La vie des gens riches et célèbres, c'est quelque chose qui fascine : par voyeurisme, mépris, ou envie. La mort des gens riches et célèbres aussi fait couler de l'encre. Quel sera leur lègue? Qui va hériter de leur fortune? Leur conjointe ou conjoint, leurs enfants, des fondations à leur nom ou des organismes de charité? Le milliardaire Bill Gates dit depuis plusieurs années qu'il ne veut pas donner trop d'argent à ses enfants,
question de les faire travailler pour leur succès. « Seulement » 10 millions de dollars chacun. Le transfert de richesse, c'est une question importante et actuelle, qui nous touche, nous, simples mortels. C'est un phénomène qui va continuer de nous intéresser, parce que les baby boomers, les personnes nées entre 1946 et 1964, vont léguer beaucoup d'argent à court terme. On parle du plus grand transfert de richesse dans l'histoire du Québec.
Mais ce n'est pas tout le monde qui aura ce privilège-là, de recevoir un héritage de ses parents ou de ses grands-parents, pour des raisons purement économiques, de classe sociale, mais parfois aussi pour des raisons émotionnelles. Dans l'épisode précédent, « Donne-moi ton cash, partie 1», que vous devriez écouter avant d'aller plus loin dans cet épisode-ci, le réalisateur François Desrochers se demande à qui léguer son argent,
parce qu'il n'y a pas d'enfant, ni de conjointe. Et ça l'a mené sur une piste inattendue : « Comment réagissent les personnes de notre entourage, enfants, parents, frères et sœurs, quand ils se font déshériter? » On plonge au cœur de la question avec François, et avec l'autrice et animatrice Geneviève Pettersen, qui a publié un texte sur la question, quand son père est mort sans lui laisser un sou.
Bienvenue à « L'heure de Grande Écoute »,le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L'épisode d'aujourd'hui, « Donne-moi ton cash, partie 2 ». Mon père est décédé, ça va faire un an, et je pense que si je n'avais pas découvert par des sources externes qu'il était en fin de vie, je ne l'aurais jamais su.
Moi, je n'ai pas... mon père, il a eu l'aide médicale à mourir, il ne voulait pas que je sois là ; tu sais dans le sens... moi, j'ai été tenue à l'écart de ça complètement. J'ai même jamais vu mon père malade. Son absence, c'est quelque chose auquel je me suis habituée depuis longtemps. Mon père, il est mort pour moi depuis des années.
François, tu as rencontré Geneviève Pettersen, qui est l'autrice de romans « La Déesse Des Mouches À Feu », « La Reine De Rien ». « La Déesse Des Mouches À Feu » qui a été aussi adapté au cinéma. Geneviève a aussi écrit cet article-là, dont on parlait, sur le fait d'être déshérité par son père. Oui et c'est un article, et une entrevue, où elle a fait preuve de beaucoup de courage. Parce qu'une des choses qu'elle me disait, c'est qu'elle avait peur
avant ça, d'être jugée par les gens, parce que, tu sais, 44 00:03:27,000--> 00:03:29,990 « c'est qui cette fille-là qui se plaint d'être déshéritée? » Moi, j'ai toujours eu une relation difficile avec mon père, très difficile, parce que c'est un homme violent, en fait, n'ayons pas peur des mots : moi j'ai grandi dans une famille où il y avait de la violence conjugale. Ce n'était pas de la violence physique, mais c'était un climat de violence psychologique qui était constant.
De la cruauté mentale, vraiment à un haut niveau, ça m'a beaucoup marquée, ça a marqué ma mère aussi énormément. Donc il y a eu un enfant avec une première femme, Puis ensuite, il a été avec ma mère, il m'a eue. Puis quand ils se sont séparés, mes parents, cette femme-là est rentrée dans sa vie vraiment très, très peu de temps après. Puis elle, elle avait déjà des enfants d'une autre union. Puis c'est la femme avec qui il a été jusqu'à la fin de sa vie.
