Banque mixte - podcast episode cover

Banque mixte

Aug 14, 202530 minEp. 20
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Episode description

Une immersion dans la réalité de la banque mixte au Québec.

Un aperçu intime et sans filtre du parcours d’adoption de Maude et Christian via la banque mixte. À travers leurs voix, on plonge dans les doutes, les joies et les montagnes russes émotionnelles de ce chemin vers la parentalité.

· Animation : Julien Morissette
· Invité.e.s et scénarisation : Christian David et Maude Roberge Dumas (l'Assembleuse)
· Réalisation : Christian David
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Chantal Cloutier, Daniel David, Cynthia David, Édouard David, Gilbert Dumas, Jeyson Lavergne, Karine Maheu, Susie Roberge et Line Widmer
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Transcript

C'est une image qui est forte, qui a été utilisée des centaines de fois en fiction. Un appel téléphonique dans la nuit qui vient changer le cours de l'histoire ou le cours d'une vie. Idéalement, c'est une ligne fixe, un téléphone sur une table de chevet qui sonne fort. Il faut sauver le monde d'une attaque de missiles ou se rendre à une base nucléaire pour contrôler un réacteur.

Se faire extirper de son sommeil et devoir prendre une décision rapide, encore à moitié endormie, tout simplement pour se faire annoncer qu'il est arrivé quelque chose à quelqu'un qu'on aime. On dirait que c'est moins réaliste ces jours-ci, parce que de se réveiller en lisant un texto ou un courriel, ça a un petit peu moins d'impact. Il y a 13 ans, je me suis fait réveiller en pleine nuit, pas par le son d'un appel téléphonique inattendu.

C'était un liquide amniotique qui s'était répandu dans le lit conjugal au terme d'une grossesse de 40 semaines. Ça m'a pris quelques secondes et j'ai compris que c'était là que ça se passait. J'allais devenir père. Aujourd'hui, on vous raconte une histoire de parentalité pleine de rebondissements, de questionnements et de discussions entre Maude Roberge-Dumas et Christian David. Maude est diplômée du Conservatoire d'art dramatique de Montréal et elle a étudié en création littéraire.

Christian est réalisateur audio et preneur de son pour des projets de fiction et de documentaire depuis plus de 10 ans. Ensemble, ils forment un couple qui attendait que le téléphone sonne en plein jour ou en pleine nuit pour se faire annoncer qu'ils allaient être parent. Bienvenue à L'heure de grande écoute, le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L'épisode d'aujourd'hui, Banque mixte.

On est en studio avec Maude et Christian, salut à vous deux. Salut ! Le sujet dont on va discuter aujourd'hui vous touche particulièrement, même qu'il est tiré d'une histoire qui vous est arrivée, une histoire avec laquelle vous avez dû composer dans votre vie. Oui, on compose avec ça depuis tellement longtemps que, dans le fond, on est comme devenu des experts. Pour donner un petit peu de détails vous êtes un couple dans la vie.

Un couple d'entrepreneurs aussi au coeur d'un projet qui s'appelle l'Assembleuse, c'est quoi ça exactement ? C'est une entreprise, dans le fond, qu'on a créé pour aider les gens à raconter, conserver et transmettre leur histoire et leurs souvenirs dans différents formats. Don on a des journaux, on a des boîtes souvenirs, puis on fait aussi des hommages audio. Puis là, c'est votre histoire familiale, votre histoire personnelle qui vous a donné envie de partir ce projet-là ?

Oui, oui, complètement. Parce qu'on trouve que chaque histoire familiale est unique et que toutes les familles méritent de pouvoir raconter leur histoire. Puis quand on raconte la notre aux gens, on se rend compte que ça suscite beaucoup de questionnements, de surprises, parce que ça parle d'adoption via la banque mixte. Puis l'adoption via la banque mixte, ce n'est pas un terme avec lequel tout le monde est nécessairement familier. C'est quoi exactement ?

Non, dans le fond, l'adoption par la banque mixte, c'est vraiment un concept qui existe juste au Québec. Oui, c'est comme un hybride entre l'adoption régulière et la famille d'accueil. À la DPJ, on a créé cette banque-là pour offrir un vrai projet de vie aux enfants qui ont été retirés de leur milieu familial et que leurs chances de retour dans leur milieu biologique sont presque nulles.

