E188 N'apprenez pas le français en 2026 - podcast episode cover

E188 N'apprenez pas le français en 2026

Jan 16, 202626 minEp. 189
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Summary

Cet épisode examine l'utilité d'apprendre le français face aux progrès fulgurants des traducteurs automatiques et de l'intelligence artificielle. Il explore les vraies raisons et le plaisir d'acquérir une langue, tout en dénonçant le

Episode description

Bonne année ! Pour ce premier épisode de 2026, Hugo a choisi un titre volontairement provocateur. Pourquoi déconseiller d'apprendre le français sur un podcast... d'apprentissage du français ?

Les progrès des traducteurs automatiques sont spectaculaires. Des écouteurs capables de traduire en temps réel, des navigateurs qui traduisent automatiquement les pages web, des doublages générés par intelligence artificielle... Alors qu'il fallait des années pour maîtriser une langue, une simple application peut désormais faire le travail en quelques secondes.
À quoi bon investir des centaines d'heures dans l'apprentissage d'une langue qu'une machine pourra bientôt parler à notre place ?

Dans cet épisode, Hugo revient sur ce que la recherche scientifique dit vraiment sur l'acquisition des langues. Il démonte aussi quelques mythes tenaces qui poussent les apprenants à utiliser des méthodes contre-productives ou à se mettre une pression inutile.

Un épisode pour commencer l'année avec les idées claires !

Retrouvez la transcription de l'épisode sur https://innerfrench.com/e188

Retrouvez nos cours pour améliorer votre français sur https://innerfrench.com/cours 

Transcript

Intro / Opening

N'apprenez pas le français en 2026. Bonne année à toutes et à tous !

N'apprenez pas le français ?

Je suis ravi de vous retrouver pour ce premier épisode de 2026. Je vous souhaite plein de bonheur, la santé et, bien sûr, de la réussite avec votre français. Pour certains d'entre vous, cette réussite, ça sera peut-être un examen pour certifier votre niveau Pour d'autres, ce sera parler français avec les locaux durant vos vacances en France ou lire un roman d'un ou une auteur francophone que vous adorez.

dans le texte autrement dit dans la langue dans laquelle il a été écrit ou peut-être que vous n'avez pas d'objectif précis et que vous voulez juste continuer à pratiquer votre français Dans tous les cas, cet épisode devrait vous intéresser. Alors, vous vous demandez sûrement pourquoi j'ai choisi ce titre provocateur, pourquoi je vous déconseille d'apprendre le français cette année.

En fait, j'avais prévu de faire une mise à jour de mon épisode de l'année dernière « Comment apprendre le français en 2025 ». Mais Elisa de French Mornings m'a coupé l'herbe sous le pied. Je pense que j'ai déjà utilisé cette expression « couper l'herbe sous le pied ». Ça veut dire que quelqu'un fait une chose que vous vouliez faire avant vous. En anglais, la métaphore est plus parlante. On dit...

tirer le tapis sous les pieds de quelqu'un. Enfin, ça, c'est la traduction. Tirer le tapis sous les pieds de quelqu'un. C'est facile à imaginer. Si on est debout sur un tapis et que quelqu'un tire le tapis sous nos pieds, on tombe.

Attention, je ne dis pas qu'Elisa a voulu me faire tomber, elle m'a juste devancé. Elle a été plus rapide que moi puisqu'elle a publié son épisode « Comment apprendre le français en 2026 avant moi ». En général, j'essaie de pas regarder ce que font les autres profs de FLE, justement pour ne pas me comparer ou pour ne pas être influencé. Mais Spotify n'arrête pas de me recommander le podcast d'Elisa. Donc quand j'ai vu son épisode, je me suis dit que je devais trouver un autre angle.

Et j'ai tout simplement décidé de prendre le contrepied, de faire le contraire du sujet classique. Oui, je sais, je suis un génie.

L'impact de l'IA sur l'apprentissage

Plus sérieusement, quand on voit les progrès des traducteurs automatiques, surtout depuis qu'on y a ajouté l'intelligence artificielle, on peut se demander si ça sert encore à quelque chose d'apprendre une langue. Par exemple, chez InnerFrench, on reçoit de plus en plus souvent des commentaires de personnes qui nous demandent si les transcriptions du podcast sont aussi disponibles en français. Au début, je ne comprenais pas parce que les transcriptions sont toujours en français.

