Ça fait 70 ans que le livre des « Records Guiness » est publié. 100 millions d'exemplaires vendus dans 100 pays, en 37 langues. Je ne sais pas si vous connaissez l'histoire d'origine du livre : Ça commence en novembre 1951. Hugh Beaver, le DG de la brasserie Guiness, est parti à la chasse au gibier, le pluvier précisément, mais il n'a rien pogné.
Puis par orgueil, le patron de Guiness a commencé à dire que ce n'était pas facile d'attraper ce pluvier-là, parce que c'était l'oiseau le plus rapide d'Europe. Ça a créé un immense débat, mais personne n'était vraiment capable de valider l'information. Beaver a compris que la petite chicane qui se passait entre les chasseurs, bien ce n'est pas un événement isolé. C'est le genre de situation qui se passait tout le temps, soirs après soirs, dans les pubs d'Irlande, puis même dans le monde entier.
Comment on fait pour régler des débats entre ivrognes? À l'époque, ce n'était pas possible d'aller faire ses recherches sur YouTube ou sur Reddit. L'histoire qu'on vous raconte aujourd'hui est née d'un débat entre des barman et des clients dans des pubs du Vieux-Hull, en Outaouais. C'était d'abord une anecdote divertissante à propos d'une vieille loi oubliée, mais quand on a cherché à savoir si c'était vrai, ça nous a lancé sur des pistes de réflexion et toutes sortes de découvertes.
Je m'appelle Steven Boivin, je suis conseiller municipal à la ville de Gatineau, fier représentant du district d'Aylmer, où se trouvent présentement les studios de Transistor. Si c'est moi qui vous parle aujourd'hui, c'est parce qu'à l'époque, j'étais propriétaire d'un bar dans le Vieux-Hull, le Minotaure, avec un gars qui s'appelle Tristan Arnaud. Tristan disait tout le temps qu'il y avait une loi qui nous obligeait à avoir un espace et du foin si jamais quelqu'un arrivait à cheval.
À cette époque-là, Tristan est aussi devenu le beau-frère de votre animateur habituel, Julien Morissette. Et quand Julien et moi, on a fondé Transistor, je lui racontais cette histoire-là, et on s'est toujours demandé d'où ça venait. Julien a donc décidé de s'asseoir dans le fauteuil de l'invité, pour faire une enquête là-dessus. On vous présente la quête de son beau-frère, qui veut à tout prix se déplacer à cheval, en ville.
Bienvenue à L'heure de grande écoute, le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L'épisode d'aujourd'hui : Le beau-frère à cheval. (Tristan) Je te dirais qu'avant Internet, je pense qu'on se basait surtout sur les histoires de bar. C'était très bon, pour un barman, d'avoir plein d'histoires. Ça entretient le monde autour et personne ne pouvait vérifier quoi que ce soit.
Moi c'est vraiment quelque chose qui est devenu une blague récurrente avec mes amis. On peut parfois se raconter des blagues très, très, pas des blagues pardon, des histoires très détaillées, très intéressantes, passionnantes, et d'un seul coup, se demander à quel point c'est vrai.
Puis on n'a aucun moyen de vérifier si c'est vrai. On m'a toujours dit, et je n'arrive pas à me souvenir depuis quand, qu'il y avait une des vieilles lois, dans le Vieux-Hull, ou règlement municipal, qui demandait à chaque bar, restaurant ou auberge, peu importe comment on appelait ça à l'époque, taverne, qu'on devait les obliger à avoir, en tout temps, du foin et un abreuvoir, pour que les chevaux puissent se nourrir et boire pendant que les gens venaient boire eux-mêmes.
-Bonjour Julien. -Salut Steven, tu as reconnu ton ancien partenaire d'affaires, Tristan Arnaud? -Effectivement, ton beau frère. -Oui, c'est un personnage assez discret
dans le Vieux Hull. Le Vieux Hull qui est un lieu où il y a beaucoup d'activités nocturnes ici à Gatineau. Et Tristan, ce qui est intéressant, c'est qu'il se voit comme un « client professionnel de bar », c'est-à-dire qu'il s'est lancé en affaires il y a une quinzaine d'années en rachetant le Petit Chicago, qui était son bar préféré, juste pour s'assurer de ne pas le voir fermer. -Oui, puis c'est dans cette période-là qu'on s'est rencontré, toi et moi,
d'ailleurs. On faisait des « show » au Petit Chicago. C'était la place à « show », dans le Vieux-Hull. Mais le Petit Chicago a fini par fermer, mais Tristan a continué d'opérer des bars, dont le Minotaure, qu'on a fondé récemment.