On parle par exemple de parents biologiques qui vivent dans un contexte très problématique qui n'est pas convenable pour élever un enfant. Donc, plutôt que d'envoyer ces enfants-là dans une famille d'accueil jusqu'à leur 18 ans, on veut leur trouver une famille de cœur pour la vie. Famille de cœur, j'aime le terme. Donc, l'objectif, c'est, de la façon que ça fonctionne, vous devenez famille d'accueil dans l'objectif de devenir la famille de cet enfant-là. C'est ça, exactement.

Donc, en premier lieu, on est famille d'accueil, mais le but vraiment du projet, dans le fond, c'est de devenir parent. Dans le fond, le risque de la banque mixte, c'est que l'enfant retourne dans son milieu biologique si ses parents peuvent prouver qu'ils sont capables et aptes de revoir la garde. Donc, dans le fond, c'est ça l'enjeu de la banque mixte. On dirait que ça complique un peu à cette étape-là parce que légalement, émotivement, ça ne doit pas être simple à gérer comme situation.

Vous, quand vous commencez les démarches, on est en 2019, je pense que vous avez déjà un fils biologique même ? Oui, c'est ça. À ce moment-là, il y a deux ans. Donc, Édouard. Puis comme pour le deuxième enfant, dans le fond, on voulait... En fait, le désir d'aider un enfant était plus grand que de redonner naissance. Donc, on s'est tourné vers l'adoption.

Puis au départ, dans le fond, on regardait vraiment pour l'adoption internationale parce qu'au Québec, adopter de façon régulière, c'est de 8 à 10 ans. Oh, OK. Donc, c'est très long. C'est long. Puis en faisant nos recherches, dans le fond, sur l'adoption, on est tombé sur la banque mixte. OK. J'ai l'impression que c'est encore quelque chose d'assez méconnu. Oui, absolument. Dans le fond, c'est pour ça qu'on a décidé de documenter tout notre processus.

Pourquoi c'était important pour vous de venir faire ça, la documentation ? Bien, premièrement, moi, je travaille dans le milieu du documentaire depuis comme 10 ans, puis je ne trouvais pas d'informations sur ce sujet-là, sur la réalité d'une famille banque mixte. Ça fait que j'ai eu rapidement l'idée d'enregistrer toutes nos conversations pendant le processus.

Je ne savais pas encore vraiment ce que j'allais faire avec ça, mais je trouvais l'aventure riche en contenu, puis je me disais que on devait certainement pas être les seuls parents à pas savoir que la banque mixe existait. Vous avez commencé à quel moment à enregistrer ? Ben, en fait, ça fait six ans qu'à chaque fois qu'on a une discussion en lien avec ce sujet là on sort le dictaphone, puis on enregistre.

Puis d'ailleurs, ça a commencé quand on remplissait le premier formulaire pour devenir parent d'un enfant de la banque mixte en juillet 2019. Bon, prochaine étape, c'est de remplir ce formulaire de 15 pages. Bon, bien, allons-y. Une fois qu'on a rempli ça, puis qu'on l'a envoyé avec les annexes, bien, il nous rappelle ou pas ? OK... La cour extérieure est clôturée pour les enfants de 0 à 9 ans pour un terrain surdimensionné à un espace de minimum de 225 000 pieds carrés et clôturés.

Est-ce que les fenêtres sont munies de contre-fenêtres au double vitrage ? Je sais pas ça veut dire quoi. Les garde-corps aux mains courantes sont présents dans tous les escaliers, paliers, balcons, galeries et patios. Bon, ça se corse ici. Pharmacie barrée, siège de toilette surélevé, bord d'appui, tapis antidérapant, lavabo muni d'un robinet unique.

La robinetterie des douches et des bains est pourvue d'un système thermostatique ou de systèmes à pression auto-régularisés et thermostatiques combinés. Marque que oui, c'est conforme. Je suis comme surpris, mais pas tant que ça, que ce soit à ce point protocolaire, mais quand même, juste en tant que parent biologique, moi, j'aurais jamais été capable de passer à travers ce questionnaire-là, en tout cas, je n'aurais pas été approuvé.