Donc c'est là, après la mort de son père, que Geneviève a écrit son article sur la douleur d'être déshéritée. Puis c'est drôle parce que quand j'ai écrit ce texte-là, j’ai eu beaucoup beaucoup de messages. 57 00:04:22,000--> 00:04:23,990 j'ai eu beaucoup, beaucoup de messages. Puis ça m'a fait vraiment du bien de me rendre compte que je n'étais pas toute seule, ah!
Il y a vraiment beaucoup de ces situations-là. Et pas des situations où les gens ne donnent pas parce qu'ils n'ont rien : des familles déshéritées, au complet, au profit de nouvelles familles. Des gens qui ont été déshérités à cause de des conflits familiaux. Pour moi, c'est la forme de rejet ultime. Ça, et m'avoir tassée de sa maladie, de ne pas me l'avoir dit,
et d'avoir même pas voulu me parler. Parce que moi j'ai envoyé un courriel avant, peut-être deux semaines avant qu'il meurt, pour dire : « écoute, je pense qu'on pourrait mettre nos différents de côté, j'aimerais ça te voir. » Le courriel c'est : « Bonne fête, je t'aime! » Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit ça... «J'aimerais ça te voir, je sais que tu ne veux pas, mais moi j'aimerais ça. Je t'aime, bonne fête. » Il ne m'a jamais répondu.
-Qu'est-ce que ça fait vivre, en fait, de ne pas recevoir d'héritage? C’est pas que je voulais de l’argent de mon père, ou que je m’attendais à avoir de l’argent. Mais y’a une partie de moi qui espérait quand même, comme si, à la fin, ça serait une façon pour lui de dire « je m’excuse ».(pleurs) Je pense que c'est ça qui est le plus venu me chercher, c'est de me dire que je valais pas cinq cennes.
Il aurait pu me donner une cuillère en bois, je pense que j'aurais fait : « OK, tu sais, il y a une forme de reconnaissance de quelque chose. » C'est un ultime « fuck you ». C'est jusqu'à la fin, il aura exercé son pouvoir sur moi, pis regarde comment je suis partie à pleurer! Tu sais, j'ai pas pleuré ; je pense que c'est la première fois que je pleure. -Aujourd'hui? Ouais. Je trouve ça poche que ça me fasse encore autant chier.
Honnêtement, ma perspective de père en ce moment me rend très sensible à ça, tu sais, je voudrais jamais qu’un de mes enfants ait ce discours-là à mon égard ; ça doit prendre beaucoup d'amertume pour ne pas répondre à ce type de courriel-là que ton enfant t'envoie dans tes derniers jours, mais je connais pas les détails de la situation mais, ce que je réalise, c'est à quel point ça a un impact dans la vie de Geneviève Pettersen.
Elle le mentionne avec la cuillère de bois par exemple, il y a une symbolique derrière ça, c'est pas... -C'est jamais l'objet... L'objet, le montant, la valeur... C'est jamais l'argent. C'est vraiment une question d'amour : c'est que quand tu ne reçois rien, tu l'interprètes comme « ah ben, il m'aimait pas », ou « elle m'aimait pas », ou « j'étais pas important. » C'est ça qui fait mal.
Tu en as parlé avec une sociologue qui s'intéresse à ces questions-là, de familles, de finances et d'inégalités ; Maude Pugliese, qui avait publié un article sur la question des gens qui déshéritent leurs enfants. Geneviève Pettersen a un peu lancé le mouvement, mais, il y a eu toute une série vraiment, de... comment dire, un peu de... je ne sais pas, de dévoilements de ces histoires de personnes, et beaucoup, comme vous l'avez mentionné,
de femmes, qui ont été déshéritées. Et donc, pour moi, ça suggérait que finalement, ça arrive, ce n'est pas si infréquent que ça. C'est étonnant quand même, les résultats dans l'article de Maude Pugliese, c'est tu sais, chez les hommes qui se remarient, il y a 30 % qui ne donnent rien aux enfants de leur première union. -C'est beaucoup, 30 %. C'est vraiment beaucoup, c'est presque 1/3. -Oui! Et pour les femmes, c'est 12 %. -On dirait que ça ne me surprend pas que ce soit moins chez les femmes.