Mais j'ai fini par découvrir que c'était leur navigateur Internet qui traduisait automatiquement la page. Pareil sur YouTube. Depuis l'année dernière, il y a une nouvelle fonctionnalité qui crée des doublages des vidéos grâce à l'intelligence artificielle. Pas juste les sous-titres automatiques, mais l'audio avec une voix.

qui ressemble à celle du youtubeur. Par exemple, sur certaines de mes vidéos, YouTube avait ajouté des versions en anglais et je crois que les personnes qui regardaient ces vidéos depuis un pays anglophone eh bien, elles avaient automatiquement la version en anglais. Pour avoir la version en français, elles devaient changer les réglages de la vidéo. Évidemment, pour une chaîne d'apprentissage du français, c'est une fonctionnalité contre-productive. Heureusement, j'ai réussi à la désactiver.

Par contre, je peux pas le faire avec les transcriptions du podcast parce que ça dépend pas des réglages de notre site mais du navigateur des personnes qui le consultent.

Alors, ces fonctionnalités de traduction automatique d'un côté, elles rendent Internet plus accessible notamment pour les personnes qui ne parlent pas anglais mais de l'autre, ça peut donner l'impression de vivre dans une bulle Vous avez peut-être aussi vu ces écouteurs qui traduisent quasiment en temps réel Quelqu'un vous parle dans une autre langue et vous, dans vos écouteurs, vous entendez directement la traduction

Si l'autre personne porte aussi ce genre d'écouteurs, vous lui répondez dans votre langue et elle entend la traduction. Comme si vous aviez chacun un interprète dans les oreilles. Et voilà, vous pouvez avoir une conversation comme ça, sans connaître la langue de l'autre. Bon, je dis en temps réel, mais en réalité, il y a un petit délai. Je crois que ça dépend aussi de votre connexion Internet. Donc la conversation n'est pas aussi fluide qu'on l'imagine. C'est même un peu gênant.

parce que vous devez attendre quelques secondes à chaque fois avant d'entendre la traduction. Et pareil avec votre interlocuteur quand il écoute votre réponse. Donc c'est pas très naturel. Entre chaque réponse... vous regardez dans le blanc des yeux comme si vous attendiez que le message monte au cerveau. Et bien sûr, les traducteurs automatiques ne sont pas infaillibles, ils font encore des erreurs.

Mais quand on compare aux traductions qu'il faisait il y a cinq ou dix ans, c'est le jour et la nuit. C'est incomparablement mieux. Donc, on peut imaginer... que c'est juste une question de temps avant d'avoir des écouteurs capables de traduire parfaitement et en temps réel. Alors, à quoi bon passer des centaines d'heures à apprendre une langue qu'une machine pourra bientôt parler à votre place ?

Pourquoi apprendre une langue soi-même ?

La raison la plus évidente, c'est la même qui explique pourquoi certaines personnes préfèrent regarder les films en version originale plutôt qu'avec les doublages parce qu'elles sont snob. Non, je plaisante, mais c'est vrai que vous connaissez aussi bien que moi le plaisir que c'est de regarder un film ou de lire un livre dans une autre langue et de comprendre Ça donne un grand sentiment de satisfaction

Mais surtout, c'est pas la même expérience. D'abord parce qu'il y a forcément des choses qui se perdent dans la traduction, des images, des références culturelles ou historiques. C'est difficile de mettre des mots sur ça, sur cette expérience mais, par exemple, je trouve qu'on n'a pas la même connexion avec un auteur quand on le lit dans sa langue que quand on lit une traduction de son œuvre.

On se sent plus proche de lui. Je sais pas si vous avez la même impression. Mais est-ce que c'est assez pour justifier tous les efforts qu'il faut faire pour apprendre une langue ? J'en sais rien, ça dépend de chacun.

En revanche, je pense qu'il va y avoir de moins en moins de personnes qui apprennent une langue uniquement pour des raisons, disons, pragmatiques Parce que oui, pour ça, les technologies actuelles font déjà assez bien le travail et elles le feront de mieux en mieux dans les années à venir.