C'est comme des normes du bâtiment pour les familles d'accueil, c'est ce que je comprends. Oui, c'est ça. Parce que dans le fond, quand tu es une famille d'accueil, tu es considéré comme une ressource d'hébergement, donc l'espèce de prolongement dans le fond du CIUSSS. Puis, l'enfant qui vient dans la... dans notre famille ou dans la famille d'accueil, dans le fond, est sous la responsabilité de la DPJ. Donc, doit être... respecter, dans le fond, les normes gouvernementales.

Je comprends mieux, mais là, vous n'allez pas me dire que vous aviez un système thermostatique à pression régularisée. Non. Pas vraiment. On n'avait pas ça. Ainsi que plein d'autres affaires dans la liste. Mais je me disais que quand la demande viendrait de prouver tout ça, on ferait les modifications. Pour moi, que la maison soit conforme, rendu là, c'est un checklist qui est rationnellement facile à faire. Dans le sens que si c'est pas conforme,

on adapte, c'est réglé. Mais par contre, pour la prochaine étape du processus, on devait maintenant choisir le type de clientèle qu'on veut. Drôle de choix de terme, on dirait clientèle. Oui, ça peut sonner un peu rough de même, je te l'accorde, mais c'est un terme utilisé par le gouvernement. En fait, c'est de choisir quel profil d'enfant on est prêt à accueillir chez nous. C'est une discussion qui a été assez complexe à avoir, puis c'est quand même assez confrontant.

OK. C'est là que ça va se corser, mon cœur. Parmi les troubles adaptatifs suivants pouvant se présenter chez les usagers, cochez ceux avec lesquels vous seriez à l'aise de partager votre quotidien ? Trouble d'apprentissage, moi, ça me va, toi ? Trouble de l'attachement ? Je pense que c'est comme normal, là. Tu es mieux de dire oui, puis qu'après ça, on explique comme du monde au niveau de l'évaluation. Ayant été victime d'abus sexuels ou d'abus physiques. Moi, ça me dérange pas.

Ça te dérange pas ? Je vais le mettre en jaune. On va en discuter plus tard… TDAH. Tout le monde met TDAH. Je sais, ça me fait vraiment rire. Syndrome alcoolo-fétal. On peut peut-être le laisser aller, celui-là. Enfant avec des antécédents familiaux de troubles de santé mentale. Je sais pas. Toi ? Je le laisserai aller. OK. Il y a quand même des petites questions là-dedans qui demandent des grosses réflexions. Je ne peux pas croire que ça s'est passé aussi vite.

Tu dois avoir fait du montage un peu là-dedans, Christian, pour... Oui. C'est surtout que je pense que quand on a rentré dans ce processus-là, il y avait un peu de naïveté dans le processus. Oui, oui. Mais ça a quand même des gros impacts sur une vie familiale. Déjà que vous avez un fils, vous êtes une cellule de trois personnes, ça peut être lourd de conséquences.

Oui, mais en même temps, comme je dis tout le temps, quand tu décides d'avoir un enfant, même de façon biologique, tu acceptes quand même les risques à la base. C'est vrai, tu as raison. Tu ne peux pas contrôler si ton enfant va avoir une maladie, l'accouchement. Dans le fond, ça fait peur, mais est-ce que ça fait plus peur que d'avoir un enfant biologique ? Non, tu as raison. Oui, et justement, il y a du montage dans les archives aussi qu'on montre.

Des fois, il y a des questions sur lesquelles on passait 20 minutes, 20-25 minutes avant de pouvoir y mettre une réponse dans le formulaire. Puis comme pour la question, d'ailleurs, du retour possible de l'enfant chez ses parents biologiques, celle-là, on pouvait pas faire de déni dessus. C'est la chose qui fait le plus peur dans cette aventure. Est-ce que ça peut arriver dans n'importe quel cas d'adoption via la banque mixte ?

Oui, c'est ça, absolument, parce que dans le fond, pendant la portion où ils sont en famille d'accueil, c'est là où les parents doivent prouver qu'ils sont capables de réavoir la garde de leur enfant. Donc, ils ont des choses à faire, comme par exemple avoir un travail stable, avoir de meilleures fréquentations, avoir mis fin à leur consommation de drogue ou d'alcool. En résumé, si les parents règlent les problèmes qui ont mené au retrait de l'enfant, leur chance de réavoir la garde augmente.