C'est plus les hommes que les femmes qui coupent les liens, qui ne donnent rien, qui déshéritent leurs enfants. Mais ça, c'est chez les gens qui se remarient, parce que chez les gens qui se remettent en union libre, qui refont leur vie avec quelqu'un d'autre mais sans se marier, là c'est beaucoup moins, c'est (homme et femme) 6% qui donnent rien. -Ok, ça chute... Oui, c'est intéressant quand même ; c'est comme les gens qui se remarient ont plus tendance à :
« OK, je coupe le passé, je repars une nouvelle famille, ça c'est mes enfants maintenant, on oublie les autres. » -C'est beaucoup quand même. Oui, c'est beaucoup, moi, ça m'avait vraiment, vraiment étonnée. C'est quelque chose qui est très... -qui est probablement plus prévalant qu'on pourrait le croire et qui est très douloureux, comme les témoignages l'ont montré.
Honnêtement, c'est très douloureux. Puis comme vous l'avez dit, je pense, pas forcément ou pas principalement pour la question de la somme d'argent qui est en jeu. Dans notre conversation, Geneviève Pettersen, elle, elle pense qu'il y a beaucoup plus de gens que ça qui se font déshériter, mais que les gens n'en parlent pas, parce qu'ils ont honte... C'est très honteux aussi de dire ça, tu sais ? -De dire quoi? De dire qu'on n'a pas hérité. -Pourquoi c'est honteux?
Parce que c'est cette idée qu'on est « un mauvais enfant », « tu ne méritais pas cet argent-là », « tu es une mauvaise fille ». « Si tu n'as pas eu d'argent, il y a une raison. » Ouais, ou « tu devais être un enfant problème » ou... N'importe quoi, ou tu sais, le côté transactionnel, ça aussi ça m'a fait du mal, tu sais : « Bien... tu parlais plus à ton père, pourquoi il t'aurait donné de l'argent ? » Mais c'est quoi... « Il me voit donc il me paye ? » Donc ça fait de moi quoi?
Ça la laisse dans un flou, Geneviève, c'est ce qui est triste, parce qu'elle fait plein d'hypothèses ; elle spécule sur le pourquoi son père lui a rien laissé, donc ce que j'en retiens c'est que le manque de communication, encore une fois... -Ça revient à ça. C'est ça, c'est ce qui fait mal. Ça revient tout le temps à ça ; de l'importance de parler d'argent,d'héritage, pendant que les gens sont encore là. Maude Pugliese en parlait d'ailleurs aussi.
Moi, c'est ce que je vois un peu, par rapport à l'héritage, entre autres, c'est qu'en en parlant tellement peu, c'est comme s'il n'y a pas de façon, un peu, de valider. Les gens pensent à ces questions-là, qui sont des questions éthiques assez complexes. Qu'est-ce qu'on lègue? À qui? Combien? Également ou pas? Qu'est-ce que ça signifie, mon lègue? Est-ce que je devrais donner à mes enfants ou à des organismes de bienfaisance?
Et donc, l'absence de conversation autour de ça, je pense, fait en sorte qu'il y a bien des gens qui se sentent seul dans la réflexion et peut-être que ce n’est pas une réflexion qu'on approfondit particulièrement. Donc, je pense que ça peut être vraiment bénéfique, en fait, de lever un peu les tabous sur cette question-là.
