Interview: Jean-Michel Arroyo - podcast episode cover

Interview: Jean-Michel Arroyo

Jan 10, 202324 minSeason 6Ep. 1
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Summary

Dans cet épisode, le dessinateur Jean-Michel Arroyo retrace son parcours atypique d'autodidacte, son passage du cyclisme à la bande dessinée à 25 ans, et ses débuts difficiles mais formateurs. Il évoque ses différentes séries, notamment celles sur l'aviation (Air Blues, Têtes Brûlées, Bug Danny), sa philosophie axée sur la narration et l'ambiance, son attachement aux techniques traditionnelles comme le lavis, et le processus de création de son album Pigalle 1950 avec Pierre Christin, ainsi que ses projets futurs.

Episode description

Bonjour à tous ! Voici la nouvelle formule du podcast: L'atelier BD: Interviews.

Des épisodes plus courts et non réguliers puisque j'irai seul à la rencontre d'auteurs lorsque je me déplace en festival.

Et on commence avec Jean-Michel Arroyo qui a sorti en 2022 avec Pierre Christin  la BD Pigalle 1950 chez Aire Libre.

J'espère que ce nouveau format vous plaira .

Bonne écoute !

Yigaël

Transcript

Nouvelle Formule et Invité

Merci à tous. Bonjour et bienvenue à l'Atelier BD, le podcast 100% BD Comics et Mangas. Nouvelle formule puisque, comme on vous l'avait annoncé, ce sont désormais des épisodes composés uniquement d'interviews d'auteurs.

Des épisodes plus courts donc qui ne seront pas mis en ligne à un rythme régulier puisqu'ils se feront au gré des rencontres lorsque je me déplace en festival. Et pour inaugurer ce nouveau format, c'est Jean-Michel Arroyo que j'avais croisé en novembre dernier aux rencontres archéologiques de Narbonne. et qui a accepté de répondre à mes questions. On écoute ça tout de suite.

Parcours Autodidacte et Premiers Contrats

Salut Jean-Michel. Avant de parler de ta nouveauté Pigal 1950 que tu signes chez Air Libre avec Pierre-Christin, on va revenir un petit peu sur ton parcours. Donc toi, j'ai vu que tu étais né en 71 à Béziers. Et donc, j'ai vu que tu étais autodidacte. Tu n'as pas fait du tout de... Tu t'es formé tout seul ? Absolument. J'ai un parcours un peu atypique. J'ai commencé par faire du sport.

Comme tous les gosses, j'ai dessiné jusqu'à une dizaine d'années. Et à partir de 12, 13, 14 ans, j'ai commencé à faire de la compétition de cyclisme sur route. Et je n'ai plus du tout dessiné pendant une bonne dizaine d'années. J'avais 25 ans et j'avais évidemment pris du retard graphique sur mes collègues.

Et donc oui, avec une démarche complètement autodidacte, je me suis attelé, la passion était toujours là, du dessin, je m'y suis remis, j'ai dessiné, dessiné, pas comment forcené, mais vraiment régulièrement et avec la passion. C'est-à-dire que de ton adolescence jusqu'à 25 ans,

ans, t'as pas du tout. Absolument. C'est fou, parce que t'as un niveau de dessin assez impressionnant. Enfin, je veux dire, il y en a qui dessinent non-stop et qui ont un niveau moins important que toi. Disons que moi, du coup, je traîne un peu toujours ça, avec cette envie de...

de toujours de faire mieux de progresser parce que je suis jamais content en fait de mon travail j'ai l'impression vraiment d'avoir perdu du temps c'est le côté compétiteur sportif que t'as remis ça ça m'a aidé dans le côté obstiné parce que j'avais un tel niveau une telle faiblesse de niveau que j'aurais pas eu le courage de ma

il y avait vraiment du boulot et finalement j'en ai fait un moteur de ça c'est à dire que j'essaye toujours de faire mieux je suis jamais content en fait c'est terrible mais à la fois c'est ça qui fait progresser Tu faisais du vélo, tu allais être cycliste professionnel ? Non, pas professionnel, mais je courais à un niveau qui demandait pas mal d'exigence. J'étais un amateur, j'ai couru avec des garçons comme Stéphane Goubert, des gens qui ont fait le tour de France.

