-soi. Donc, c'est assez contradictoire comme sentiment.

Ce n'est pas un dilemme facile. Non, c'est vraiment super polarisant comme situation. On ne veut pas rester dans un périmètre toxique, mais ça ne veut pas dire qu'on est en accord non plus avec les méthodes qui ont été déployées pour la création de la zone tampon. Puis, il y a plein de monde, t'sais comme Emmanuelle, qui se sont battus puis qui se battent encore pour éviter de perdre au change. Au final, ces gens-là, ils vivent comme une sorte de deuil.

Oui, puis c'est fou parce qu'on le sait depuis longtemps que la fonderie pollue, mais quand même, du jour au lendemain, la relocalisation qui est imposée, ça leur tombe dessus un peu, sans crier gare. Ça arrive, puis c'est là que ça se passe. Oui, puis ça m'a fait beaucoup me questionner sur la panoplie, dans le fond, d'émotions que vit quelqu'un comme Emmanuelle à travers tout ça.

Puis pas juste Emmanuelle, ça s'étend à toutes les personnes qui ont été ou qui vont être délocalisées chez nous, puis ailleurs aussi. Puis, pour m'aider à mieux comprendre tout ça, j'ai réussi à parler à une autre Emmanuelle, Emmanuelle Larocque, qui est professeure à l'Université du Québec en Outaouais. Puis, à la base, elle est travailleuse sociale. Puis, c'est elle d'ailleurs qui m'a fait vraiment découvrir le concept du deuil écologique.

C'est un domaine dans lequel elle se spécialise aujourd'hui. Le concept de deuil écologique en tant que tel dans la littérature, il apparaît juste depuis 2018. Donc, c'est quand même assez récent qu'on commence à réfléchir à ce concept-là en tant que tel, surtout en lien avec les changements climatiques, donc ce que les changements climatiques apportent en termes d'éco-émotions.

On entend peut-être souvent parler d'éco-anxiété, éco-colère et tout ça, mais il y a aussi les éco-deuils qu'on peut vivre. Donc l'émotion qu'on peut vivre face à la transformation négative du lieu où on habite. C'est comme un mal du pays quand nous sommes encore à la maison. Donc un sentiment d'être défamiliarisé, déterritorialisé de son propre habitat, de son milieu. Puis, c'est aussi intrinsèquement lié à l'attachement qu'on a à ce milieu-là.

Donc, on ne peut pas vivre de deuil écologique si on n'est pas attaché au milieu où on habite. Emmanuelle Larocque m'expliquait que ça ne date pas d'hier, le deuil écologique, même si on ne mettait pas ces mots-là là-dessus. Ça fait quand même longtemps que les communautés autochtones en vivent des déracinements, puis des transformations majeures de leur territoire. Peut-être que ces deuils-là, ces deuils écologiques-là sont un petit peu mieux documentés.

Oui, mais ça vient avec tellement d'émotion, faire ce deuil-là, le sentiment d'impuissance, de colère, c'est beaucoup de choses à gérer. Oui, puis les gens, ils ont aussi raison de se questionner, puis d'être en colère. C'est pas irrationnel. Les gens, ils questionnent les choix que le gouvernement fait, puis ils essayent aussi de reprendre un peu de pouvoir sur la situation.

Puis, j'essaie de me mettre dans la situation aussi où il y a une diversité de gens qui ont des situations différentes dans ce quartier-là. Ça ne nous affecte pas tous et toutes de la même façon. Tu sais, juste vivre les deuils dans nos vies de tous les jours, on ne le fait pas de la même façon. Donc là, quand ça touche une collectivité, est-ce que ça peut créer des conflits dans la population? Bien, sans parler ouvertement d'un conflit, ça crée des tensions sociales, c'est certain.

Il y en a qui pensent que s'exprimer contre le niveau des rejets toxiques, ça veut dire qu'on est contre les travailleurs de la fonderie alors que ce n'est pas ça du tout. Il y en a qui disent qu'on devrait partir si on n'est pas content avec la mine ou la fonderie parce qu'elle a toujours existé. T'sais comme si ça justifiait qu'elle pouvait faire n'importe quoi et qu'au final, elle avait plus de droits que les citoyens du quartier. Je pense que c'est ça qui choque les gens.

Moi aussi, je trouve ça choquant parce que je ne comprends pas collectivement comment on en arrive à laisser une multinationale, multimilliardaire jouer avec notre environnement et notre santé. Je parle juste de Rouyn-Noranda. Pour donner un peu de contexte, tu le dis, elle a beaucoup de pouvoir. Ça représente quoi la fonderie dans la ville de Rouyn? Est-ce que c'est ce qui fait vivre la ville?