Par contre, si vous apprenez le français pour le plaisir que ça vous procure et pour la connexion que ça vous permet d'avoir avec une autre culture une autre façon de voir le monde là, aucune IA ne peut remplacer ça. Elle peut traduire des mots, mais elle ne peut pas vivre l'expérience à votre place. Elle ne peut pas ressentir la satisfaction de comprendre une chanson...

de rire à une blague dans une autre langue, de discuter avec quelqu'un sans intermédiaire. Donc, quand je dis « n'apprenez pas le français », ce que je veux dire, c'est comme une case à cocher sur votre liste d'objectifs. Si c'est ça votre motivation, autant utiliser l'IA et profiter de votre temps libre pour faire autre chose. Bon.

Le piège de l'optimisation

Si vous écoutez le podcast, j'imagine que j'ai pas besoin de vous convaincre. J'imagine que vous aimez apprendre le français et que vous connaissez déjà tous les bénéfices que ça vous apporte. Mais peut-être que de temps en temps, vous vous demandez si vous utilisez la bonne méthode pour continuer de progresser. Ça fait plus de dix ans que j'enseigne le français et s'il y a une chose que j'ai observée, c'est ça. Les gens passent...

énormément de temps à se demander comment apprendre et pas assez de temps à vraiment apprendre. Je reçois souvent des messages du style Et je comprends ces questions, hein ! on veut bien faire on veut être efficace on veut pas perdre son temps mais paradoxalement c'est parfois cette recherche de la méthode parfaite qui nous fait perdre le plus de temps

Donc, dans cet épisode, je vais vous rappeler ce que la recherche scientifique dit vraiment sur l'apprentissage des langues. Spoiler, c'est beaucoup plus simple qu'on ne le croit. On vit à une époque un peu bizarre. On a accès à plus de ressources que jamais pour apprendre une langue. Des applications, des podcasts, des chaînes YouTube, des cours en ligne, des livres, des méthodes. C'est comme si on avait trouvé la corne d'abondance ou la boîte de Pandore. Oui, parce que...

Avec toutes ces ressources, c'est difficile d'y voir clair et de rester concentré sur une méthode assez longtemps pour voir des progrès. Le problème, c'est qu'on est devenu obsédé par l'optimisation. On veut la meilleure méthode, la meilleure application, le meilleur podcast. On passe des heures à comparer, à lire des articles du style les 10 meilleures façons d'apprendre le français.

à regarder des vidéos YouTube qui promettent des résultats miraculeux ou à écouter des épisodes comme celui-ci. Est-ce que vous aussi, ça vous est déjà arrivé de télécharger une nouvelle application, de vous dire... c'est génial, c'est exactement ce que je cherchais. Puis deux semaines plus tard, vous lisez quelque part que cette application n'est pas vraiment efficace. Alors vous la désinstallez et vous en cherchez une autre.

Vous achetez un cours en ligne, vous faites les trois premières leçons, puis vous voyez une publicité pour un autre cours qui a l'air encore mieux, alors vous achetez celui-là aussi. Et à la fin de l'année, vous avez dépensé pas mal d'argent mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. On peut appeler ça le piège de l'optimisation. Plus on cherche la méthode parfaite, moins on pratique. On se...

prépare à apprendre au lieu d'apprendre. Vous connaissez sûrement le fameux paradoxe du choix, un concept mis en évidence par le psychologue américain Barry Schwartz. Son idée, c'est que quand on a trop d'options, on devient... On a tellement peur de faire le mauvais choix qu'on finit par ne rien faire du tout. Ou alors, on choisit quelque chose mais on n'est jamais satisfait parce qu'on se demande toujours si une autre option n'aurait pas été meilleure.

Je pense que c'est exactement ce qui se passe avec l'apprentissage des langues aujourd'hui. On a tellement de choix qu'on ne sait plus quoi faire. Mais est-ce que la meilleure méthode n'est pas tout simplement ce que vous utilisez vraiment, régulièrement, sur la durée ?