-Oui, puis pour la majorité des gens qui nous écoutent et qui ne connaissent pas les bars dont on parle depuis tantôt, le Petit Chicago et le Minotaure, il faut savoir que ce dernier, le Minotaure, est devenu en une dizaine d'années un lieu de référence pour les spectacles et pour la vie nocturne dans le Vieux-Hull. -Oui, puis j'entends Tristan parler du vieux règlement municipal à propos du cheval. Puis c'est une discussion qu'on a eue,
quand on a ouvert notre bar ensemble. On se disait, en tant que propriétaire, est-ce qu'on est tenu d'accommoder les chevaux? Puis je me souviens à l'époque, là, j'étais stressé. J'avais même commencé à faire des soumissions pour du foin.
-C'est un peu l'enquête qu'on a faite. Donc, est-ce que Tristan, qui n'a pas de voiture, qui refuse de passer son permis de conduire aussi, peut se déplacer à cheval lui-même, pas seulement en tant que tenancier de bar, mais aussi en tant que citoyen de Gatineau? Je vous mets un peu en contexte. Donc Tristan a été élevé en banlieue de Paris où il a passé sa jeunesse à prendre le transport en commun pour se rendre à Paris. Il était un peu écoeuré d'être dans cette situation-là tout le temps.
Et quand il est arrivé à Ottawa pour des études à la fin des années 90, il voulait être en mesure de tout pouvoir faire à pied. Donc, pas de voiture, mais pas de transport en commun non plus. Se rendre au travail, sa vie sociale aussi, faire ses courses. Tout ça, il voulait le faire, à pied. -Ah, pauvre Tristan, il a dû faire le saut quand il est arrivé à Gatineau! Puis c'est comme bien des villes puis des banlieues au Québec, tu sais...
Disons que c'est pas évident de vivre sans voiture à Gatineau. -Ouais. Dans les soupers de famille, j'ai souvent demandé à Tristan s'il avait, à un certain point, pensé à passer son permis. (Tristan) -C'est sûr que ma blonde dirait sûrement quelque chose d'autre, mais moi, ça ne m'a jamais traversé l'esprit. Je n'ai jamais voulu passer de permis. J'ai plusieurs théories à ce propos. J'ai eu un accident de voiture quand j'avais 9 ans. Je me dis, bien des années
après, je me suis dit : « peut-être que ça m'a traumatisé. » C'était mon grand-père qui conduisait la voiture, puis c'est la personne la plus fiable que... Bien c'était la personne la plus fiable que je connaissais. Donc, si lui est capable d'avoir un accident de voiture, tout le monde est capable d'avoir un accident. Peut-être que ça a joué, peut-être que c'est juste une excuse que je me trouve 20 ans après, mais il y a ça, puis quoi d'autre?
L'environnement aussi, ça peut être une bonne excuse. Je veux sauver la planète! -Là, tu te cherches des excuses, là. -Ouais. -Tu cherches une justification, je sais pas, là. Mais en même temps, je défends ma planète quand même. -Oui, oui. Je te crois à ce sujet-là. Donc, il y a-tu d'autres moyens de transport, tu sais, que tu... Est-ce que, je sais pas, tu conduis des bateaux? Est-ce que t'as un intérêt pour autres moyens de transport? Oui, j'ai un permis bateau, évidemment. J'adore la voile.
Très difficile de se déplacer dans le Vieux-Hull en voile. Mais non, j'ai eu un voilier, dans le Vieux-Hull, que j'ai jamais mis à l'eau, pendant des années. -Pourquoi tu l'as pas mis à l'eau? Parce qu'il faut une voiture avec une boule pour le bouger! J'ai déjà eu des plans. Il y a quand même quelques marinas. Je me disais que je pourrais essayer de relier quelques marinas, mais bref, avec l'hiver, c'est pas un bon plan. L'autre chose serait les chevaux, évidemment.