Si finalement les parents se prennent en main et qu'ils ont envie de s'impliquer dans la vie de cet enfant-là, je pense que toi, tu vas pogner une esti de débarques plus que moi peut-être. Oui, mais c'est pour ça que j'essaie de le voir comme aider un enfant. Oui, moi aussi. Au lieu de vouloir un enfant. Oui. Des fois, j'imagine que c'est pas toujours négatif non plus, l'enfant qui retourne avec sa famille biologique. Mais je veux dire, je serais pas contente, là, j'aurais de la peine.

Je serais pas comme « Ah ben super, je vous passe le relais ». Mais au moins, le temps qu'il aurait été ici, bien... Il y aura une référence de ce que ça peut être la vie. Exact. Ça me fait pleurer, je le connais même pas cet enfant-là. C'est beaucoup d'émotion se lancer dans un projet comme ça... Entreprendre les démarches et se poser ces questions-là. Oui, c'était beaucoup, en tout cas, d'émotion pour moi. Christian, lui, essayait de rester dans son côté rationnel.

Est-ce que c'était naturel pour toi ? C'était facile de rester rationnel là-dedans, Christian ? Bien, ce n'était pas si facile que ça, mais c'est comme si, avec du recul, je me rends compte aujourd'hui que je me préparais pour une mission impossible, tu sais. Je me disais, s'il y a des chances que cet enfant-là reparte un jour dans sa famille biologique, il va y avoir un deuil à vivre en famille.

Il faut que moi, je sois fort et que je sois là pour recevoir Maude et Edouard, mon fils, qui doivent vivre ce grand deuil-là. Je me détachais volontairement de toute émotion pour la survie de la famille. Si on élargit un petit peu la prise de vue et on regarde vos familles respectives, comment ça a été accueilli ? Mes parents étaient aussi enthousiastes que stressés, je te dirais.

Surtout ma mère, en fait, parce que pour elle, et comme pour beaucoup de monde d'ailleurs, les enfants de la DPJ, ça vient avec un très gros bagage, comme d'abus, de violences conjugales, etc., etc. Parce que c'est ces histoires-là, dans le fond, qu'on entend dans les médias. Oui, puis de mon côté, dans ma famille, je pense que c'est un peu un terrain connu. Ma famille avait un peu des appréhensions dues au fait qu'on avait déjà eu des expériences antérieures avec la DPJ.

Es-tu à l'aise d'en parler un peu ? Mais certainement. Dans le fond, quand j'avais 10 ans, mon cousin et ma cousine sont venus vivre à la maison pendant deux ans et demi parce que leurs parents n'étaient pas en mesure de pouvoir s'en occuper. Puis, chaque fois qu'ils revenaient d'une visite avec leurs parents, ça créait vraiment toutes sortes de situations compliquées. Ils étaient désorganisés, en colère, incompréhension. Il y a aussi que les intervenants de DPJ, ils venaient nous rendre visite

souvent à la maison. Fait que mes parents se sentaient quand même observés dans leurs faits et gestes. Puis d'ailleurs, quand on a annoncé notre projet de banque mixte à mon père, Daniel, et sa conjointe Line, il y avait pas mal de questions pour nous. On a décidé qu'on allait adopter, fait qu'on a envoyé notre dossier la semaine passée. On parle de quel âge à quel âge ? Nous, on a coché 0-5 ans.

Quand c'est une possibilité d'adoption, est-ce que ça veut dire que c'est possible que vous ayez des enfants qui viennent, ils restent un mois, ils s'en vont. Il y a peu de chances qu'ils retournent dans son milieu naturel. Est-ce que la DPJ vous suit ? Les intervenants suivent au fil des années ? Pendant la famille d'accueil, mais une fois que c'est adopté... c'est fini. Puis, l'idée d'avoir un enfant quand même qui est hypothéqué, ça ne te fait pas peur ?

Non, avec un enfant biologique, il y a moins de facteurs de risque. On n'a pas de problème de santé mentale ou on n'est pas dans la pauvreté, on n'est pas négligent, mais je veux dire, il pourrait bien être autiste ou trisomique ou avoir un retard de développement ou avoir manqué d'air à la naissance. Il y a beaucoup de gens, je pense, qui essaient d'utiliser cet argument pour nous conscientiser, mettons. Mais peut-être qu'on sera même pas retenu mon coeur. Tellement fatigante avec ça.