D'accord, d'accord. Et alors, quand tu t'es remis au dessin, donc tu avais 25 ans, et ça a mis combien de temps avant que tu... Je m'étais dit, si il y a 30 ans, je n'ai pas signé un contrat d'édition, je laisse tomber. Ça aurait été un rêve inachevé. 30 ans et des poussières j'ai eu la chance de signer mon premier contrat aux éditions Joker en Belgique P&T Productions

Thierry Taburriot, que j'ai rencontré, à qui j'ai montré mon travail et qui m'a donné ma chance. J'estime avec le recul que je n'avais pas un dessin qui était publiable. Il y avait beaucoup de faiblesses, un peu trop à mon avis. Mais en tout cas, il m'a permis de démarrer et d'apprendre mon métier. ça en empilant les albums quoi c'est à dire qu'au fil des albums je voyais très bien que ça n'allait pas mais j'essayais d'en tirer des

Des enseignements du genre, je savais ce qu'il ne fallait plus faire. Je ne savais pas trop où je voulais aller, mais je savais en voyant le résultat. Je savais très bien ce qu'il fallait essayer de ne plus faire. C'est comme ça que j'ai essayé de faire des progrès en étant curieux.

Influences et Séries Historiques

en essayant d'avoir une approche analytique du travail, de regarder les autres, évidemment. À l'époque, j'étais vraiment très inspiré par Tardi. Mon premier album, La Foire au Frisé, c'était en 2003, je crois. Avec Jacques Hiron. personnario d'ailleurs tu vois ce sont des albums ça que j'aimerais redessiner aujourd'hui tu vois ce que j'ai un tout petit peu plus d'outils dans ma boîte et du coup je vraiment

Et puis c'était vraiment de belles histoires, bien situées dans une période que j'affectionne aussi, c'est-à-dire les années 40, entre 40 et 60 aussi. Et donc voilà, mais bon c'est comme ça, il faut bien démarrer.

C'est vrai que tu as beaucoup d'albums qui se trouvent dans cette période. Le Paquebot des Sables, je ne sais plus si c'est dans cette période-là. Oui, c'est ça. Ça commence dans les années 30 au Danemark, en fait, et ça se termine dans les années 60 ici, pas très loin d'ici, à Le 4, en fait, à Port Barcares et tout ça.

qui a été successivement un casino, une boîte de nuit, que sais-je encore. Le paquebot des sables, il y a combien de tomes ? J'ai vu que tu avais fait ça entre 2004 et 2009. Oui, c'est ça. Je faisais un album par an. Je m'aperçois que le rythme de travail, c'était toujours un album par an. Je mettais 9-10 mois pour faire les planches et puis après, il y a toujours quelques mois de fabrication, de ceci, de cela. D'accord.

Et donc après tu as enchaîné sur Pierre Beaumont, c'est ça ? Après il y a deux albums avec Philippe Chanoanin au scénario de Pierre Beaumont, une série qui n'a absolument pas marché. C'est dommage, là c'est pareil, c'était une sorte de polar un peu ésotérique en fait. J'avais fait quelques progrès, je continuais mon chemin à monter l'échelle comme ça doucement, marche après marche.

Mais bon, le sujet, tout me plaisait, mais bon, il n'y a eu aucun écho. Pour le coup, ça a moins bien fonctionné, je crois, que le poquebot des sables même.

Période BD Aéronautique et Recherche

D'accord. Après, Pierre Beaumont, il y a eu une période aviation, on va dire. Tu as commencé à faire pas mal de BD autour de l'aviation. C'est Air Blues, c'est ça ? Voilà, c'est là que j'ai été contacté par les éditions Zephyr, à l'époque, qui m'ont proposé de reprendre la... série Air Blues avec Mathieu Durand dessinait. Je crois que Mathieu avait fait deux albums et j'ai repris au numéro 3. J'en ai fait trois aussi, je crois.