Une méthode moyenne que vous suivez pendant un an sera toujours plus efficace qu'une méthode parfaite que vous abandonnez au bout de trois semaines. Maintenant, vous allez peut-être me dire « Ok Hugo, mais quand même, il y a des méthodes plus efficaces que d'autres, non ? »

Le principe de l'input compréhensible

Et oui, c'est vrai, toutes les approches ne se valent pas. Mais la bonne nouvelle, c'est que les chercheurs qui étudient l'apprentissage des langues sont d'accord sur l'essentiel depuis des décennies. Ce domaine de recherche, on l'appelle en anglais Second Language Acquisition, qu'on pourrait traduire par

acquisition des langues secondes. Depuis les années 80, des centaines d'études ont été menées sur la question. Et ce qui en ressort, c'est assez simple, il y a trois grands principes sur lesquels quasiment tout le monde s'accorde. Le premier principe, c'est ce qu'on appelle le « comprehensible input ». Malheureusement, on n'a pas trouvé de meilleure traduction que « input compréhensible ». Le mot « input » est assez difficile à traduire en français.

mais en gros, ça désigne tout ce qui entre, tout ce qu'on reçoit. Dans le contexte de l'apprentissage des langues, l'input, c'est tout ce qu'on écoute ou tout ce qu'on lit dans la langue qu'on apprend. Cette théorie a été développée par un linguiste américain dont je vous ai déjà beaucoup parlé, le célèbre Stephen Krashen. Dans les années 80, il a popularisé une idée assez simple mais révolutionnaire à l'époque.

On acquiert une langue en étant exposé à des messages qu'on comprend. Pas en étudiant des règles de grammaire, pas en mémorisant des listes de vocabulaire, non simplement en écoutant et en lisant des choses qu'on... Krashen utilise une formule pour expliquer ça Le i, c'est votre niveau actuel Le plus un, c'est le petit quelque chose en plus que vous ne connaissez pas encore

L'idée, c'est que si vous comprenez le contexte général d'un message, vous pouvez deviner le sens des mots ou des structures que vous ne connaissez pas. Et c'est comme ça que vous les acquérez naturellement, sans effort conscient. J'ai bien dit acquérir du verbe acquérir et pas apprendre. C'est une différence fondamentale. Prenons un exemple. Imaginons que vous écoutez une histoire et qu'il y a cette phrase.

Peut-être que vous ne connaissiez pas l'expression « pleuvoir des cordes » avant. Mais grâce au contexte, le parapluie, le fait de se protéger... Vous pouvez deviner que ça veut dire qu'il pleut très fort. Et voilà, vous venez d'acquérir une nouvelle expression sans avoir eu besoin de l'apprendre. Des études plus récentes ont précisé cette théorie.

Pour que l'input soit vraiment efficace, il faudrait comprendre entre 95 et 98% du contenu. Je crois que dans un ancien épisode, je vous avais dit 70-80%. Mais apparemment, si vous comprenez moins de 95%, vous passez trop de temps à essayer de décoder le message et votre cerveau n'a plus la capacité de vraiment intégrer les nouveaux éléments. Bon, en pratique...

C'est pas évident de trouver des contenus qui sont précisément entre 95 et 98%. D'ailleurs, vous n'allez pas vous amuser à systématiquement compter le nombre de mots que vous ne connaissez pas avant de lire ou d'écouter quoi que ce soit. Mais voilà, je vous donne quand même le chiffre pour votre culture générale. En tout cas, c'est sur ce principe fondamental que j'ai construit InnerFrench. Le podcast est conçu pour être compréhensible pour des apprenants de niveau intermédiaire à avancer.

On explique les mots difficiles, on parle à un rythme adapté, mais en même temps, vous êtes exposé à du vrai français avec des structures et du vocabulaire que vous ne connaissez peut-être pas encore. C'est le I plus 1 en action.

Plaisir, motivation et temps nécessaire

Le deuxième grand principe, c'est l'importance du plaisir et de la motivation. Krashen parle de ce qu'il appelle le filtre affectif. L'idée, c'est que quand on est stressé, anxieux ou qu'on s'ennuie... notre cerveau se ferme et l'acquisition devient beaucoup plus difficile. Au contraire, quand on est détendu et qu'on prend du plaisir, le cerveau est ouvert et réceptif.

