2000 ans plus tard, on les rassemble. C'est pas beau ça.
C'est sans doute le lac le plus mystérieux de notre planète. Un lac dont le seul nom évoque déjà toutes sortes de légendes et de croyances fascinantes. Le Titicaca. Le lac Titicaca est situé sur les territoires du Pérou et de la Bolivie, à une hauteur de 3 809 mètres au-dessus du niveau de la mer. Encerclé par les hautes cimes de la cordillère des Andes, territoire des Condors et des Pumas étranges, C'est une véritable mer intérieure de 8400 km². Un lac aussi
grand que la Corse. Mais c'est surtout un lac loin encore d'avoir dévoilé tous ses secrets. Que se cache-t-il dans les eaux sacrées de ce grand lac de légende? Composée d'une quinzaine de spécialistes et de plongeurs internationaux, une équipe scientifique, dirigée par le jeune archéologue belge Christophe Delard, est partie
à la découverte du Titicaca. Ce lac qui suscite l'imaginaire pourrait bien être le sanctuaire d'un des plus richissimes patrimoines archéologiques immergés sur notre planète.
On va essayer de voir, même en surface, je pense qu'on le verra. Non seulement ces objets seraient théoriquement bien conservés, mais en plus protégés comme un sanctuaire par la sacralité du lac
C'est le lac Titicaca, c'est mythique pour pas mal de gens, on a tous entendu parler de ce lac, c'est le plus haut lac navigable du monde.
On espère... la pièce bien conservée et puis surtout qui va être originale ou qui va apporter des éléments nouveaux à l'étude du Monaco. Par rapport
au lac, il y a de nombreuses légendes de cités perdues, de trésors qui sont transmises justement de père en fils. Dans le cadre de ce projet, l'objectif n'est pas de désacraliser le lac, le lac est sacré, mais d'une certaine manière démystifier certains mythes
L'équipe s'est donnée un minimum de trois ans. afin de mener à bien cette campagne de fouilles et espérer apporter des réponses précises sur l'importance historique du lac bien avant l'avènement des Incas. Cette exploration subaquatique est une grande première. Il n'y a jamais eu de véritable fouille archéologique dans les sédiments du lac. L'équipe d'archéologues aguerris à ce genre de recherches espèrent aujourd'hui, grâce à ces fouilles subaquatiques, mettre
à jour de nouveaux témoignages d'occupation et d'activités pré-akaïques. Levez un coin du voile sur l'histoire de ces anciennes civilisations ayant vécu dans l'environnement du grand Itikaka. Telle par exemple la civilisation Tiwanaku. Cette civilisation qui a régné environ 600 ans, du 5e au 11e siècle après Jésus-Christ, a eu une forte influence dans toute la région andine, allant du Chili
jusqu'au Pérou. On sait, grâce aux écrits que nous ont laissés les Espagnols, suite à la conquista, que les Incas vénéraient le Titicaca et qu'ils y ont effectué des offrandes.
Mais qu'en est-il des civilisations antérieures, celles qui ont précédé les Incas, dans cette rude région d'Amérique du Sud, comme la puissante civilisation Tiwanaku, qui nous a laissé aujourd'hui comme témoignage de sa splendeur le site cérémoniel éponyme de Tiwanaku, situé à 15 kilomètres des rives du Titicaca et à 120 kilomètres
de la capitale La Paz. C'est sur ce site classé au patrimoine de l'UNESCO que l'on retrouve la très célèbre Porte du Soleil, trop souvent apparentée à la culture inca, Mais que pouvait déjà réellement représenter et symboliser le lac Titicaca pour cette culture tiwanaku? Mais aussi pour toutes celles plus anciennes encore. Le lac était-il pour eux sacré? Était-il déjà comme pour les Incas le lieu où naquit le
grand soleil? Depuis toujours, non seulement les populations locales, mais également les historiens et archéologues américanistes, se sont demandé ce que pouvaient réellement cacher les profondeurs du Titicaca. Cet intérêt vient évidemment de la sacralisation du lac, mais aussi par cette abondance de mythes et de légendes qui entourent cette immense étendue sauvage. D'ailleurs, le lac Titicaca... semble tenir son nom d'un rocher situé sur l'île du Soleil et appelé Titicarca
ou
Titijaya qui veut dire puma de pierre en langue native. Peut-être en référence au puma noyé et transformé en statue de pierre selon une très ancienne légende locale. Les populations Aymara Vivant actuellement autour et sur le lac, mais aussi de nombreux explorateurs, ont très souvent envisagé l'existence d'un trésor, ou d'une gigantesque cité d'or, mystérieusement engloutie. Le Titicaca suscite presque mystiquement, et depuis toujours, les suppositions et spéculations les
plus folles. Pour les populations andines, leur lac est associé à l'origine du monde et à la création du soleil. Après de longues analyses d'archives, de données scientifiques et de multiples recoupements d'informations provenant de la mémoire des populations locales, l'équipe put enfin savourer sa première plongée côté bolivien non loin du détroit de Tikina, au nord du lac
mineur.