Tu le sais que le cheval est une de mes passions dans la vie. J'aimerais ça. Si je pouvais me déplacer uniquement en cheval et en bateau, je serais très satisfait dans la vie. -Donc, ce n'est pas si saugrenu que ça comme idée. Il y a même des fondements historiques, à l'hypothèse de Tristan, parce qu'à une certaine époque, il y a beaucoup d'hôtels qui avait des écuries
au rez-de-chaussée. On parle du 19e siècle, au moment où il ya beaucoup de villes ici, dans la région qui ont été fondées, je pense à Hull, je pense à Aylmer également. -Oui, puis justement, à quelques pas d'ici, il y a un hôtel et un bar, qui a longtemps eu une écurie. -Une écurie, exactement, les tavernes donc, était situées dans les hôtels, et c'est là que les gens sortaient. Le « nightlife » se passait dans les hôtels, là. Je me souviens d'entendre mes parents qui me disaient :
« Oui, on allait à l'hôtel dans le temps. » Ma mère, qui a grandi dans l'Est ontarien, elle me disait qu'elle allait au Holiday Inn à Hawkesbury pour sortir, et que c'était là qu'il y avait les bons gros « partys ». Il y avait même des soirées western, donc, si ça peut faire plaisir à Tristan. Il y avait le Century Inn aussi, à Grenville ; des lieux qui ont disparu, mais quand même, je trouve que c'est une belle époque de la vie nocturne. -Ouais, j'ai souvent entendu mes parents dire
« on va aller prendre une bière à l'hôtel. » -« À l'hôtel », exact. -Dans le secteur, il y a une tonne d'hôtels puis de motels qui restent ouverts juste pour opérer leur bar au rez-de-chaussée. Et ce n'est pas si fou comme lien; les bars, les auberges, les chevaux. (Julien et Tristan) Tes recherches pour le cheval, comment ça, ça t'a traversé l'esprit la première fois? -La première fois, mon dieu, je ne sais pas, je pense que j'aime juste les chevaux. J'ai pris quelques cours d'équitation.
C'est très dur de faire des cours d'équitation, qui ne sont pas juste avec des enfants de 6-7 ans, donc c'est toujours spécial d'être le seul adulte quarantenaire, avec des enfants de 6-7 ans donc on a du mal à se prendre... à être pris au sérieux et en plus je suis allergique aux chevaux aussi. ça c'est une chose qui est moins « le fun », mais si je me couvre bien, que je porte des gants et que je prends des antihistaminiques, généralement, ça va bien.
Mais non, les chevaux, sérieusement, j'aimerais ça habiter un endroit où je pourrais faire du cheval et avoir des chevaux, mais là, là, la voiture... j'avoue que c'est un des points où un permis pourrait sembler utile. Pas encore assez pour que je fasse les démarches, mais... j'y pense quand même un peu, à cause de ça. -Il est incroyable; il veut se déplacer à cheval, mais il est allergique. -Ouais. -Il ne veut pas son permis de voiture,
mais il a son permis de voilier. Là, j'ai l'impression que tu vas m'annoncer que son accent, c'est le Lac Saint-Jean, là? -La banlieue de Paris, comme je disais tantôt. Mais la grande question de Tristan, c'est : « Où est-ce qu'on peut habiter, au Québec, et se déplacer à cheval? » Est-ce que c'est au Lac Saint-Jean? Est-ce que c'est au Saguenay? Peut-être, peut-être pas. Mais pour l'instant, Tristan est convaincu que ce n'est pas dans le Vieux-Hull que ça peut se passer.
(Tristan) J'ai déjà vu. Alors attends, là, tu me fais penser. J'ai déjà vu, je pense que c'est au Québec, un gars qui se promène partout en cheval... Mais c'est peut-être pas au... Ça sonne très États-Unis aussi, mais il me semble bien que c'est au Québec. Il me semble que j'ai lu cet article en français. Désolé, je n'ai pas fait de recherches. C'est toi le journaliste, hein? -C'est ça, je vais partir là-dessus, tu me donnes des pistes, là, c'est bon.
-Il me semble qu'il y a un gars qui se déplace en cheval constamment et il fait chier tout le monde. Tout le monde le déteste. Les automobilistes le déteste, parce qu'ils sont obligés d'être derrière lui, ils le klaxonne « non-stop. » Tout le monde porte plainte contre lui. Apparemment qu'il n'y a pas de loi qui l'empêche d'être à cheval, donc il continue à faire chier tout le monde avec son cheval. Ça ne serait pas mon but, de devenir cette personne-là.
Mais je trouve ça très drôle, en même temps, je n'ai pas envie de devenir cette personne. J'aimerais être en osmose avec ma communauté, faire chier personne mais, pouvoir me déplacer en cheval en toute tranquillité. -Julien, en tant que bon journaliste d'enquête, tu as retrouvé la personne dont Tristan parle, « le cavalier urbain » de Victoriaville? -Oui, et cet homme-là, c'est Jean Roy, qui s'est longtemps battu pour pouvoir vivre à Victoriaville sans voiture et à cheval.
Il l'a fait quand même pendant plusieurs années sur le dos de Dandy Bluepine, sa jument de 17 ans. -As-tu réussi à lui parler? -Bien c'est, malheureusement, c'est que Jean-Roy est mort en 2023. Donc, j'ai contacté la journaliste qui l'a interviewé il y a sept ou huit ans. Tristan faisait référence à un article et j'ai retrouvé cet article-là. C'est Brigitte Noël qui l'avait écrit pour Vice Québec, à l'époque où « le cavalier urbain » était vraiment très présent dans le débat public.