Les études montrent aussi que la motivation intrinsèque, c'est-à-dire le plaisir qu'on prend au processus lui-même est beaucoup plus efficace que la motivation extrinsèque, c'est-à-dire un objectif externe. comme passer un examen ou obtenir une promotion. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que si vous vous forcez à faire des exercices de grammaire que vous détestez, vous progresserez beaucoup moins vite que si vous passez le même temps

à regarder une série française qui vous passionne. Même si, sur le papier, les exercices de grammaire semblent plus sérieux ou plus éducatifs. Je sais pas si vous vous souvenez de l'interview que j'avais faite avec une de mes élèves polonaises, Inès. Eh bien Inès, c'était l'illustration parfaite de ça. Elle avait atteint un niveau très avancé en seulement deux ans parce qu'elle aimait tellement le français qu'elle passait presque...

tout son temps libre à regarder, écouter ou lire des choses en français. Elle avait pas besoin de se forcer, elle le faisait parce qu'elle adorait ça et son cerveau absorbait tout le vocabulaire et la grammaire sans effort apparent. C'est pour ça que chez Inner French, on insiste tellement sur le fait de trouver du contenu qui vous plaît. C'est pas juste pour la motivation, c'est aussi parce que ça met votre cerveau dans les bonnes conditions pour acquérir la langue.

Le troisième principe, c'est qu'il n'y a pas de raccourci. Acquérir une langue demande du temps, beaucoup de temps. On parle de centaines d'heures d'exposition pour atteindre un niveau

où on peut vraiment utiliser la langue dans la vie quotidienne. Je vous ai dit qu'Inès avait acquis un super niveau de français en seulement deux ans. Vous, vous êtes des auditeurs et des auditrices averties, bien informées. Donc, vous savez... qu'arriver à un tel niveau en seulement deux ans, c'est pas donné à tout le monde, mais à l'ère de la gratification immédiate, deux ans, ça semble être une éternité.

La bonne nouvelle, c'est que si le processus est agréable, on ne compte pas nos heures et on ne voit pas le temps passer. Ania avait parlé des activités de flow dans notre épisode de fin d'année, l'épisode précédent.

Eh bien, quand on prend du plaisir à apprendre une langue ça devient une activité flow On est complètement plongé dedans focalisé sur le sujet tellement qu'on perd la notion du temps L'objectif, c'est que le français devienne une partie de votre vie pas quelque chose que vous faites pendant 30 minutes par jour mais quelque chose qui est là, naturellement comme un ami qu'on a tout le temps envie de voir.

Démystifier les croyances sur l'apprentissage

Maintenant qu'on a vu les principes fondamentaux, j'aimerais parler de quelques mythes qui circulent sur l'apprentissage des langues. Des croyances qui poussent les gens à se mettre la pression inutilement ou à utiliser des méthodes contre-productives Premier mythe, l'idée qu'il faut absolument parler dès le début pour progresser On entend souvent ça La seule façon d'apprendre une langue, c'est de la pratiquer

Il faut se jeter à l'eau Trouve un partenaire de conversation le plus vite possible Alors, c'est vrai que parler a des avantages Une chercheuse qui s'appelle Meryl Swain a développé ce qu'elle appelle l'hypothèse de l'output output, le contraire de l'input ce qui sort, ce qu'on produit autrement dit, ce qu'on exprime en parlant ou en écrivant dans la langue

Selon Swain, c'est en essayant de parler qu'on peut identifier nos lacunes dans notre connaissance de la langue. On se rend compte qu'on ne sait pas comment dire telle ou telle chose et ça nous pousse à chercher la solution. Et c'est important, Krashen et d'autres chercheurs ont montré que l'output n'est pas indispensable pour progresser On peut acquérir énormément de compétences linguistiques simplement en écoutant et en lisant

sans jamais ouvrir la bouche. D'ailleurs, Krashen fait remarquer que dans la vie réelle, les occasions de vraiment pratiquer l'output sont assez rares. Même dans une conversation, on passe plus de temps à écouter qu'à parler. du moins quand on est poli. Et les moments où on doit reformuler parce que notre interlocuteur n'a pas compris, ce qui, selon Swain, est le plus utile, eh bien, ces moments sont encore plus rares.