Quand je jasais avec Geneviève Pettersen, à la fin de notre conversation, je lui ai mentionné comme ça que je changeais mon testament et que je remettais en question la somme que j'allais donner à mes deux soeurs et à mon meilleur ami. -Oui, pour laisser ça à des organismes communautaires. Oui. Tu sais, j'allais déshériter mes deux soeurs parce que dans mon dernier testament, je leur donnais 20 000 piastres chacune. -Oui, là, tu n'es plus sûr ? Et à mon meilleur ami.
Bien, en fait, je pense que je vais moins leur en donner, parce qu'ils n'en ont pas besoin. Mais tu n'as pas ce lien-là avec eux, Tu n'envoies pas un message... Non, non, non. Non, c'est pas une grosse histoire, et je vais leur en parler avant, tu sais. Parce que c'est une chicane. Là, si tu me disais, mettons, « Hey, moi admettons, je me suis chicané avec ma soeur, pis no way, elle l'aura pas, son esti de 20 000 piastres, elle l'aura pas! » Là, on est ailleurs! -Ah oui!
Je donne tout à des organismes... -Mais t'as pas d'enfants? Non, mais même si j'avais des enfants, tu sais, admettons que mes enfants ont 30 ans, qu'ils sont ingénieurs, médecins, fonctionnaires, je ne sais pas... -Mais ça dépend de ce que tu as à donner. Ils sont débrouillards, ça va bien dans la vie, tu sais... -Mais je pense... Est-ce que je devrais tout leur laisser, ou peut-être qu'il y a une partie qui pourrait
aller à d'autres gens qui en ont peut-être plus besoin? -Moi, je pense que peut-être, si tu avais eu des enfants, et que ça avait été ça ta façon de faire ou de penser,c'est des discussions que tu aurais eues avec eux, avant ; ils n'auraient pas eu la mauvaise surprise de s'en rendre compte à l'ouverture d'un testament. -Non, non, ça c'est clair. Il y a des parents qui ont des discussions dans la vie avec leurs enfants, de leurs vivants,
« Hey, nous, on ne vous laissera rien parce que de notre vivant, on va vous donner telle affaire ou telle affaire, ou juste on vous donnera rien parce qu'on n'a pas rien à donner » ou ils donnent d'autres choses. C'est une mauvaise surprise quand même d'entendre ou de découvrir un testament et qu'il y ait des éléments qui n'étaient pas prévus, dont on n'avait pas discuté nécessairement avec la personne qui est disparue. Je reviens à ça, mais il faut déjà que tu fasses un deuil,
en plus de ça, tu apprends, tu spécules, comme le fait un peu Geneviève. Donc, il ne faut pas juste faire son testament; oui, il y a moins d'une personne sur deux qui en a un au Canada, mais il faut aussi communiquer avec les gens qui sont impliqués, ou pas, dans ce testament-là qu'on a décidé d'écarter. Oui et moi, j'ai décidé de mettre ça en pratique après ma jasette avec Geneviève ; avec les autres, où on parle constamment de l'importance de communiquer.
J'ai commencé par appeler mes deux sœurs, Louise et Isabelle, pour parler de mes plans. Est-ce que je vous avais dit que vous étiez dans mon testament, il y a 12-13 ans? Il me semble que tu nous avais dit que tu nous laissais comme 10 000 $ chacune, moi je ne sais pas, j'ai ce nombre-là dans ma tête. C'est ça que j'avais compris. -On est tous poches : moi, je pensais que je vous donnais 5 000$ chaque, finalement, je vous donne 20 000$ chaque. -20? Ah! Moi aussi, je pensais que c'était 10.
-Moi aussi! L'autre affaire, quand on écoutait ton podcast, c'est que le gars suggérait le donner pendant son vivant. -Ah oui, on aimait beaucoup cette idée-là! Vous aimeriez que je vous donne tout de mon vivant, finalement? Ben, tu sais, 95 ans... qu'est-ce que ça donne, d'attendre à 95? -Absolument rien... Premièrement, j'allais vous déshériter! -OK, on s'en attendait.