(Brigitte Noël) Jean Roy, c'était un homme qui habitait à Victoriaville, et qui était connu, il se promenait en ville, avec son cheval et c'était un homme qui ne faisait pas l'unanimité. Donc, moi, je lui avais parlé dans le contexte d'une espèce de dispute d'après bar, qui avait fait les manchettes, en fait, qui avait circulé beaucoup sur les médias sociaux. Jean Roy, qui, donc, s'était promené à cheval. Je ne peux pas dire s'il était en état d'ébriété ou non,
parce que lui dit que non. Mais bref, c'était dans les petites heures du matin. Il y avait son cheval, il y avait son chien, il y avait des gens en boisson. Et il y a eu des échanges de mots un peu durs et une arrestation assez musclée : (Extrait vidéo) « -Heille ferme ta yeule, esti! » -Vas-t-en ailleurs! -T'as l'air d'un crisse de colon avec ton cheval! -Heille, veux-tu aller faire de la danse en ligne? -Pantoute. -Heille, heille, heille, calmes-toé, là! -Là, arrêtez!
Arrêtez, tabarnak! -Heille, câlisse! -Veux-tu aller faire de la danse en ligne avec ton cheval? » -Je ne pense pas qu'on fait de la danse en ligne à cheval, là? -Rendu là, quand on regarde ces vidéos-là, on se dit qu'il n'y a plus grand-chose nous surprendre. C'est assez particulier. Vous pouvez voir cette altercation-là sur YouTube. Effectivement, ça avait un peu fait le tour du web autour de 2016, cette arrestation-là.
Et la journaliste Brigitte Noël m'a fait entendre un entretien téléphonique qu'elle a réalisé avec Jean-Roy juste après ces événements-là. (Jean) Les gens adorent me voir en ville avec mes animaux. Ils viennent auprès du cheval, le flattent, embarquent dessus, des gens de tous les âges. Les chiens, c'est la même affaire. En ce moment, j'en ai une, une Berger australien. Je ramasse mes crottes de chien, mais le cheval, c'est un petit peu plus gros.
Donc je prends un petit sac d'épicerie avec un sac de crottes de chien, je me fais un gant. J'envoie ça dans le sac et je jette ça dans la poubelle. Alors là, ils m'ont reconnu coupable de ne pas ramasser le crottin de mon cheval. Coupable d'avoir attaché mon chien à l'extérieur du Tim Hortons durant le temps que j'avais une entrevue avec le journaliste de Cogeco. Mon chien est habitué d'être là avec son plat d'eau.
Parce qu'à chaque fois que je prends une marche et que je vais prendre un petit café au Tim Hortons, ça c'est à peu près au deux jours. Elle est habituée de faire ça depuis trois ans. Alors, c'est ça. Il y a une petite guerre qui se fait, mais j'essaie de pas en faire partie. (Brigitte) À l'époque, lui était un peu critique des médias qui l'accusaient de semer la zizanie avec son cheval, qu'il ne nettoyait pas les crottins de son cheval ni de son chien.
Bref, je n'ai pas vérifié ces allégations, mais ça avait l'air de le vexer beaucoup et puis lui, jugeait que c'était une mauvaise compréhension de ce qu'il représentait. Il faut considérer aussi que M. Roy avait perdu son permis de conduire, et là, se retrouvait à se transporter, tu sais, à devoir voyager à cheval. Il me disait, écoute,
« je voyage plus à vélo, parce qu'un cheval, tu ne peux pas aller au Tim Hortons avec ton cheval, parce que tu peux pas l'atteler puis rentrer, alors c'est contraignant. » Lui, il disait se déplacer davantage à vélo, puis le cheval, c'était juste pour des promenades de plaisance. Mais je ne pense pas que... Je pense que son message a peut-être été mal compris, par certains membres de la population, dont la police.
-Alors, Jean-Roy a passé les dernières années de sa vie à militer pour une plus grande proximité avec les animaux, une sorte de cohabitation qui rendrait les êtres humains plus heureux. -Pour Jean, ce n'était pas nécessairement le côté pratique, ou moyen de transport qu'il voulait mettre de l'avant. -Exactement. Mais pour ça, oui, ça existe. Il faut aller aux États-Unis pour trouver une communauté où on utilise réellement les chevaux pour se promener au quotidien.