C'est quoi les critères, Maude, qui pourraient faire que tu sois pas retenu, mettons, exemple ? L'enfant, il ne peut pas être pire chez vous que où ce qu'il vit. Tu comprends ? Il y a ça, qu'il faut que t’évalues. Daniel a quand même une bonne question. Ton père qu'on entendait, Christian, est-ce qu'il y en a beaucoup des critères qui pourraient justifier ça ?

Il y en a plein. Mais dans notre cas, ce qui m'inquiétait le plus, c'était les évaluations psychologiques parce que j'avais vraiment peur que la travailleuse sociale me trouve inapte à adopter parce que je suis quand même assez émotive et avec un petit tempérament quand même anxieux. On va bien s'entendre.

Oui, c'est ça. En plus, à ce moment-là, le fait que Christian soit travailleur autonome et que moi, j'avais changé pas mal souvent d'emploi, j'étais comme, oh mon Dieu, ils vont trouver qu'on est désorganisés. Ah, l'instabilité, je comprends. Écoute, Maude, elle avait peur qu'on ne passe pas le test. Puis moi, j'avais vraiment aucun doute sur notre admissibilité. Je savais qu'on représentait exactement le profil recherché par la DPJ.

Un couple amoureux qui ont la possibilité d'avoir un autre enfant biologique, mais qui préfèrent aider un enfant dans le besoin. Puis en plus, on est quand même un bon team. Je me mets en position d'interrogatoire, ou d'intervieweur là, Christian, qu'est-ce qui fait... C'est quoi vos forces respectives en tant que membre d'une bonne équipe ? Donc, moi, je dirais que j'apporte un côté solide. Je suis un bon pilier, capable d'en prendre.

Puis, Maude apporte toute la sensibilité et l'amour d'une bonne mère. On est un équilibre parfait. Et là, Maude, je me tourne vers toi. Malgré toute cette confiance que dégage Christian, comment tu te sentais par rapport à ça ? C'est ça l'affaire. C'est que lui, plus il est sûr de lui, plus moi, ça m'angoisse parce que j'ai l'impression qu'il ne prend pas ça au sérieux. Dans le fond, j'avais comme l'impression qu'il n'en avait rien à faire des règles, qu'il était au-dessus de ça.

C'est comme s'il ne voyait pas la possibilité d'un refus. C'est pour ça d'ailleurs que je dis, tu es fatiguante avec ça dans l'extrait qu'on a entendu. Parce que j'ai envie qu'elle arrête de penser qu'on ne sera pas choisi. Je voulais qu'elle voit comme moi qu'on a exactement toutes les compétences pour faire ça. Après quand même plusieurs conversations, on a fini par se comprendre.

Si je peux vous lancer des fleurs, en écoutant les extraits, on se rend compte que vous avez vraiment une bonne communication. C'est une base assez solide sur laquelle bâtir. En fait, c'est ça. Ce n'est pas toujours le cas. Non, il y a du montage, mais finalement Christian n'était pas rassuré que je sois pas rassuré par rapport à mes capacités d'adoption fait que là, ça le faisait

angoisser que je doute de mes capacités. T'sais, moi, je voulais pas prendre le long congé parental, je l'avais déjà fait pour mon fils, mais j'avais de la difficulté à exprimer justement ces besoins-là que j'avais, puis mes inquiétudes face à Maude. Ça donnait un peu des phrases comme « Comment tu vas faire pour t'en occuper d'un enfant si t'es même pas sûr que t'es capable ? » Puis, ça passait pas tout le temps bien. Non. Je m'excuse de t'en parler.

Je m'excuse de te dire que je suis pas rassuré. Mais à chaque fois que tu me dis « Ben oui, ça va être correct, ça va être correct », avec des arguments qui me rassurent. Ben moi, je vais te dire qu'est-ce qui me rassure pas, c'est genre « Ah, quand il va avoir un deuxième enfant, c'est t'as la pleine responsabilité de la tâche d'élever cet enfant-là, puis comme moi, je vais retourner travailler puis ça va vraiment être chill. » C'est comme ça que je le ressens.