C'est parce que je me disais, tu sais,ni vous, ni Jean, vous êtes à une étape de votre vie où est-ce que vous avez besoin d'argent, tu sais? On est super privilégiés... -C'est comme ça qu'on se sent. Fait que, tu sais, je me dis « j'aime mieux donner à des causes, à des gens qui en ont vraiment besoin.» -Oui, je suis complètement d'accord.
Après ça, j'ai révisé ça, et je me suis dit « ben... non, j'aimerais ça vous laisser quand même un petit quelque chose », comme admettons, 5000 piastres indexés comme ça dans dix ans ça vaut encore quelque chose... -Ah oui, tu peux faire ça dans un testament ? Je savais pas. -Ouais, je savais pas ça moi!
Oui, parce que si je dis que je vous lègue 5000$ maintenant, peut-être que si je meurs dans 25 ans, ça vaut plus grand-chose : c'est indexé pour que ça vaille encore,mettons, 8, 9 000$, je ne sais pas combien... En ce moment, si je n'avais pas de testament et que je mourrais, la moitié irait à maman et l'autre moitié irait à vous deux. Si les parents sont morts, tout irait à vous autres. Dans le fond, vous auriez eu intérêt à ce que je fasse pas de testament !
-Là commençais-tu à avoir peur qu’on mettre du poison dans ton… -Ha! -Non mais là, es-tu manipulateur François? Tu leur as dit 5000, 10 000, peut-être, finalement c'est 20, mais là je descends à 5... j'aime le ton dans lequel tu peux discuter de ça avec tes soeurs ; avec humour et légerté! C'était manipulateur, parce que je leur ai dit «je vous donnais 20,là je ne vous donne rien, ah mais là je vous donne 5000 », donc là elles sont contentes du 5000. Stratégie de marketing.
-Ça, ça s'est bien passé avec tes soeurs. Tu parles aussi de Jean, un de tes amis qui était dans ton testament. Oui, Jean, c'est mon meilleur ami depuis 57 ans. On se connaît depuis qu'on a 7 ans. J'avais le goût de te laisser un petit quelque chose. C'est un ancien pompier. Maintenant, il habite en campagne dans la Petite Nation. -Pendant que je te parle, je suis en train de traîner des branches de boulot.
Oui, donc toi, serais-tu OK avec ça? -Moi, je suis tout à fait OK avec n'importe quoi, ok? C'est comme... Tu sais, je ne sais pas, je me trouve bien chanceux. Je ne suis pas riche, mais je ne suis pas pauvre. Tu sais, je ne crèverai jamais de faim, je vis à un endroit complètement hallucinant, tu sais ce que je veux dire? -J'aime sa philosophie, à ton ami Jean. Donc, il l'a bien pris, de passer de 20 000 à 5 000 indexés, lui aussi?
Pas de problème. -OK, OK. Donc là, il restait qui dans ta liste, après tes soeurs, Jean... Mes soeurs « chek », Jean « chek », il y avait aussi... Chez la notaire, tu te souviens, on avait parlé de ma chienne, ma petite chienne Suzy, -Oui, Suzy! qui est une petite chienne de rue du Mexique, que j'adore. Alors elle, dans ce cas-là, j'ai pensé appeler Geneviève, qui est une femme qui garde souvent Suzy, parce que sa chienne, c'est la meilleure amie de la mienne. -Aw, cute.
Je me disais que j'allais mettre ma petite chienne Suzy dans mon testament. Donc je voulais te demander si je peux te mettre dans mon testament, si jamais je trépasse, tu peux-tu l'adopter? -Fais-moi pas pleurer! C'est sûr! Fais-moi pas pleurer, elle est tellement cute, c'est sûr que je la prendrais! Oh mon Dieu. OK. Oui, sans aucune hésitation. Je me sens vraiment, vraiment, vraiment, vraiment choyée. -Je pense que Suzy va être entre bonnes mains avec Geneviève! -Mets-en, mets-en.