Encore une fois, c'est Tristan qui m'a lancé sur cette piste-là. (Tristan) Je sais qu'il y a une ville aux États-Unis, par contre, qui est reconnue, je pense que c'est en Californie, pour avoir beaucoup de gens qui se déplacent à cheval. Puis là, c'est vraiment... Je l'ai vu, c'est un reportage, je ne sais pas où, mais c'est pas mal la seule ville comme ça, où les gens vont se ramasser un McDo, au lieu d'être en voiture, ils sont à cheval.
Donc... Peut-être que je déménagerai là, à un moment donné. (Traduction libre) « C'est vendredi et ça veut dire que c'est le temps pour notre « SoCal Spotlight », et aujourd'hui, nous nous rendons à Norco. C'est une communauté équestre, avec des parcs et des sentiers, et c'est où nous pouvons trouver notre Sheba Turk en direct. Sheba! -Bon matin Rudabeh, c'est exact, il y a tellement de superbes activités ici,
à Norco, reconnue comme « Horse Town, USA. » La ville vient d'ailleurs de célebrer son 100e anniversaire plus tôt cette année, et il y a tellement à faire, tellement de terrains où habiter, nous vous montrerons les alentours. Nous sommes avec le maire par intérim et l'historien... » -Donc, Norco, en Californie, c'est la ville dont Tristan parle. J'aurais aimé ça me rendre pour faire un petit peu de travail, de terrain d'enquête, mais pour l'instant, j'ai fait mes recherches sur le web.
C'est une communauté californienne, qui en a fait un attrait touristique. Donc, chaque rue, ou presque, a une piste de chevaux. Les gens peuvent aller à la commande à l'auto et même laisser leurs chevaux à l'extérieur s'ils vont prendre un café ou une bière. -Ouais, des villes qui en font des attraits touristiques, on pense tout de suite à Saint-Tite avec l'industrie du cuir, le festival western qui est là depuis comme 60 ans. -Ouais, c'est ça, c'est un peu plus retiré,
Saint-Tite. C'est moins en milieu urbain comme le Vieux-Hull, on s'entend, mais là, vu qu'on parle de loi municipale, tu me vois venir, je te lance la question : « Est-ce qu'on a le droit de se promener à cheval ici? » -C'est là que, quand toute la pertinence d'avoir un conseiller municipal qui anime un podcast... -Bien oui, on t'a invité pour ça!
-Bien oui, puis je devrais savoir, s'il y a un règlement municipal à ce sujet-là, c'est pour ça que je suis ici, puis la réponse est assez simple : j'ai fait mes recherches puis j'ai aucune maudite idée. Mais, je suis un excellent conseiller municipal, donc je vais vous référer à quelqu'un. -Oui, notre amie Maude Petel-Légaré, qui est réalisatrice de balados, qui est recherchiste à L'heure de Grande Écoute, a contacté, elle, les archivistes de la ville de Gatineau. -Merci, Maude.
(Maude) L'archiviste à qui j'ai parlé n'a pas trouvé de document là-dessus. Par contre, ça ne veut pas dire que ça n'existe pas. Je pense que la nuance est de mise dans ce contexte-là. Mais ce qu'on sait, c'est que j'ai trouvé des règlements municipaux de Gatineau. Le dernier que j'ai regardé était en 2006. Puis, il y a des dispositions pour les animaux. Donc, on a le droit de se promener à cheval, il n'y a pas de problème, mais il y a certaines règles qu'il faut respecter.
Dans le règlement de 2006 de Gatineau, le chapitre 4, « dispositions particulières concernant les animaux », l'article 19 stipule : « Le conducteur ou la personne responsable d'une voiture hippomobile ou d'un cheval doit, lorsqu'il est en mouvement, monter le cheval, être dans la voiture, ou marcher à ses côtés. » L'article 20 ; « nul ne peut galoper un animal sur un chemin public. » Et l'article 21; « nul ne peut laisser un cheval, ou un véhicule hippomobile
dans un endroit public, sans assurer une surveillance immédiate de ce dernier. » -Donc là, on n'a pas trouvé le règlement auquel Tristan faisait référence. -Non, mais ce n'est pas impossible qu'il ait déjà existé. Et c'est fou, parce que Maude m'a ouvert les yeux, et Tristan m'en avait parlé aussi, sur une tonne de règlement un peu absurdes, qui existent partout,
au Canada, aux États-Unis, à travers le monde. Tu sais, je t'en sors un, vraiment juste comme ça : au Canada, on n'a pas le droit de tuer une personne malade ou un enfant en lui faisant peur. Donc ça c'est pas encore... -On n'a plus le droit? -Non, on n'a pas le droit! -Donc ce n'est pas impossible qu'il y ai une loi qui oblige les tenanciers de bar, comme on le disait au début, à accueillir les chevaux avec du foin et de l'eau. -C'est pour ça que Maude disait qu'il faut être nuancé.