4, 5, 6, ouais, voilà, c'est ça. Je crois qu'il y avait un diptyque et puis une fin de diptyque de Mathieu. Ça devait être galère, non, à dessiner tous ces avions ? En fait, moi, j'ai découvert du coup le milieu aéro que je ne connaissais pas du tout. Donc, je me suis rendu compte que ce n'était pas facile.

en tout cas de les dessiner dans ce cadre là c'est à dire avec précision Zephyr c'est un éditeur aéronautique en fait il demandait vraiment beaucoup de précision dans les matériels et là je me suis retrouvé confronté à toutes les difficultés si tu veux de détails, de documentation et tout ça. T'allais sur place pour rendre des photos ? Tu utilisais un logiciel 3D ? Tout en fait. Je m'y suis intéressé. J'ai du mal à dessiner quelque chose.

qui ne m'intéressent pas vraiment ça c'est un truc que je ne peux pas faire donc je suis même allé jusqu'à voler j'ai fait un petit peu de voltige et en fait ça m'a vraiment aidé parce que tu comprends comment un avion se comporte quand il y a des conditions atmosphériques

que quand il y a du vent, quand tu croises un avion, les vitesses relatives et tout ça. Et tout ça, ça m'a vraiment aidé après à faire des combats aériens, surtout sur Begdany, puisqu'Air Blue, c'était plutôt une BD pour montrer de beaux avions, mais il n'y avait pas trop d'acrobatie aérienne.

d'accord d'accord ouais t'as pas pris de cours de pilotage quand même t'as pas été jusque là j'ai failli je l'ai pas fait parce que c'est onéreux déjà et puis chronophage quoi c'est à dire que je me voyais pas en plus de tout ce que je fais je fais un petit peu de musique je fais du dessin le dessin c'est mon métier mais je fais du sport aussi donc je

À un moment donné, les journées sont bien remplies. Oui, il faut voir ce qui va te servir ou pas. Oui, par contre, je vole avec des copains. Quand j'ai l'occasion, je fais des vols. C'est toujours agréable. Mais je ne suis pas assez mordu pour avoir un avion.

pour avoir mon bébé c'est encore une autre passion d'accord alors après Airblues t'as fait l'escadrille des têtes brûlées C'est ça, je suis arrivé dans le militaire, j'ai fait 3 albums de mémoire, il y avait Vincent qui dessinait les avions, je faisais les storyboards des planches, je réglais les scènes de combat et Vincent s'occupait, on faisait ça à deux.

c'était en parallèle d'Air Blues c'est à dire par an je sortais un Air Blues et un tête brûlée et Vincent m'aidait pour les avions sur les têtes brûlées pour que je puisse au niveau timing assurer les deux trucs donc là ça a été une période assez chaude c'était le même type d'avion que tu faisais ?

Non, c'était pas la même période. Non, pas du tout. Avec Vincent, c'était les têtes brûlées, tu sais, c'était dans le Pacifique, avec le Major Boyington et tout ça. Là, c'était du Corsair, du F4U1, en fait, et puis du Zéro japonais, des bombardiers japonais. C'était super parce qu'on s'est bien amusé. Puis moi, ça commençait à me permettre de dessiner. Ça m'a rappelé déjà Bugdany, notamment le dernier qui se passait dans la jungle.

où je me suis remis à dessiner au pinceau avec cet ancrage américaine que j'aime beaucoup assez généreux, assez épais et je suis revenu à ça et d'ailleurs j'ai été détecté sur cet album pour faire des essais sur Bug Danny oui d'ailleurs oui

né effectivement Bugdany t'en as fait combien de Bugdany j'en ai fait 6 donc il s'agissait de Diptyque aussi c'était chaque fois deux albums qui racontaient un théâtre d'opération tu vois le premier Diptyque c'était la Corée le second c'était Guerre du Pacifique aussi le dernier c'était la Guerre Froide et là pareil on brossait des périodes qui m'intéressent énormément au niveau des designs au niveau de l'ambiance la guerre froide Berlin, la neige c'était génial sur un temps passé

une BD, combien de temps tu passes à la recherche de documents ? Alors j'avais des gars qui m'aidaient. J'avais des copains qui étaient vraiment dans le milieu aéro, soit des spotters, des photographes de détails. Et puis je commençais à fréquenter un petit peu des meetings aériens, donc je pouvais approcher les avions.