Je ne voudrais peut-être pas utiliser l'expression de poumon économique, mais tu vois ce que je veux dire. Est-ce que c'est au cœur de toute l'activité économique et de l'emploi et de tout? C'est sûr que c'est un employeur important dans la ville. Puis elle contribue aussi à la vitalité économique, mais d'un autre côté, elle est nocive pour notre santé, donc c'est pas si simple de s'entendre sur l'aspect essentiel de la fonderie dans notre économie.

Mais, vu que c'est pas moi l'experte là-dedans, j'ai eu l'occasion d'échanger avec Hugo Asselin, qui est professeur à l'UQAT, l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, puis il est aussi directeur de la Chaire Desjardins en développement des petites collectivités. Puis, c'est un peu lui qui a fouillé la question. Aujourd'hui, Rouyn-Noranda fait partie des villes au Québec qui ont le meilleur indice de diversité économique.

Donc, le poids de la fonderie dans l'économie de la ville n'est plus ce qu'il était. Et ce ne serait pas si dommageable que ça que la fonderie ferme, surtout dans le contexte actuel de pénurie de main-d'oeuvre. Donc, la plupart des personnes qui travaillent là pourraient se relocaliser dans d'autres compagnies. Il ne faut pas oublier que la fonderie Horne à Rouyn-Noranda, ça représente environ 3 % des emplois dans la ville.

Si on ajoute à ça les emplois indirects, ça monte au double, donc à peu près 6 % des emplois. Donc, il y a beaucoup, beaucoup plus de personnes qui ne travaillent pas pour la fonderie que de personnes qui y travaillent. Donc, le poids qu'une grosse entreprise comme ça a dans la communauté est beaucoup plus petit que ce qu'on s'imagine comme citoyen, citoyenne. Ok, Ariane, je m'attendais vraiment à des chiffres

différents. Je suis un peu surpris par la si petite proportion de gens qui travaillent pour la fonderie. Pourquoi nous-mêmes de l'extérieur, on a l'impression que c'est un rôle aussi important dans la communauté, dans la ville, dans l'économie? Bien, depuis longtemps, le nom de la fonderie, il est partout en ville. On le voit sur des arénas, on le voit aussi sur différents événements. Puis chez nous, tout s'appelle du cuivre.

Tu sais, le théâtre du cuivre, la promenade du cuivre, etc. Puis, les cheminées, on les voit de partout. C'est vrai. Puis, on connaît tous quelqu'un qui travaille ou qui a travaillé là, ça fait partie du nous à Rouyn-Noranda. Puis, on finit par croire qu'on y doit tout, à cette entreprise-là. Puis, depuis toujours aussi, elle fait partie de l'identité de la communauté. La fonderie, elle est là depuis le début. C'est par la mine Noranda puis la fonderie Horne que la ville

a commencé. Ça va faire 100 ans l'année prochaine. C'est vrai, ça fait vraiment partie de l'identité du lieu. Donc, ça peut créer de la confusion. Il y a des exemples qui me viennent en tête. Ici, en Outaouais, il y a le nom McLaren qu'on voit beaucoup dans les secteurs de Masson-Angers, de Buckingham, parce que ça a été des bâtisseurs, puis des industriels. Donc, les noms se retrouvent un peu partout... les parcs, les rues.

Ça frappe vraiment l'imaginaire des gens qui visitent, des gens qui habitent les lieux. C'est comme ça. Il y a beaucoup de villes et de villages qui me viennent en tête. Il y a des exemples comme ça partout au Québec, dans le fond. Oui, c'est ça. Mais en vrai, pour Rouyn, quand on regarde froidement les chiffres qu'Hugo Asselin nous montre, aujourd'hui, la fonderie, elle n'occupe plus une place si importante que ça dans le marché de l'emploi.

Pour moi, ça valide un peu la frustration des citoyens qui pensent qu'ils pourraient avoir d'autres solutions que ça. OK, mais là, je te pose la question froidement. Est-ce que c'est une bonne solution de fermer la fonderie? Est-ce que c'est envisageable? Bien, t'sais, telles que les choses sont aujourd'hui, puis si on regardait juste les enjeux de santé, moi, je répondrais oui. Mais t'sais, moi, c'est pas comme ça que je réfléchis à la situation.