-Ça aussi, ça s'est bien passé, donc. Ils avaient quoi les autres? Il y avait les objets. -Oui, il y avait ta Bible! Il y avait ma Bible. -Ah, la fameuse Bible. Sais-tu quoi, je l'ai apportée finalement! -Oh non, essayes-tu de me la passer à moi aussi? Elle tombe en ruines là, en morceaux. -Comme tu vois, ça tombe en morceaux, elle a passé dans un incendie, les pages se décollent. Je vais te la montrer, parce que quand j'ai jasé avec mes sœurs à un moment donné pour leur en parler,
j'avais la Bible entre les mains. C'était une conversation vidéo. Moi, je me disais, « tiens, je vous Donne cet objet précieux qui a passé de génération en génération. » Est-ce qu'il y a d'autres choses que vous aimeriez, qui vous feraient plaisir de recevoir? Tu sais, parce que j'ai d'autres affaires. Comme par exemple, ici j'ai une Bible, je ne sais pas si vous vous souvenez de ça?
-Hey, ça date... Hey, écoute, laisse-moi te la vendre, cette Bible-là. Ça, là, ça date de 1790, pendant la Révolution française. -Ah, mais ça vaut cher, d'abord! Ah, esti de « pas de morale » : «ça vaut cher...» Incroyable! C'est parce que ça a appartenu... ça fait 6,7 générations de Desrochers qui ont cette bible-là! Ça a appartenu à Joseph, Télésphore, Honorius...
-J'aime ce que tu demandes à tes soeurs aussi « qu'est ce qui leur ferait plaisir? » C'est quand tu commences à parler de la Bible, Je m'excuse, mais cette Bible-là, finalement, je pense qu'on va t'enterrer avec! Je pense que oui, elle va se ramasser dans une vente de garage à quelque part. -« Oh my God », ou avec toi quand tu vas te faire incinérer!
Donc là, tout est pas mal réglé à ce stade-ci, j'imagine? On a parlé de tes soeurs, Jean, ta chienne, la Bible, donc là on peut retourner chez... -Les parfums, mais ça, on n'a pas parlé. -Les parfums aussi... -Je t'en donnerai si tu veux. -Ok, peut-être, on verra. Je pense qu'à part de ça, c'était pas mal... là, on était prêts à... Aller signer chez la notaire, on se retrouve dans le bureau de Magalie Nicolau pour signer ça.
-J'imprime la... -Peux-tu résumer d'abord? Juste résumer à qui je donne, comme... dans mes soeurs, en fait, peut-être juste... -Tes soeurs, elles ne font pas partie de ton testament. Tu donnes la totalité de tes biens aux deux organismes. -Ah! OK. Merde. Parce que finalement, j'ai changé... Sais-tu pourquoi? C'est parce que j'ai fait une entrevue avec Geneviève Pettersen, qui est une auteure, là. Justement, elle parlait de la douleur
d'être déshéritée et tout ça... C'est pas la situation avec mes soeurs, mais je me suis dit, je vais quand même leur laisser un petit 5 000 chaque, indexé.
Le reste, donc une fois que le 5 000 $ est payéà chacune de tes soeurs, le reste de tes biens, que ce soit de l'argent dans ton compte de banque, une assurance vie, des REER, peu importe ce que c'est, sera partagé entre les deux organismes suivants : 50 % pour le Haut Commissariat des Nations Unies et le 50 % au Centre d'Intervention en Prévention de Toxicomanie de l'Outaouais. -Parfait. Mais c'est simple! Mais c'est tout, je pense. Il me reste juste à signer?
-Il reste juste à signer! J'attire ton attention ici, on a mis une clause de négociation et de médiation : si jamais il y a quelqu'un qui n'est pas content, qui n'est pas content avec la façon dont ton testament est rédigé, pour une raison quelconque, on mentionne que c'est ta volonté que ta succession soit résolue dans l'harmonie.