il y a encore aujourd'hui des corsaires il y a encore des avions mythiques qui sont en état de vol j'en profitais pour aller voir comment ça se passe parce que sur une photo tu le sais aussi bien que moi sur des zones d'exposition il y a des éléments que t'arrives pas à lire alors que quand tu vois l'objet en 3D devant toi tu te dis ok ça sert à ça on comprend pas tout forcément surtout quand t'es

presque néophyte, comme je l'étais. Donc après, au fil des années, j'ai appris beaucoup de choses. Je ne suis pas en fondu des détails mécaniques et tout ça. Mais par contre, au niveau des modèles, au niveau de la capacité d'un avion, à quoi il servait, etc.

Philosophie du Dessin et Narration

ça c'est des choses que j'ai apprises et ça a été un vrai plaisir c'est un beau milieu parce qu'en fait déjà au niveau design c'est super intéressant à dessiner surtout dans ces années là les avions étaient beaux c'était comme la voiture

Donc ça a été vraiment une période très formatrice, déjà. Parce que j'étais fan du dessin de Victor Rubinon, tu sais, depuis toujours. Et en fait, on voyait qu'il était inspiré par les Américains, qu'il avait regardé Milton Canif et tout ça. C'était évident, quoi. Et moi, si tu veux, je...

lecture, c'était ça. Donc c'était vraiment un vrai plaisir de marcher très humblement et très loin derrière lui, mais dans ses traces. Ça m'a vraiment été formateur parce que ça m'a permis de voir comment il travaillait. J'aimais beaucoup son travail, qui était sans prétention, très au service de la narration. Je me situe vraiment dans ce truc-là. J'ai pas du tout de prétention artistique ou de choses comme ça. Ce qui m'importe vraiment quand je fais un album, c'est qu'on...

ce qui se passe et si possible que je mette de l'ambiance. C'est vraiment les deux. Le dessin, j'ai mon niveau, il est ce qu'il est. Je suis toujours au taquet, c'est-à-dire je fais toujours pour le mieux. Mais par contre, je m'attache à ce que ce soit toujours bien raconté.

efficace au niveau de la narration et si possible avec ce quelque chose d'ambiance qui me tient vraiment à coeur. D'organique en fait, essayer de parler avec autre chose que les mots. C'est sûr que la narration c'est l'essentiel.

Genèse du Projet Pigalle 1950

Et ça, j'ai pu le mettre complètement en œuvre dans Pigalle, en fait. Qui est en couleur directe et là où j'ai pu vraiment m'amuser sur des atmosphériques, sur des ambiances, sur des clairs obscurs, etc. Donc, on y vient. Justement, c'est bien que tu fais la transition à ma place.

Pigalle 1950, sur un scénario de Pierre Christin. Comment ça s'est passé ? Déjà, je vais peut-être raconter un petit peu l'histoire de Conçu Antoine, dit Toinou, qui est un... un petit jeune qui vient de la campagne, il vient de l'Aubrac, et donc il plaque tout pour se rendre à Paris, donc le Paris des années 1950, et donc à 18 ans, il découvre les charmes de Pigalle, en particulier ceux des danseurs. Suzuka barré, la lune bleue.

Et donc voilà, alors comment c'est né ce projet ? Est-ce que tu as contacté pour ce projet ? C'est toi qui as démarché ? C'est grâce à José-Louis Bocquet, qui était directeur éditorial d'Air Libre chez Dupuis, qui connaissait Pierre-Christin depuis... Ils avaient déjà travaillé ensemble chez Dupuis.