D'ailleurs, t'sais, la fonderie, elle a comme l'habitude de menacer de fermer quand elle sent qu'elle doit se conformer à certaines normes. Hugo Asselin m'expliquait qu'elle utilise souvent cette menace-là pour essayer d'alléger un peu ses responsabilités, si on veut.

Mais non, moi, la fermeture de la fonderie, ce n'est pas ça que je voudrais parce que c'est des emplois, mais aussi parce que la fonderie a fait partie d'un système quand même important du recyclage des déchets dangereux, puis qu'il faut le faire quelque part, ce recyclage-là. Oui, oui, oui. Est-ce que tu as des solutions en tête? Tu proposerais quoi? Est-ce que ce serait que la fonderie finisse par se plier aux normes?

Bien, c'est sûr que moi, je voudrais que la fonderie soit moins polluante, puis même pas polluante du tout, si c'était possible, mais minimalement, je voudrais qu'elle respecte les normes qui sont en vigueur ailleurs au Québec. Pas qu'elle reçoive une permission spéciale de polluer chez nous comme si on était des citoyens de dernière classe et qu'on valait moins qu'à Westmount. Parce qu'en ce moment, c'est comme ça que beaucoup de gens se sentent chez nous.

Puis, comme moi, Hugo Asselin, il pense que ça se peut d'amener le fardeau du changement dans la cour de l'entreprise plutôt que dans celle des citoyens à qui on exige de partir dans le fond. On parle des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars pour mettre le site aux normes, mais pour une compagnie qui déclare des milliards de dollars en profits à chaque année. Alors, est-ce que c'est possible? Moi, je pense que oui.

Est-ce que ça coûterait cher? Oui. Est-ce qu'ils ont mis beaucoup d'investissement dans ce site-là pendant des décennies? Non. Alors, tout ça est lié et il faut respecter le fait que des personnes puissent être attachées à un territoire, même quand ce territoire-là a été développé par l'industrie au départ. Mais on comprend qu'à la fin, on ne leur doit rien à ces entreprises-là.

Le territoire aurait pu se développer d'une autre façon et s'est développé de multiples façons depuis que la ville a commencé à se développer. Hey Ariane, c'est quand même fou de penser que, quand le gouvernement a eu deux choix, le premier étant de demander à Glencore de moderniser ou de déplacer un quartier en entier, on a privilégié l'entreprise en lui accordant des permissions spéciales. Et là, on parle d'une permission d'émettre qui est hors des normes habituelles.

Ça veut dire quoi concrètement? C'est des chiffres qui sont vraiment percutants. Pour info, la norme québécoise d'émissions d'arsenic, c'est 3 nanogrammes par mètre cube. En mars 2023, le même jour que l'annonce de la zone tampon, Glencore recevait une autorisation ministérielle leur demandant de réduire leurs émissions d'arsenic de 45 à 15 nanogrammes par mètre cube en 2027. Donc, c'est cinq fois plus qu'ailleurs. OK, donc là, on passe, ils sont à 45 en moyenne.

On veut diminuer à 15, mais ça, tu disais que c'est 3 nanogrammes, la norme québécoise. Oui, ça fait que la cible va être quand même 5 fois plus élevée que partout ailleurs. Ça, c'est si on l'atteint en 2027. Oui, c'est ça. Wow! Oui, fait que, en ce moment, 98 % de l'arsenic qui était mis dans l'air au Québec se retrouve dans le ciel de Rouyn-Noranda. Puis 89 % de tout le plomb est mis dans l'air au Québec et dans le ciel

de Rouyn-Noranda. Il y en a toute une liste comme ça. Ça donne une petite idée. C'est un non-sens déjà qu'il y ait un quartier à côté d'une fonderie. Je pense que tout le monde est d'accord avec ça. Encore là, je trouve que c'est un non-sens de tasser du monde un peu plus loin sans faire respecter les règles, déraciner du monde.

L'injustice est frappante quand j'entends les statistiques, quand on entend aussi Emmanuelle témoigner, autant pour la santé que pour la valeur patrimoniale de ce quartier-là, des bâtiments, la valeur qu'ont ces bâtiments-là pour les familles. Donc là, même si le gouvernement fait une zone tampon et qu'ils font baisser les rejets toxiques comme on l'exige à Glencore, au final, il me semble que c'est un peu insécurisant d'habiter proche de l'usine

comme ça. En tout cas, moi, pour la santé de mes enfants, de mes proches, de mes voisines et voisins, je ne sais pas si je trouverais ça vraiment troublant. Est-ce que les gens pensent quitter de leur propre gré? Ils y en a qui partent, mais il y a plusieurs éléments à soulever dans ce que tu dis. Il y a comme des enjeux de confiance perdus envers les gouvernements. Puis, c'est vrai qu'il y a un non-sens dans ce projet-là. La pollution, elle va pas s'arrêter à la limite du quartier démoli.