Si le Titicaca a une profondeur maximale d'environ 280 mètres, profondeur d'ailleurs jamais atteinte par l'homme, l'objectif ici est de focaliser uniquement les fouilles entre 0 et 20 mètres de profondeur et toujours près des rives. C'est là Dans une eau à 10 degrés que le jeune scientifique pense avoir le plus de chances de découvrir ces fameuses traces d'occupation tiwanaku ou pré-tiwanaku. Quatre équipes, de chaque fois deux plongeurs, vont se relayer environ toutes
les 45 minutes à la recherche d'indices. Comme des structures de pierre, de la céramique ou des témoignages de la métallurgie. Mais aussi avec l'espérance de mettre la main sur des éléments organiques, qui permettraient d'avoir des informations majeures en termes de datation. Et cela notamment grâce à l'analyse carbone 14, pour les éléments organiques.
L'expédition expériment pour la première fois un nouvel outil. A la recherche du moindre indice qui pourrait être minuscule, un tamis a été spécialement confectionné pour récupérer tous les rejets sortant des aspirateurs à sédiments. Il faut absolument garder un maximum d'informations et éviter de perdre tout fragment ou toute chose susceptible d'être analysée. Surtout ne pas détruire l'éventuel patrimoine, mais seulement le contexte. C'est-à-dire l'environnement dans lequel le patrimoine
est peut-être conservé depuis des siècles, voire des millénaires. Cela demande évidemment une grande responsabilité de la part des scientifiques. Car à partir du moment où la fouille archéologique est entreprise, que ce soit en subaquatique ou en terrestre, Tout le sédiment retiré bouleverse définitivement le paysage. Ce qui implique une minutieuse méthodologie de travail. Cartographie, photos, conservation des différentes couches de sédiments trouvées au fur et à mesure du sondage.
Chaque plongée est soigneusement préparée et va offrir son lot d'informations et d'enseignements.
On garde tout, les petits tessons, les milliers d'arrêts de poissons qu'on a trouvés, on va tout le garder, les ossements, les feuilles de coca si on les trouve
L'eau limpide du lac devient rapidement trouble. La visibilité est presque nulle. Mais les plongeurs archéologues de l'équipe sont habitués et entraînés à ces conditions difficiles et délicates.
Il
y a des éboulis qui continuent, donc je ne sais pas si ça vaut la peine de revenir. Pas de céramique, beaucoup de sédiments. La prospection ne sert pas à grand-chose
ici. On garde espoir, on pense qu'on va trouver une belle pièce, au final. Peut-être même une urne complète, une urne funéraire qui serait remplie de tous ces objets, de ces petites figurines, certaines en or, d'autres en argent. Ça fait un peu rêver. On a envie de trouver ça.
Je suis coulé. Je reste 10 minutes en
trou solo là
Christophe et son équipe plongent à 3809 mètres d'altitude. Ce qui rend les plongées évidemment beaucoup plus contraignantes, voire même dangereuses. pour des plongeurs qui ne sauraient pas expérimenter et entraîner. A cette altitude, les profondeurs doivent être augmentées de plus de 50% par rapport aux références de paliers de décompression
en mer. Une plongée à 10 mètres de profondeur dans le Titicaca équivaut à une plongée à plus de 15 mètres en milieu marin Une fois que les plongeurs ont atteint la surface, la récupération du souffle est aussi rendue très éprouvante à cause de la pression atmosphérique plus faible Et de la raréfaction de l'oxygène. Après plus de 15 jours de fouilles dans ce secteur de Tikina, il n'y a malheureusement toujours aucune découverte.