Et José-Louis en fait savait que je suis assez fan de Polar et tout ça. Et en fait, lors d'un déjeuner avec Pierre sur Paris, il lui a parlé de moi, il lui a montré mon travail et Pierre a bien aimé mon graphisme en fait. Et José-Louis m'a proposé de nous faire nous rencontrer.

et Pierre est venu à Béziers chez moi avec son épouse autour d'un déjeuner on a discuté et ça a matché tout de suite il est venu à Béziers exprès pour te rencontrer Pierre tenait à me rencontrer savoir à quel animal il avait affaire et voilà c'était un déjeuner très agréable une belle rencontre aussi parce que c'est quand même un monsieur j'imagine ça doit être quand même assez flatteur une légende de la BD Il me demande vraiment quelqu'un de formidable Ouais

D'accord. Et donc, à partir de là, Pierre avait déjà cette idée de faire un polar qui se passerait à Paris. Moi, il se trouve que j'adore la ville. Le quartier Montmartre, Pigalle, tout ça. Oui, c'est super beau. Il y avait de quoi faire, surtout dans ces années-là. Ça a beaucoup changé aujourd'hui. dans les années 50, c'était très pittoresque.

et donc Pierre s'est vite mis à l'écriture moi j'étais encore sur Bugdani de mémoire on a signé le contrat lorsque j'étais sur le troisième ou le quatrième oui je me souviens à l'époque tu étais sur Bugdani tu m'en avais parlé de ce projet je me suis vite rendu compte en fait que je pouvais pas faire les deux

c'était pas possible pour moi j'ai pas le potentiel pour travailler sur deux albums comme ça Bug Danny qui était très exigeant au niveau des détails et Pigalle qui était un univers que je voulais développer où il me fallait du temps vraiment

Technique, Format et Influence Pigalle

éloigné l'un de l'autre, que je ne me suis pas senti de gérer les deux. Oui, tu as mis plusieurs années pour faire... Oui, disons que je l'ai mis en sommeil. Je l'ai mis en sommeil, j'avais fait une vingtaine de pages qui étaient à l'aquarelle, comme ça, et puis...

Lorsque Buck Dany s'est arrêté en 2018, j'ai tout repris à zéro. J'ai tout recommencé. Ah oui, tu as refait les premières pages. Avec cette technique des encres acryliques qui finalement me convient et que j'ai gardé depuis. Oui, c'est du la vie que tu fais. C'est du la vie, mais avec des...

encres acryliques qui une fois sèche sont indélébiles tu peux faire des glacis comme ça monter jusqu'au noir alors que l'aquarelle je t'ai un peu moins à l'aise parce que l'aquarelle si tu la mouilles tu peux la réaquareller tu peux faire des tâches je suis moins à l'aise avec ça

et comme je voulais beaucoup de contraste j'avais besoin de monter les noirs avec les encres acryliques c'est possible sans que ce soit sale j'ai choisi cette option et du coup je l'ai gardé parce que ça me convient très bien et j'ai vraiment envie de la pousser, de la continuer. Toi qui doutes un peu de ton dessin, je trouve que c'est courageux de faire de la vie et de l'acrylique, sachant que si tu te plantes, tu es obligé de refaire ta page. Oui, c'est vrai.

où tout le monde justement bosse en numérique pour justement éviter de pouvoir revenir en arrière et éviter les pertes de temps et tout ça ouais c'est vrai mais bon je suis très attaché au côté artisanal moi de ce métier je suis vraiment fan tu vois avant d'être j'ai été lecteur je suis

très sensible aux matières, aux papiers. Je suis toujours en recherche de crayons, de plumes, de pinceaux, de que sais-je encore. Je suis vraiment très attaché au côté artisanal du métier. Tu ne te vois pas faire un jour du numérique ? J'ai tout ce qu'il faut pour le faire, mais l'ordinateur me sert pour faire mes mails. Je suis très attaché au côté organique du travail.

vraiment j'y tiens quoi et puis j'aime bien le concept aussi de la page terminée et puis en plus tu peux les exposer tu peux les vendre oui c'est vrai ça c'est bien pour les expos c'est quand même pas mal quand on te demande d'avoir est-ce que tu peux exposer bah non désolé je fais tout sur ordi