Elle se répand sur des kilomètres en périphérie. Donc, le problème, il sera pas réglé avec la zone tampon, je pense. Puis, tu sais, on le sait pas si la situation, elle va s'améliorer éventuellement pour vrai. Ça, c'est une chose. Pour les maisons et les logements, c'est compliqué. Il y a personne, c'est sûr, qui tient mordicus à rester dans ce quartier-là une fois qu'ils sont au courant du dossier de l'arsenic. Mais, en même temps, on est en pleine pénurie de logements.

Le marché de l'immobilier, il est super élevé. L'accès à la propriété est archi difficile. Donc, relocaliser du monde, on les met où? Même si on offre des compensations financières et des indemnisations, ça ne réglera pas tout. Quand j'ai parlé à Emmanuelle Arsenault, elle avait beaucoup de préoccupations par rapport à ça. Autant pour ses voisins, qui peuvent être aussi dans des situations encore plus précaires qu'elle.

Si on parle juste d'argent, c'est que personne ne se retrouve entre deux, pas d'endroit où se relocaliser, où être incapable de payer son loyer, où on va être indemnisé combien de temps. Regarde, je paye 715 par mois pour mon loyer. J'ai un 5 et demi. Jamais, je ne vais être capable de retrouver ça nulle part. J'ai une remise, j'ai une grande cour, j'ai une galerie. Jamais je ne vais me retrouver ça nulle part, nulle part,

nulle part. Une indemnisation, ok, mais pour combien de temps? Si vous payez le prix de mon loyer, trois ans, après ça, je me ramasse dans la rue, c'est sûr. Ça va être comme ça pour tout le monde. Les locataires annulent là. Même si je connais beaucoup le dossier parce que je suis dedans à temps plein, je n'en sais pas nécessairement plus que le reste du quartier. On est comme les premiers touchés, les premiers impactés, mais ils parlent pas de nous autres.

Ils ont négocié avec la fonderie, avec la ville, avec, mais nous autres, c'est comme rien, rien. OK, Emmanuelle et d'autres citoyennes et citoyens se sont mobilisés, il y a eu des manifestations. Oui, oui, puis les citoyens, ils se sont organisés pour essayer d'avoir un meilleur rapport de force dans les négociations avec la fonderie, avec les ministères. Les rencontres citoyennes se sont multipliées, mais un combat comme celui-là, c'est éreintant à la longue.

Il y a certaines personnes qui ont investi des centaines d'heures de leur temps pour siéger sur des comités. Puis ça, c'est du temps qui est grugé dans leur vie personnelle et dans leur vie familiale. Oui, c'est le classique David contre Goliath. Tu as d'un côté la compagnie qui peut se permettre de bien payer des gens pour qu'ils veillent à leurs intérêts à temps plus que plein et grassement

payés souvent. Et de l'autre côté, t'as des citoyennes et des citoyens qui, des fois, en arrachent déjà, qui ont un travail à temps plein des familles. Ça crée un déséquilibre monstre. Non, c'est pas évident. Puis, les gens impliqués, ils sont fatigués. Je pense que l'usure morale, psychologique, puis physique, c'est comme une arme de combat ou une tactique, t'sais pour finalement décourager le monde. Ça épuise, ça divise, puis ça démotive. Au bout du compte, ils ne se sentent pas plus entendus.

Puis, comme Emmanuelle disait, le processus n'est pas plus transparent. Au bout du compte, je pense que c'est un peu tout ça, le deuil écologique. Mais revenons-en au deuil, justement. Une fois qu'on se dit qu'à Rouyn-Noranda, les citoyens auront pas le choix de déménager que de toute façon on veut pas vivre dans un environnement qui peut nous rendre malades qu'est ce qui reste

pour les citoyens. Qu'est ce qu'on fait ? Il y a encore plein de choses en suspens en ce moment, je pense que ça fait partie du stress qui vivent de pas savoir aussi s'ils vont être perdants financièrement, puis en même temps même s'ils vont être dédommagés à différents niveaux, puis installés ailleurs, les compensations financières, ils ne compenseront jamais pour leur énergie perdue, pour leur temps, pour tout le stress