Donc, si vous n'êtes pas prêt à parler, ne vous forcez pas. Continuez à écouter, à lire, à construire votre système linguistique. Le moment de parler viendra naturellement. quand vous vous sentirez suffisamment à l'aise. Et à ce moment-là, vous serez surpris de voir à quel point les mots sortent tout seuls. Deuxième mythe, l'idée qu'après un certain âge on est trop vieux pour maîtriser une langue étrangère Cette croyance vient de ce qu'on appelle l'hypothèse de la période critique

proposée par un linguiste nommé Lennberg dans les années 60. Selon cette théorie, il existe une fenêtre, une période, généralement avant la puberté, pendant laquelle le cerveau est particulièrement réceptif aux langues. Après ça, les portes se fermeraient. Mais les recherches récentes montrent que c'est beaucoup plus nuancé que ça. Oui, les enfants ont certains avantages, notamment pour la prononciation.

Leur système auditif est plus flexible, ils ont moins peur de faire des erreurs et ils ont souvent plus de temps d'exposition. Mais les adultes ont aussi des avantages qu'on oublie souvent. Et vous maîtrisez déjà une autre langue, votre langue maternelle.

ce qui vous donne une base de comparaison Une étude intéressante a montré qu'environ 5% des adultes qui commencent une langue tardivement arrivent à atteindre un niveau proche de celui des natifs C'est une minorité, certes, ça semble pas beaucoup Mais ça prouve que c'est possible et surtout, il n'y a pas besoin de parler comme les natifs pour pouvoir utiliser une langue. Par exemple, avec un niveau B2, autrement dit intermédiaire avancé,

On peut déjà comprendre plein de choses et bien communiquer ses idées. Donc non, c'est pas trop tard. Là, je n'ai pas une excuse. Vos attentes doivent peut-être être ajustées. on entendra toujours que vous avez un petit accent mais la capacité de communiquer ça, c'est à votre portée c'est possible Troisième mythe l'idée qu'il faut absolument étudier la grammaire pour bien parler une langue

Alors attention, je ne dis pas que la grammaire est inutile. Comprendre comment fonctionne une langue a indéniablement des bénéfices. Par exemple, ça peut vous aider à remarquer certaines structures et à corriger certaines erreurs que vous faites. C'est pour ça qu'il y a des leçons et des activités de grammaire dans nos cours mais, et c'est là le point important, acquérir une langue, c'est pas apprendre des règles de grammaire. Vous pouvez connaître parfaitement la règle du subjonctif.

et être incapable de l'utiliser spontanément dans une conversation Inversement, il y a des gens qui parlent très bien une langue sans jamais avoir ouvert un livre de grammaire Ils ont acquis les structures naturellement grâce à l'input Les études le confirment quand on compare des apprenants qui ont passé beaucoup de temps à faire de la grammaire et d'autres qui ont simplement été exposés à beaucoup d'inputs compréhensibles ce sont généralement les seconds qui s'en sortent le mieux

surtout pour la communication orale. Donc, si vous adorez la grammaire, continuez. Ça peut être un complément utile. Mais si vous détestez ça, ne vous forcez pas. Il vaut mieux consacrer votre temps à écouter des podcasts, lire des romans ou des articles ou regarder des films ou des séries.

Acquérir le français, ne pas juste l'apprendre

Alors, revenons à notre titre « N'apprenez pas le français en 2026 ». Ce que je voulais dire par là, c'est au lieu d'apprendre le français, consacrez votre temps à l'acquérir. Écoutez des choses qui vous intéressent. lisez des histoires qui vous captivent, regardez des films qui vous font rire ou pleurer, laissez la langue entrer dans votre vie, naturellement, sans forcer.

Et oui, les machines peuvent traduire mais elles ne peuvent pas vivre l'expérience à votre place Elles ne peuvent pas ressentir cette satisfaction unique de comprendre quelque chose dans une autre langue Elles ne peuvent pas vous donner ce super pouvoir dont je vous parlais l'année dernière, cette capacité de percevoir le monde à travers un autre prisme linguistique, d'accéder à une culture de l'intérieur.

Pour finir, je vous invite à laisser un commentaire en écrivant l'activité que vous faites en français et qui vous procure le plus de plaisir en dehors d'écouter Inner French, bien sûr. Comme ça, ça pourra donner des idées aux autres auditeurs. Merci de m'avoir écouté jusqu'au bout. Je vous souhaite une excellente année 2026 et on se retrouve dans deux semaines avec Ingrid. À bientôt !

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