C'est du zéro production. Sur la sortie, on a fait une exposition à la galerie Daniel Maguen. Et en fait, quand tu vois tes dessins encadrés dans une belle galerie comme ça au mur, c'est vrai que tu... tu peux les redécouvrir si tu veux et avoir des axes de progrès parce que du coup tu redécouvres moi j'ai vu du coup tout ce que je pouvais améliorer en discutant avec Daniel

Je trouve que c'est, en tout cas moi c'est une technique, une démarche qui me correspond tout à fait, tu vois le côté papier. Comment tu t'es documenté pour la partie justement de ce Paris, surtout du quartier Pigalle en 1950 ?

comment c'est fait à travers les films à travers des documentaires avec Pierre on était au cours d'une discussion on s'est rendu compte que nous aimions tous les deux le film de Jean-Pierre Melville qui s'appelle Bob le Flambeur Bob le Flambeur c'est un film noir blanc en fait qui date de 1957 je crois et qui se passe justement dans le quartier Pigalle donc tous les lieux qu'on a dû décrire que Pierre avait décrit on avait déjà l'humeur

et c'est vrai qu'on était tous les deux d'accord pour dire que c'est certainement pas le meilleur de Melville à notre avis commun mais il n'empêche qu'il y a un rythme, une photographie qui nous a séduit à tous les deux et on s'est dit tiens c'est ça qu'il faut faire Donc on est très vite parti sur le noir et blanc.

d'accord oui oui vraiment pour rendre hommage à tous les films de cette époque et aussi cette narration on a pris le temps l'album fait 126 planches on a vraiment pris le temps quand il le fallait en tout cas de faire des scènes d'exposition de montrer Paris

prendre des temps de respiration comme ça tu vois et ça a été un plaisir immense en fait parce que de changer de format de passer du 46 à plus de 100 pages en fait j'avais la place et j'avais le temps de faire des choses que je pouvais pas faire auparavant tu vois des doubles pages

des splashes, des grandes cases d'exposition, tout ça, on avait un petit peu plus de mal, parce qu'un Bugdani, par exemple, c'est une aventure à 100 000 à l'heure, c'est sur le système du gaufrier qu'on appelle, c'est-à-dire que tu as souvent une dizaine de cases par page, c'est pas le même système.

narratif quoi ouais c'est ton premier gros album enfin je veux dire l'album épais et ça a été un vrai plaisir et là du coup je repars sur un gros pavé aussi c'est vrai que c'est sympa de prendre le temps de raconter une histoire Il ne faut pas se dire au bout de 48 pages. C'est ça, d'avoir la place, ça permet de développer les personnages. Et ça, Pierre, en plus avec son écriture, je me suis vraiment régalé. J'avais tous les ingrédients pour passer deux ans de travail.

à vraiment prendre beaucoup beaucoup de plaisir mais c'est pas un peu frustrant aussi justement de bosser dans l'ombre pendant toutes ces années et de se dire que ben voilà tu fais ça mais parce que c'est quand même bon quand tu te pages tu dis tu mets un an pour le faire tu sais que dans un an

Alors que là, tu bosses sur un truc qui va prendre plusieurs années. C'est un peu frustrant. T'as envie de le montrer ? Non, pas du tout. J'ai mis vraiment du temps. Je me souviens que j'ai commencé à faire mes premiers posts sur Facebook et tout ça, sur des planches. J'ai commencé à faire ça. la page 100, il me restait une planche à faire. Non, au contraire, j'aimais bien travailler dans ma grotte, dans mon atelier tranquille. Montrer un dessin, c'est m'exposer, c'est comme si je me...

été à poil. C'est quelque chose que j'ai du mal à passer, une barrière que j'ai du mal à passer. Je poste peu, j'aime bien le côté de l'atelier enfermé. Je ne vais pas puiser la motivation en montrant mes dessins. J'adore ce métier, j'adore dessiner tous les jours. C'est vraiment le plaisir quand j'ai l'impression d'avoir réussi une case. C'est vraiment le plaisir de créer. C'est là dedans et les échanges avec Pierre.