C’est ça que je suis en train de lire, ce n'est pas pire : « je désire que le règlement de ma succession se déroule dans l'harmonie et que tous les efforts nécessaires soient déployés afin de résoudre tout conflit à l'amiable sans avoir recours au tribunal. » C'est une clause standard? -Oui, puis on la met tout le temps, parce que quand on règle des successions, on est dans l'émotion, les gens sont blessés, des fois, ils sont tristes. Il y a des gens qui vont se chicaner à mort pour
une paire de souliers, alors que c'est pas ça, le but. Là, toi, t'as pris soin d'ajouter tes sœurs pour dire, « Hey, j'ai pensé à vous, même si ma volonté, c'est de donner aux organismes, j'ai pensé à toi, je te donne un montant. » Surtout si tu leur a dit à l'avance, puis en bout de ligne, c'est tes volontés, tu sais, c'est ça qu'il ne faut pas oublier, mais on veut quand même que ça soit résolu dans l'harmonie.
Maintenant que tout est réglé, on a pu signer le testament avec Magalie, puis en posant la signature à la toute fin, elle a pris soin quand même de te dire à quel point elle trouvait ça rafraîchissant que tu veuilles donner à des organismes, que tu veuilles élargir la perspective du don, de l'héritage, qui est encore un peu courante, elle disait qu'elle voyait pas ça souvent, c'est ça.
Oui, c'est très, très rare. Marius disait la même chose, d'ailleurs. Puis, c'est dommage, en fait. Et moi, ce que j'espère, c'est un peu la raison pour laquelle je voulais faire ces deux épisodes-là, c'est que j'espère que les gens, de plus en plus, vont vouloir élargir le cercle de leur compassion,
de leur amour, de leur don. Alors, oui, c'est normal de vouloir donner la majorité de nos biens à nos enfants, nos conjoints, conjointes, etc. Mais moi, mon plus grand souhait, c'est qu'on puisse aussi penser un peu plus à ceux qui sont moins privilégiés dans la vie. C'est une tendance qui est de plus en plus documentée et c'est pour ça qu'on a une dernière personne des richesses, en faisant payer plus d'impôts aux riches, notamment.
Et tu l'as rencontré pour parler de la façon dont les nantis s'accaparent des richesses, un phénomène qu'ils souhaitent voir disparaître éventuellement. On peut l'écouter. (Traduction libre) Nous avons une ligne du temps jusqu’à 2060 Et une partie de notre but est de définir l’accumulation des richesses comme n’étant pas « cool ». Moi, par exemple, j'ai fait le choix de vivre avec les moyens de la médiane des personnes de mon âge dans notre société, selon StatsCan.
Ça veut dire, moi j'ai 40 ans, puis la médiane des biens, des épargnes, d'une personne de 40 ans au Canada, c'est 200 000$. -Alors, tu veux dire que tout ce qui dépasse la moyenne, tu le redistribues, tu le donnes. -C'est ça. -Mais aussi parce que tu sais que tu vas avoir un héritage un jour? -Non, ce n'est pas le cas pour moi, en fait. J'ai reçu un héritage « early »? -Ah, jeune, oui. -De 250 000 $. -Ah, OK.
-J'ai gardé 50 000 $ et j'ai redistribué 200 000 $. -Wow. -Alors, tu n'auras pas d'autres héritages que ça? -C'est possible, mais ce que mon père m'a dit, c'est que (traduction libre) je ne devrais pas attendre après ça. -Ah, intéressant ça. -Il va principalement donner son argent à la charité. -Si tu avais des enfants, est-ce que tu penses que tu donnerais tout à tes enfants ou une partie?
-Je pense que moi, ce que je ferais probablement serait de donner à mes enfants des avantages dans leur vie, les soutenir à poursuivre la scolarisation, etc. Mais non, je ne pense pas que je leur donnerais un héritage, mais, leur laisser savoir qu'ils auront accès à un filet de sécurité, si jamais, mais ne pas leur donner de l'argent pour juste vivre leur vie. -Encore une fois, John, c'est quelqu'un qui t'a parlé avec beaucoup de transparence. -Vraiment beaucoup.