-Il faut être nuancé, exactement. Donc, je pense qu'il y a de l'espoir, en quelque sorte, pour Tristan. Il faut simplement aller au-delà de la loi.
Aussi, et si je pense à Jean-Roy aussi, s'assurer qu'il y ait de l'acceptabilité sociale par rapport à se promener en cheval sur la voie publique parce que, tu sais, souvent, Jean Roy, les exemples auxquels il faisait référence de gens qui s'opposaient à ça, ce n'était pas nécessairement pour le règlement de se promener sur la chaussée ou sur la voie publique, mais c'était pour le crotin.
C'était pour des choses qui étaient peut-être plus faciles à prouver que d'aller chercher dans les bases de cette loi-là. Donc, quand je parle d'acceptabilité sociale, c'est plus pour se dire, « est-ce qu'une ville, une municipalité comme Gatineau, serait ouverte à plus de moyens de transport, disons, alternatifs? » -C'est une bonne question, parce que les gens ici capotent un peu quand on parle de pistes cyclables. Ça va être dur de vendre l'idée de voies réservées pour chevaux.
-Oui, mais on parle de l'idée folle de se promener à cheval. Par contre, c'est une question qu'on peut se poser par rapport à tous les autres moyens de transport qui ne sont pas l'automobile. Donc, l'automobile, reine dans les moyens de se déplacer. Le vélo, tu le dis, les pistes cyclables, la marche, les petits véhicules motorisés aussi. On a vu beaucoup de trottinettes électriques, de vélos électriques dans les dernières années.
Transports en commun aussi. Donc, je suis allé parler de ça à une de tes collègues, Steven, J'espère que ça te va. Je suis monté un petit peu plus haut dans la hiérarchie. -Ah, il y a plus haut? -Oui, il est plus haut que toi autour de la table du conseil municipal en la personne de Maude Marquis-Bissonnette, qui est mairesse de Gatineau. -Hey, on t'écoute.
(Maude Marquis-Bissonnette) Bien, je dirais que Gatineau, à l'instar de plusieurs grandes villes au Québec, au Canada, puis probablement en Amérique du Nord, sont des villes pour lesquelles les résidents sont fortement dépendants de leurs véhicules.
Puis là, bien, il y en a qui sont très attachés à ça, qui ne veulent pas nécessairement faire ce qu'on appelle « un transfert modal », donc prendre l'autobus, prendre le vélo, voir comment est-ce qu'on peut, sans nécessairement laisser toujours la voiture de côté, trouver des alternatives.
Mais il y a aussi beaucoup de gens à Gatineau, qui cherchent des façons autres de se déplacer, et qui veulent réduire leur dépendance à la voiture, et être capable de se promener à pied, en vélo, particulièrement l'été, prendre le transport en commun. Donc, comme bien des grandes villes, on fait face à ces grands défis-là.
C'est un peu l'oeuf ou la poule, dans la mesure où, que les gens puissent se déplacer autrement qu'en véhicule, il faut qu'il y ait des services à proximité, il faut que les rues soient aménagées. Donc quand on parle de réaménagement urbain, notamment dans une perspective de lutte aux changements climatiques, où on veut, oui, réduire la dépendance à la voiture, puis qu'on sait que c'est meilleur de toute façon pour la santé, etc., bien où on part, ça, c'est pas toujours évident.
-Donc, la mairesse et moi, on a discuté longtemps des enjeux locaux sur le sujet qui, finalement, s'appliquent à pas mal toutes les villes et les banlieues du Québec. Les gens qui nous écoutent peuvent se reconnaître là-dedans. Est-ce qu'on peut rêver à l'extérieur de Montréal et de Québec, à des quartiers sans voiture? -C'est une bonne question, puis le maire de Laval a publié un livre là-dessus en 2022.
-Ça paraît que vous êtes des collègues, Maude-Marquis Bissonnette et toi, Steven, parce qu'elle a sorti ce livre-là quand je suis allé la voir au cabinet. -Elle le sort tout le temps. (Maude et Julien) -Hey regarde! Ah! Oh! Ben oui! -Mon chum l'a mis dans la laveuse. -Dans la laveuse? -Oui, donc j'ai dû le racheter. -C'est drôle, un livre dans la laveuse. -C'est le livre du maire de Laval. -Ben oui!