T'sais, excuse-moi, mais si c'est ça, non, on n'en aura pas de deuxième enfant. Parce que moi, j'ai pas peur pour ma situation. Parce que j'ai pas peur de mon rôle. J'ai pas peur de... Je vais-tu être capable, puis je vais-tu être à la hauteur de l'arrivée de cet enfant-là ? Je me suis jamais posé la question pour moi. C'est sûr que je te parle pas de nous, parce que j'ai pas peur pour moi. Je vais bien dealer avec le défi.

Peu importe qu'est-ce que je te dis, je vois pas comment tu peux être rassuré sur des choses qui sont inconnues. C'est pas comme si j'étais enceinte et qu'on avait une date d'accouchement et qu'on savait les étapes à venir. Je sais pas il va arriver quand, je sais pas il va avoir que âge, je sais pas ça va être quoi ses troubles, je… je sais pas, je sais pas rien. Il y a des millions d'étapes avant que cet enfant-là reste chez nous.

Fait qu'il faut y aller une étape à la fois parce que sinon, ça me développe des angoisses. J'ai tellement de compassion pour vous de gérer le stress de pas savoir du tout ce qui vous attend. Je sais pas comment c'est faisable. Écoute, moi aussi, avec du recul j'ai tellement de compassion pour ce que Maude vie. T'sais, pas savoir, c'est la pire chose. La banque mixte, c'est synonyme d'angoisse à chaque étape.

Puis, quand tu penses que le pire est passé, puis que tu respires un peu, il ya toujours une autre épreuve qui t'attend dans le détour. OK, on est maintenant rendu en juin 2020, c'est presque un an après le début de nos démarches. Là, c'est les rencontres d'évaluation psychologique. Donc, c'est cinq rencontres que j'appellerais des interrogatoires. C'est comme une rencontre chez le psy, mais tout ce que tu vas dire va être retenu contre toi. Le temps, il est vraiment long entre chaque étape.

Il faut être patient, il faut faire confiance au processus, mais quand ça part, ça peut aller vite. Août 2020. On va leur dire. Tout le monde est prêt ? Oui. Tu n'es pas enceinte ? Presque. Tu ne vas pas avoir un enfant ? Y'arrive pas un petit bébé demain ? On est accrédité officiellement, il faut juste envoyer une dernière photo, puis on a passé toutes les étapes. Félicitations ! Yes, cool ! Ah, Édouard, est-ce que tu vas être un grand frère ? Oui ! Six mois plus tard, en janvier 2021.

C'était qui au téléphone ? C'était la travailleuse sociale. Ok... Pour nous dire qu'on allait sûrement recevoir un appel dans les 24 heures. On aurait 24 heures pour choisir si on veut le bébé ou non. Es-tu contente de savoir que ça avance le dossier de la DPJ ? Ça fait des mois qu'on n'a pas de nouvelles. C'est ça qui arrive avec cette histoire-là. Tu n'as jamais de nouvelles, tu passes à d'autres choses. Puis là... Allo ! Finalement, ta vie vient de changer.

Fait que là, pour le moment, c'est trop frais. Je ne peux pas te dire comment je me sens. Je te dirais que je suis en mode panique. Puis toi, tu es beaucoup trop calme comme d'habitude. Ça me fait encore plus paniquer. C'est parce que moi, je trouve ça cool, un baby. 11 janvier 2021. On est lundi 11 janvier. Aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? On attend une petite fille de 11 jours qui s'appelle Savannah. Ok, wow ! On dirait que ça va vraiment trop vite, là.

En même temps, il y a beaucoup d'attentes, puis là, après ça, tout semble s'accélérer. C'est comme une méchante montagne russe, une grosse ride émotive pour vous deux, j'imagine. Puis là, il se passe combien de temps ? Donc, entre le moment où on vous appelle et on vous dit « Savannah s'en vient » et qu'ensuite, le bébé est dans vos bras à la maison. Un gros 48 heures. Ayoye... On dirait que ça se peut pas, c'est comme vraiment trop rapide.

Là, c'est assez loin des 40 semaines de grossesse naturelle. Ça se passe comment, cette rencontre-là ? Je me souviens, les travailleuses sociales sont arrivées dans la cour. On les a vues sortir un siège d'auto de la voiture. Maude et moi, on était dans l'entrée de la maison, puis là, on découvrait un bébé de 11 jours avec beaucoup de cheveux, des beaux yeux bleus qui voient pas grand-chose, un bébé très calme.