qu'ils ont subi. Puis, tu sais, ils vont perdre leur maison, mais ils vont aussi perdre le tissu social du quartier. Puis, je pense que pour beaucoup de monde, l'attachement émotif qu'ils ont envers ça, il est vraiment très fort. C'est un lieu qui est rempli de souvenirs, puis qui fait vraiment partie de qui ils sont. Je me suis fait dire, oui, mais tu vas peut-être avoir un bel appartement neuf puis j'en

ai rien à foutre d'avoir un bel appartement neuf préfabriqué avec des murs vides. Que t'entends ton voisin qui n'a pas d'âme. Qui n'a pas de... je sais pas... Qui n'a pas de vécu... C'est une vieille maison. C’est délabré, le toit coule, mais en même temps, elle est bâtit comme qu'elle est bâtit, puis ça n'existe plus. Je trouve que les maisons ont pu... un peu comme tout dans le fond, il n'y a plus rien qui a une âme qui est construit. Tout est fabriqué.

C'est des vieilles maisons, puis elles ont beau être contaminées, il n'y en a pas une de pareille. Elles sont toutes, je ne sais pas, il y a une âme, il y a le vécu. De quitter sa maison comme ça, de façon forcée, c'est un sujet qui touche les gens de plein de façons.

On parle de deuil écologique depuis tantôt, de catastrophes naturelles ou de changement climatique, mais il y a aussi les deuils à faire quand on quitte une maison, je ne sais pas, après une séparation ou un déménagement qui arrive alors qu'il n'était pas nécessairement prévu.

Petite parenthèse, moi, j'ai écrit une pièce de théâtre là-dessus et ça m'a fait prendre conscience quand on la présentait devant le public à quel point les gens sont attachés à leur milieu de vie et aussi à quel point nos maisons font partie de notre identité, font partie vraiment de qui on est. Puis quand on les abandonne, on laisse aller une partie de nous-mêmes, de qui on est. Oui, puis il y a un autre citoyen qu'on a interviewé, qui nous a dit que le jour où sa maison va être démolie,

c'est le jour où elle va mourir. Pour lui, ce lieu-là, il est vivant. Puis, il y a un autre monsieur, lui, qui nous a dit qu'il voulait la mettre belle pour le grand départ. Ça nous a beaucoup renversé cette idée-là de la maison qui meurt. Oui, c'est comme une cérémonie, un rite de passage. C'est tellement puissant comme émotion. Oui, puis les émotions qui sont vécues par les citoyens de la zone tampon sont pas à négliger. C'est légitime, je pense.

Puis de l'extérieur, c'est sûr que les gens peuvent se dire, « Revenez-en, c'est juste du matériel. » Mais nous, on a perçu vraiment une forme de détresse, dans le fond, chez ces gens-là. C'est vraiment le bordel, parce que je suis comme, pourquoi je donnerais une go pour, enfin, t'sais décorer, mettre ça à mon goût chez moi? J'ai plus la drive d'investir pour que ça a l'air de chez nous. Non, il y a comme un désinvestissement un peu, un peu beaucoup.

Non, on n'a plus de projet, c'est en train de vraiment s'effriter. Si on sait qu'on ne partira pas demain ou dans quelques mois, ça peut prendre encore un minimum de 2 à 4 ans.

Ça va être pénible de vivre de 2 à 4 ans comme ça... dans quoi... je me dis que bon, je suis tu mieux de commencer à sortir du stock, à paqueter, à épurer, à faire un tri de ce que je garde, ce que je garde pas, puis là, 5 minutes après, je suis comme de la merde, ils crisseront la pelle dans mon bordel, c'est tout, je vais ramasser ce que j'ai besoin, puis ils se démerderont avec le reste. C'est comme... c'est ça, d'une minute à l'autre, je le sais plus, là.

J'ai beaucoup d'empathie pour ce que vit Emmanuelle, puis honnêtement, j'espère qu'il y a une forme d'aide qui est offerte aux gens du quartier, que ce soit... je sais pas, est-ce qu'il y a des travailleurs sociaux, de l'aide psychologique qui est fournie aux gens qui sont affectés par la situation? Oui, oui, il y a de l'aide qui leur est offerte. Je pense qu'elle est pas toujours si facile d'accès. Les gens se sentent quand même abandonnés un peu là-dedans.