Lui, il parle ouvertement de combien il fait par année, de combien il a hérité. Il met tout ça à jour. Oui, et je me souviens quand tu es revenu de cet entretien-là, tu m'as parlé d'un livre dont lui t'a parlé. Il t'avait même, je pense, lu une citation? -C'est ça, il m'a lu une longue citation en anglais d'un livre qui s'appelle « Winner's Take All » d’Anand Giridharadas, qui est un journaliste. -Un ancien journaliste du New York Times. -Exactement.
Puis la citation, ma propre traduction lousse, très lousse, c'est quelque chose comme une façon de penser aux inégalités, c'est la ligne qu'on trace entre nos enfants et les enfants de tous les autres. C'est-à-dire de, oui, « pensez à vos enfants, oui, aimez vos enfants, mais peut-être diminuer l'écart qu'il y a entre l'amour de vos enfants et les enfants du monde entier. »
-Tout le reste,oui. Ça nous rappelle qu'on doit Continuer à développer et à entretenir un sens de la communauté dans nos actions de tous les jours, mais aussi jusque dans notre testament. Puis je pense qu'honnêtement, en tout cas, je parle dans ma propre situation, mais oui, ce type de discussion-là qu'on a eue, les rencontres qu'on a faites, moi, ça a changé ma perception de mon propre testament et de ce que je veux léguer. Il y a d'autres gens qu'on a rencontrés dans le parcours.
-On parlait de Marcus un petit peu plus tôt dans l'épisode. Marius, désolé, qui est ton conseiller en placements, qu'on est allé voir pour ton portrait financier. -Et vous vouliez faire un petit retour, un petit bilan sur ces réflexions? -Oui, parce que je ne sais pas si tu te souviens, mais je lui avais demandé « toi, en ce moment, tu as une blonde, mais tu n'as pas d'enfant, tu es dans la cinquantaine », tu te souviens? Je me disais, c'est certain qu'il a tout réfléchi à ça en tant
que conseiller en placement, mais non, pas pantoute. Je lui avais dit, « OK, je vais te rappeler », donc je l'ai rappelé. -Ça m'a fait réfléchir, ton affaire. Un peu comme dans ta situation, je n'ai pas d'enfant, j'ai des neveux, nièces, que j'aime beaucoup, mais ils risquent d'être bien partis dans la vie quand je vais quitter, je vais leur laisser quelque chose, mais ca serait quoi de dire, je sais pas, je vais laisser un 50, un 100 000 à l'une de ces fondations-là?
-Donc, Marius, s'ajoute à la liste des gens que tu as influencés positivement dans ta quête, François; d'avoir ces discussions-là de notre vivant, avec des gens dans notre entourage, je pense que ça peut permettre d'évoluer dans le bon sens. -J'espère! J'espère que ça va amener d'autres gens à y penser, d'autres gens à agir, d'autres gens à faire leur testament, comme toi tu l'as fait. -Tu me responsabilise!
-Et peut-être à ne pas tout donner juste à leurs enfants. -Merci d'avoir ouvert les livres comme ça avec nous, de nous avoir emmenés derrière des portes closes, François. -Ça me fait plaisir. L'Heure de Grande Écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcasts ou l'application de votre choix. Enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois.
Alexis Elina et Simon Coovi-Sirois. Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski. Productrice au contenu : Audrey Blackburn. Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger.
Clara Gauthier-Morrison. Communications : Louis-Philippe Roy.
Simon Guibord. L'indicatif musical est de P'tit Béliveau. À la recherche : Maude Pettel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau. Merci à Steven Boivin et Clara Lagacé de Transistor Médias et au ministère de la Culture et des Communications du Québec qui a rendu ce projet possible. Je m'appelle Julien Morissette, merci d'avoir été à l'écoute.