Puis là, rapidement, une des deux TS a demandé à Maude de sortir le bébé de la coquille d'auto parce que ça appartient à la DPJ, cette coquille-là. Ils repartent avec. Ils ont repris le siège d'auto, puis ils nous ont dit « bonne rencontre. » Je pense qu'ils ont été chez nous un gros 2 minutes 30. Ayoye... À partir de ce moment-là, ça a été à nous d'en prendre soin. Ça a été quoi les gros défis pour vous ? Au début, le plus difficile, ça a vraiment été les visites planifiées.

Dans le fond, les parents biologiques avaient le droit à une rencontre par semaine avec Savannah. Donc, on se rendait au centre jeunesse. La travailleuse sociale venait chercher Savannah dans la voiture, on attendait dans l'auto, puis au bout d'une heure, il venait nous la ramener. C'était terrible. OK, j'imagine. Les rencontres planifiées comme ça, ça sert à quoi ? C'est quoi la mécanique ? Dans le fond, c'est cette portion de famille d'accueil-là.

C'est pendant ces moments-là que les parents doivent prouver qu'ils sont aptes à retrouver la garde leur enfant. Donc, il faut qu'ils démontrent leur capacité parentale. Donc, c'est une espèce de zone tampon qui est obligatoire, dans le fond, pour donner une chance aux parents de se reprendre en main avant de passer à l'étape de l'adoption. De l'adoption, OK. Oui, mais c'était quand même... Ce qui était terrible, en fait, c'est que c'était beaucoup de questionnements.

Est-ce qu'ils vont venir à ces rencontres-là ? Qu'est-ce qu'ils font avec Savannah pendant une heure dans une pièce... Ah oui, c'est beaucoup d'inconnus. Pas de fenêtres. Puis, c'était la pandémie. Ça fait que c'était trois personnes masquées. Trois inconnus masqués dans une salle vide. Oui. Puis pour nous autres, c'était beaucoup d'émotions contradictoires.

Parce que si les parents biologiques sont en mesure d'améliorer leur situation pour s'occuper de leur enfant, bien, on est content pour Savannah. Mais en même temps, on s'attache, c'est sûr. Ça fait que la période où on est seulement famille d'accueil pour notre petite cocotte, plus elle est longue, plus il y a des conséquences pour notre famille. Ça a duré combien de temps cette période de visite ? Pendant les premiers mois, c'était une visite par semaine.

Puis après ça, avec le temps, ça l'a commencé à s'espacer. 4 mars 2021. Les parents ont annulé la rencontre. Comment tu peux annuler la rencontre avec ton enfant si tu désires tant bien que ça, avoir la garde ? Comment tu te sens ? Es-tu contente, pas contente ? Je suis contente parce que ça veut dire que le dossier va peut-être avancer plus vite. Reste que fondamentalement, ça me fait de la peine parce que c'est comme ses parents qui la rejettent. 14 septembre 2021. Qu'est-ce qu'ils ont dit ?

Ils ont un an pour montrer que les choses ont changé. Puis, c'est légal. Ça sert à quoi de faire des lois si on ne peut pas les respecter ? Ça sert à rien. Je suis juste découragée. Et à n'importe qui qui voudrait faire ce processus-là, je dirais, « fais pas ça ! » Ne devenez pas famille d'accueil banque mixte, c’est de la marde. C'est facile de dire que... de rationaliser que c'est bien, elle a des parents, puis on l'a accueillie, puis c'est un beau geste, puis nanana...

Mais c'est terrible, là, émotivement, là. Je veux dire, je l'aime comme ma fille, j'ai pas envie qu'elle s'en aille. Mais si elle s'en va, moi, je recommence pas. Maude, Christian, quand vous avez accueilli Savannah à la maison, vous pensiez pouvoir l'adopter dans la première année, mais ce n'est pas ça qui est en train de se passer. Si je me fie à ce qu'on vient d'entendre, ça ne se passe pas aussi bien. Ce n'est pas ça le scénario. Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu.

Évidemment, il y a le roulement de personnel à la DPJ. Les intervenantes changent beaucoup. C'est sûr, il y a aussi la lourdeur des procédures judiciaires. Les intervenantes peuvent faire des recommandations, mais au final, c'est un juge qui tranche. Puis souvent, on se retrouve avec une date de tribunal juste pour pouvoir se présenter, pour fixer une autre date de tribunal, pour présenter une demande d'adoption.