Projets Actuels et Futurs

D'accord, on va passer maintenant à la dernière partie, c'est-à-dire tes projets, tu en as parlé un petit peu, alors c'est quoi le prochain projet ? Alors nous avions signé un nouvel air libre avec Pierre, qui s'appellera certainement l'île des riches, puisqu'il va le faire avec un autre dessinateur.

Et donc c'était ton projet qui était un tout petit peu d'anticipation qui se passait sur une île dans le Pacifique et que je devais faire en couleur directe, mais cette fois-ci en quadrichromie, pas en monochrome. Et en fait, je me suis attelé à ce projet qui est une superbe histoire de Pierre-Christin.

Et j'ai pas réussi à trouver la carburation, c'est-à-dire que je me suis retrouvé confronté au problème de la couleur, mais la couleur pas du tout interprétée, c'est-à-dire qu'il fallait vraiment faire des ciels bleus, restituer le Pacifique avec des couleurs réelles.

Et là, je me suis perdu là-dedans. C'est-à-dire que je n'ai pas réussi à y trouver mon compte. Et j'ai fini par jeter l'éponge. À cause de la couleur ? Oui, à cause de la couleur. Parce que le thème, le dessin, au niveau du dessin, ça ne te posait pas de problème ? Le dessin, si tu veux...

ça allait être le mien mais c'est au niveau de la couleur, la couleur directe comme ça j'ai vraiment pas réussi à gérer et puis j'avais tellement envie de continuer le lavis qui pour moi était une vraie découverte un vrai plaisir et une découverte je ne m'attendais pas à ce rendu ça a été bien accueilli aussi graphiquement en tout cas

Et du coup, j'avais vraiment envie de pousser le truc. Alors, on a fait des essais avec Pierre Olavi pour l'île des riches et ça ne marchait pas du tout. Pierre m'a dit, tes planches, on a l'impression que ça se passe en Norvège. Ah oui, d'accord. C'est vrai, je n'ai pas réussi à gérer le truc. il faut de la couleur pour ce projet il n'y a rien à faire donc du coup j'ai jeté l'éponge c'était terrible pour moi de l'annoncer à Pierre avec qui j'ai un immense plaisir à travailler mais bon

Du coup, Dupuis m'a proposé un nouveau projet qui va se passer dans les années 40 sous l'occupation à Paris. Je retrouve le pari de ces années-là que je vais aimer, les belles bagnoles. la tour Eiffel, sous l'occupation, il va y avoir des Allemands, mais ça ne va pas être projeté sur le militaire. On va se retrouver sur le Paris pendant l'occupation, mais d'une manière... un peu insolite en fait on va dire

Et donc, je suis au tout départ. Ça va être Jean-David Morvan, le scénariste, en fait, qui va s'occuper avec Eric Voroth, qui est réalisateur de télé, de films aussi. Il a bossé sur des Agatha Christie, tout ça. En plus, son projet est vraiment génial et c'est Jean-David Morvan qui va le... qui va le scénariser. D'accord. On a commencé à travailler sur quelques pages. Je suis au début. Et là, je retrouve au moins la vie. Évidemment, le ton, là, je sais que je l'ai.

C'est pareil, c'est un gros volume. Et ça va être un gros pavé d'une centaine de pages aussi. D'accord. Donc la sortie n'est pas... Voilà, je vais disparaître pendant pas mal de temps dans mon atelier. Bon, c'est super. Merci beaucoup.

Conclusion de l'Entretien

On te souhaite une bonne continuation. Ça marche. Merci beaucoup. A la prochaine. Au revoir. Voilà, c'était donc Jean-Michel Arroyo qui nous parlait entre autres de sa BD Pigan 1950 qu'il signe avec Pierre Christin chez Air Libre. On se retrouve très bientôt j'espère pour une prochaine interview d'auteur. Bye !

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