-Ok, mais dans le fond, intéressant que tu m'apportes le livre de Stéphane Boyer, « Des quartiers sans voiture ». Est-ce qu'il y en a à Gatineau, des quartiers sans voiture? -Alors, tu vois, j'ai su des chiffres un peu intéressants en fait, que moi, je trouve très intéressants. Pour que les gens choisissent de se déplacer à pied, il faut qu'ils aient accès à des services à l'intérieur de 7-8 minutes de marche.
Au-delà de 7-8 minutes, les gens vont changer de mode de transport, donc possiblement prendre leur véhicule si c'est plus à proximité. Puis au Québec, on reconnaît en général que pour avoir des milieux de vie « complets », donc, des endroits où on peut vivre, s'amuser, travailler, avoir accès à une épicerie, une pharmacie. Ça prend 90 habitants à l'hectare. Ça, c'est un peu théorique, là, on s'entend.
Mais en fait, à Gatineau, le seul endroit où on est en voie d'atteindre cette densité-là, c'est le Vieux-Hull. C'est l'île de Hull. Pour lequel, bien, il y a encore des défis, évidemment. Puis on met beaucoup d'efforts à densifier et à créer un milieu de vie complet. Donc, c'est un lieu où on peut imaginer que les gens peuvent vivre sans voiture. Mais vivre à pied dans le Vieux-Hull, c'est quelque chose qui est relativement possible.
-Donc, Tristan a choisi le bon quartier pour vivre sans voiture si je me fie aux propos de la mairesse. Mais peut-être pas le meilleur quartier pour se promener à cheval, mais au moins c'est un début. -Là, Julien, je te vois aller, tu es un journaliste professionnel, est-ce que tu as demandé cette question-là à la mairesse? Écoute, j'ai peut-être pas mes cartes de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, mais je ne recule devant rien pour répondre aux questions de Tristan.
(Julien et Maude) Toi, en tant que mairesse, si tu voyais des gens se promener à cheval dans ta ville, ce serait quoi ta perspective par rapport à ça? -Bien, de prime abord, je serais surprise! Écoute, c'est vraiment quelque chose que je connais peu, là. Je vais t'avouer, franchement, la gestion qui vient autour des chevaux.
Est-ce qu'on va se rendre là? C'est une bonne question, mais je pense qu'on est capable d'en faire beaucoup pour le transport actif sans peut-être avoir besoin de se rendre aux chevaux. -Je ne peux pas croire que je te pose cette question-là, mais je n'ai comme pas le choix. -C'est bien correct. -Une belle réponse de politicien, j'en sais quelque chose.
-Bien oui, c'est ça. Tu comprends un peu l'enjeu et la perspective, mais je me sentais dans un « brainstorm » où quelqu'un a dit « il n'y a pas de mauvaise idée, il n'y a pas de mauvaise réponse », mais quand même, elle n'a pas fermé la porte complètement à ce qu'on puisse peut-être se promener à cheval. -Exactement. Julien, tu le sais, quand on nous ouvre la porte, on rentre à l'intérieur, puis pour l'occasion, on a décidé d'inviter
Tristan Arnaud. C'est la première fois à L'heure de grande écoute qu'on reçoit un invité. Tristan, bonjour. -Bonjour. -On le reçoit en studio, parce qu'il vient d'entendre l'épisode et on voulait un peu avoir sa perspective sur cette enquête qu'on a menée. Est-ce que ça te réjouit, Tristan, d'entendre que Maude Marquis-Bissonnette a peut-être une certaine ouverture? Et là, je le mets entre grandes guillemets.
-Oui, tout à fait. D'ailleurs, merci d'avoir porté mon combat au plus haut sommet de Gatineau. -C'est parce qu'on en a tellement parlé dans des soupers de famille, et dans les bars du Vieux-Hull, je me suis dit, une bonne fois pour toutes, on va essayer de régler la question. On n'a pas des réponses aussi claires que je l'aurais voulu. Je n'ai pas trouvé la réponse noire sur blanc.
Mais ce que j'ai aimé, c'est tous les questionnements que ça a lancé par rapport à la mobilité dans notre quotidien, ces idées-là que Maude a énoncées par rapport à lorsqu'on peut se déplacer à 7-8 minutes à pied, c'est là qu'on décide de ne pas prendre sa voiture. Et moi, ça m'a quand même donné espoir pour le développement urbain et la façon dont on réfléchit l'avenir de nos villes. Ça, c'est ma perspective très, très optimiste.