En tout cas, tout ça, ça a duré plus que trois ans de délai avant qu'on commence à voir la lumière au bout du tunnel. Puis après trois ans, est-ce qu'il y avait encore des chances qu'elle s'en aille ? Tant que le dossier n'est pas transféré au service de l'adoption, on reste sa famille d'accueil. Donc oui, mais à ce moment-là, dans notre situation, pour nous, les chances étaient assez minimes qu'on perde la garde de notre fille, mais ça reste quand même

au juge de décider. Donc c'est quand même toujours un petit stress. 20 mars 2024. Tu t'appelles maintenant Savannah David, officiellement. Est-ce qu'on tchin à ça ? Oui ! Santé, Savannah ! Savannah ! Tchin-tchin, Savannah ? Tu fais pas tchin-tchin ? Elle comprend rien là. 5 février 2025. Adopté ? Ouais. Toi, es-tu adopté ? Ouais. Je t'aime pour toujours, toujours, toujours, toujours.

On dirait que ça me rassure tellement d'entendre que Savannah a été adoptée officiellement, félicitations à vous deux ! Merci ! Mais j'ai pas le choix de te poser la question Maude parce qu'on a entendu tes doutes dans toute cette aventure-là. Tu disais tout à l'heure que tu ne le recommandais à personne. Est-ce que tu as encore le même discours aujourd'hui, maintenant que c'est fait ? Je pense encore aujourd'hui que c'est vraiment une aventure qui n'est pas faite pour tout le monde.

Mais non, je ne regrette pas de l'avoir fait. On a quand même eu une belle histoire. On s'en est bien sortis, mais on a quand même eu chaud. Mais est-ce que c'est toutes les histoires ? Parce que j'imagine que vous avez communiqué, vous échangez avec des gens qui vivent, qui passent à travers ce processus-là de banque mixte ? Est-ce que les histoires ressemblent pas mal toutes à la vôtre ? Non, c'est pour ça que c'est vraiment important de le nommer.

Dans le fond, chaque aventure de la banque mixte est super différente parce que chaque cas est différent, chaque enfant est différent. Puis, ça ne fonctionne pas pareil, la DPJ, d'une région à l'autre au Québec. Donc, il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en ligne de compte. Par contre, on partage tous les mêmes questionnements, les mêmes enjeux et on a tous des montagnes russes d'émotions et une panoplie de rebondissements.

OK, puis j'imagine que c'est pour ça que vous avez décidé d'en faire aussi une série balado en plus de l'histoire que vous nous avez présentée aujourd'hui sur la banque mixte. Oui, exact. On avait envie surtout de donner plus d'impression de ce que ça peut être vivre la banque mixte, vu que nous, on n'avait pas eu accès à ça. Fait qu'on va sortir une série balado de 5 épisodes avec les 6 ans

d'archives audio qu'on a fait. Il y a beaucoup de stock. Ça permet aux auditeurs de pouvoir réellement entrer dans notre intimité, dans nos chicanes, dans nos insécurités. Plus de larme, plus d'émotion. Oui. Oui. Mais c'est aussi évidemment les beaux moments de courage et de persévérance qui nous ont menés à adopter notre belle Savannah. Merci pour ce privilège de nous avoir accueillis dans votre nid familiale comme ça. Je suis content que ce soit une histoire qui se termine bien.

Merci. Merci à toi. L'Heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcast ou l'application balado de votre choix. Enregistrement, montage et mixage audio Simon Coovi-Sirois. Musique originale, Alexis Elina et Simon Coovi-Sirois. Caméra et montage vidéo, Patrick Lozinski. Productrice au contenu, Audrey Blackburn.

Script édition, François Desrochers. Condonnatrice, Clara Gauthier-Morrison. Communication, Louis-Philippe Roy. Visuel, Bureau 60A Indicatif musical, P'tit Béliveau À la recherche, Maude Petel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau. Merci à Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média, à la Ville de Gatineau et au ministère de la Culture et des Communications du Québec qui a rendu ce projet possible. Je m'appelle Julien Morissette. Merci d'avoir été à l'écoute.

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