C'est une situation confrontante parce que c'est une problématique, c'est un problème personnel finalement qu'on vit. Il faut le gérer soi-même, mais aussi c'est une situation collective. Donc, ces deux tableaux, je ne saurais pas sur quel pied danser. Je pense que chaque personne vit ça à sa façon. Les gens, ils essayent quand même de rebondir et de se projeter dans l'avenir, de trouver du sens là-dedans, de faire la paix avec la situation, dans le fond.

Emmanuelle Larocque, elle exprime bien cette situation-là. Il y a quand même des émotions communes entre les deuils écologiques puis les deuils, disons, plus généraux, où on peut vivre la colère, on peut vivre de la culpabilité, de la tristesse. Je dirais, les étapes du deuil en tant que telles, elles ont un peu été évacuées, parce qu'une chose qu'on ne veut pas faire, justement, c'est de psychologiser le deuil écologique,

puis de responsabiliser l'individu en disant « bon, tu vis un deuil, alors qu'est-ce que tu vas faire pour te soigner ? » alors que c'est très structurel. Alors, on veut vraiment éviter, au niveau du deuil écologique, d'individualiser le problème, de responsabiliser la personne, puis plutôt de le voir comme un enjeu qui est systémique, structurel, même qui provient des rapports coloniaux qu'on a avec la nature.

Puis de traiter ces rapports-là à la terre, donc c'est plus d'aller vers comment on peut aider à reconnecter les gens ensemble, donc collectiviser, de pouvoir en parler ensemble, de pouvoir s'activer ensemble, mais aussi de pouvoir mettre en place des méthodes de reconnexion au vivant, de reconnecter à son corps, à cette sensibilité-là humaine qu'on a, qu'on a peut-être perdue en cours de route, puis qu'on aimerait retransmettre justement aux décideurs, aux élus, pour qu'eux aussi ressentent

les deuils qui sont vécus par les gens de leur communauté et puis les non-humains aussi, les effets que ça a. C'est important de se rappeler que le deuil écologique, ça touche, oui, l'individu, mais que c'est surtout un enjeu collectif. Puis ça, on le comprend dans toute l'histoire de la fonderie Horne, c'est pas fini. On va en savoir plus dans les prochains mois, les prochaines années aussi. Ariane, qu'est-ce qu'on peut faire pour pas baisser les bras?

Qu'est-ce que font les citoyens de Rouyn-Noranda en ce moment? Bien, ils se mettent en action. Il y en a qui répondent à ça par l'art, par exemple. Il y en a qui militent aussi. Il y a Mère au front. Puis il y en a à travers des comités de citoyens qui essaient de s'entraider, qui continuent leur discussion avec le gouvernement. Emmanuelle Larocque puis Hugo Asselin, les deux experts que j'ai rencontrés, disent d'ailleurs que tous les deux, c'est une façon assez positive de faire face aux deuils

écologiques que collectivement les gens se mettent en action. Puis d'un autre côté, c'est sûr que la mobilisation citoyenne, ça a ses limites, ça use, puis ce n'est pas une solution miracle. Je pense que ça ne remplace pas des décisions politiques qui devraient se prendre, mettons. C'est surtout que ça n'enlève rien aux difficultés qui sont vécues par les citoyens et aux défis qui les attendent.

Mais je suis assez d'accord avec Emmanuelle et Hugo, la solidarité, ça aide à se sortir de l'apathie et du cynisme ambiant. Des fois, ça donne espoir et ça donne espoir que les voix qui parlent fort à plusieurs vont finir par être entendues plus loin. Je suis très reconnaissant d'avoir entendu ces voix-là et que vous les fassiez résonner avec le collectif. Ariane, merci infiniment. On va suivre les développements encore plus attentivement dans les prochains mois et les prochaines années.

L'heure de grande écoute est une série de Transistor Média produite en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcasts ou l'application de votre choix. Cet épisode a été réalisé par Francis Thibault. À la recherche, le collectif Tombé debout, composé d'Ariane Ouellet, Violaine Lafortune et Valérie Hamelin. Enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois.

Musique originale

Alexis Élina et Simon Coovi-Sirois. Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski. Productrice au contenu : Audrey Blackburn. Scripte-édition : François Desrochers.

Coordonatrice

Clara Gauthier-Morrison. Aux communications : Louis-Philippe Roy.

Visuel

Bureau 60A L'indicatif musical de P'tit Béliveau Merci à Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média, à la Ville de Gatineau et au ministère de la Culture et des Communications qui a rendu ce projet possible. Je m'appelle Julien Morissette. Merci d'avoir été à l'écoute.

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