Je ne sais pas si tu l'es autant que moi, Tristan, par rapport au Vieux-Hull, ou un quartier comme ça. -Oui, quand même. Parce que d'autant plus que ce qu'elle a décrit, c'est ce que je fais tous les jours. Moi, j'habite à 7-8 minutes de mon travail. Puis je me rends toujours à pied. Je fais tout à pied. Je fais mon épicerie à pied. Je me fais livrer des choses aussi. On ne va pas se mentir complètement. Mais c'est très, très possible puisque je le fais tous les jours depuis des années.
-Est-ce que c'est une préoccupation que les gens ont, Steven? Toi, vu que tu es conseiller municipal, j'imagine qu'on en discute, oui, autour de la table du conseil, mais quand même dans les quartiers. -Je pense qu'il y a toujours cette question de chercher des solutions, notamment à l'auto solo, des solutions alternatives. Puis elle le disait bien, « comment on peut se déplacer autrement
que chacun individuellement dans son auto? » Est-ce que la solution, c'est chacun individuellement sur son cheval? Ça, c'est une autre question, mais je pense qu'on cherche des solutions. On parle beaucoup de ces perspectives-là ou de ces solutions-là de quartier sans voiture ou de quartier 15 minutes où est-ce qu'on peut tout faire à pied. -Il y a Phoenix en Arizona, a eu quand même un succès récemment. Exactement, avec un quartier comme ça où est-ce qu'on peut tout faire à pied.
Puis moi, quand je suis déménagé à Aylmer, c'est pas un quartier qui est nécessairement bâti pour ça, mais j'ai accès à tous ces services-là à pied et j'aimerais beaucoup pouvoir les avoir aussi à cheval, évidemment. Mais c'est une réflexion qui se fait à l'intérieur de toutes les villes, pas juste au Québec, je pense même ailleurs. Puis Tristan, t'apportes cette perspective-là de façon intéressante. Je vois que t'as stationné ton cheval juste en bas ici du studio.
-Oui, j'ai remarqué que je n'ai ni d'abreuvoir, ni de foin. Je suis à deux doigts de porter plainte. -Mais ce qui est intéressant aussi d'un secteur comme Aylmer, c'est qu'on a déjà eu un tramway au 19e siècle et là, en ce moment, à Gatineau, comme à Québec et un peu partout, on pense à l'électrification du transport, on pense à de nouvelles façons
de se déplacer. Donc, il y a cet effet-là de retour en arrière aussi, de se dire, bon, mais peut-être que les décisions qu'on a prises au 20e siècle par rapport à l'auto, à réfléchir le développement de nos quartiers comme ça, doit changer. Et moi, finalement, en portant cette quête-là, ça me fait penser, je ne sais pas si vous vous souvenez, du vélo-bus. -Moi, je m'en souviens. C'est gravé dans ma mémoire. -Tu n'étais peut-être pas arrivé, Tristan, tu n'étais peut-être arrivé ici.
On m'en a déjà parlé. Il n'y a pas si longtemps que ça. -C'était un grand vélo de 33 places que le maire Légère avait fait construire par les cols bleus de la ville de Hull, dans les années 90. Et c'était pour sensibiliser les gens au transport actif et pour développer cette route entre Hull et Québec de vélo, la Route verte. -Oui, effectivement. Puis ce vélo-bus-là s'est retrouvé dans le livre des records Guinness, justement, comme étant la plus grosse bicyclette
au monde avec ses 33 places. Puis Tristan, peut-être que tu pourras être ce pionnier-là et porter une espèce de quête de 33 chevaux qui traverseront la ville de Gatineau. C'est quelque chose qui pourrait t'intéresser? -Oui, le plus grand cheval du Québec. Je pense qu'on peut le faire. Tu seras le nouveau « cavalier urbain » peut-être, Tristan. -C'est magnifique. Tristan, merci d'avoir été là avec nous et merci de cette belle quête que tu nous as fait porter. -Merci à vous.
-Julien, merci d'avoir porté la quête également. -Et puis merci à toi, Steven, de m'avoir remplacé à l'animation. -C'est un plaisir. L'heure de grande écoute est une série de Transistor Média, imaginés par Julien Morissette, produite en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcast ou l'application de votre choix. Enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois. Musique originale : Alexis Élina et Simon Coovi-Sirois.
Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski. Productrice au contenu : Audrey Blackburn. Coordonnatrice : Clara Gauthier-Morrison. Communications : Louis-Philippe Roy.
Simon Guibord.
P'tit Béliveau.
Maude Petel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau. Merci à Marysol Foucault et Clara Lagacé de Transistor Média. À la Ville de Gatineau, ainsi qu'au ministère de la Culture et des Communications du Québec qui a rendu ce projet possible. Je m'appelle Steven Boivin, merci d'avoir été à l'écoute.