Aucun résultat significatif. Les attentes des communautés ainsi que des scientifiques sont immenses. Mais chacun espère maintenant les premières découvertes. L'équipe scientifique fouille le lac maintenant depuis plus d'un mois. Au nord de l'île du Soleil émerge un petit chapelet d'îles. On sait grâce à des vestiges et objets qu'on y a trouvés que ces lieux ont toujours été un territoire
sacré de l'Erinca. C'est là que se trouve peut-être une huaca majeure, celle du récif de Coa, appelée aussi Arrecif de Coa. Les huacas, ce sont des zones dites sacrées. pour les populations ancestrales, et qui de nos jours le demeure encore pour les indiens Aymara de la région. Une waka peut être un lieu dit, une cavité, un simple rocher,
en tout cas un endroit sacré que les anciens vénèrent. En 1977, une expédition japonaise non habilité a plongé sur le site en y découvrant quelques objets incas posait quasiment à même le fond. Ensuite, entre 1988 et 1991, l'archéologue américain Johann Reinhardt fut officiellement le premier, mais aussi le dernier, à y avoir effectué des recherches. Mais si le site de Koha pourrait être un lieu d'offrande à Kha qu'en est-il pour les Tiwanaku, ou même les populations plus
anciennes encore? Christophe vient de recevoir l'autorisation officielle des communautés locales afin d'y effectuer des fouilles Pour lui et son équipe, mais aussi pour les habitants du lac, de nouveaux espoirs sont fondés sur ce récif
Avant d'attaquer la prospection, les fouilles ici à Koha, on a demandé la permission aux différentes communautés en expliquant ce qu'on va faire, qu'on n'est pas des pirates, évidemment. Et on a fait, nous aussi, nos offrandes. On a sacrifié nos lamas, nos feuilles de coca, on a fait tout ce qu'il fallait faire.
Il y a 50 cm de sable, sédiments argileux-limoneux, et on arrive dans une zone de caillasse. Donc il va nettoyer, puis il va la percer, et il va descendre. S'il y a un dépotoir, c'est en dessous.
On va voir
Le récif de Koha. signifiant le lieu dit du Puma, en Aymara, n'a pas toujours été un récif. Au gré du temps, en fonction des fluctuations du niveau du lac, il devait être un îlot, émergeant de temps à autre de 2 à 3 mètres de la surface. Aujourd'hui, les populations locales Aymara y effectuent toujours leurs offrandes. L'îlot est maintenant immergé à 2 mètres sous les eaux du Titicaca. Mais le mystère pour les anciens de voir ce rocher apparaître et disparaître
a certainement contribué à sa sacralité. L'objectif désormais pour Christophe et son équipe est de fouiller et pour la première fois de pouvoir creuser profondément dans le sédiment et la caillasse. Chose qui n'avait pas pu se faire auparavant. Avant de pouvoir commencer à creuser et sonder le site, il est essentiel une nouvelle fois d'opérer à la délicate installation des
aspirateurs à sédiments et des tamis de récupération. Cette opération nécessite toujours la plus grande précision, car elle conditionne le travail de fouille qui suivra. Let's go. les fouilles peuvent maintenant commencer. Sans doute dans la zone la plus sacrée du lac connu à ce jour. Il faut creuser et descendre en analysant chaque couche de roche et de sédiments du site. L'objectif pour les scientifiques n'est pas de fouiller tout le récif de Koha, mais de travailler sur une
zone de 16 mètres carrés. Trois zones de fouilles sont ainsi délimitées et chaque parcelle Surface de sédiments et gravats est minutieusement fouillée. Un délicat et patient travail de fourmis à la recherche du moindre indice
Ce qui est un petit peu particulier pour ce site, c'est qu'on est sur un site d'offrandes, donc il n'y a pas eu d'habitat, il n'y a pas eu de vie, il n'y a pas de... On n'est pas sur de la vie quotidienne où il y a eu des activités humaines sur le long terme. Là, c'est des dépôts. Donc
on a affaire au monde des morts, au monde du culte. Nous, ce qu'on va essayer, c'est de restituer la récif, donc la récif de Koha, dans son contexte, pour essayer de voir combien de temps ce site a été utilisé comme site d'offrande. D'une part, s'il y a des périodes où il a été abandonné, le problème, c'est qu'avec les années, les sédiments, les éboulis, tout va se retrouver coincé. Notre rôle, c'est d'essayer de démêler un petit peu tout ça.
Après plusieurs journées de fouilles, les archéologues découvrent enfin, après avoir cruisé près d'un mètre dans les sédiments et la roche, ce qui semble être des ossements. Dans la foulée, une mâchoire de lama et un premier fragment de céramique est également trouvé. Le site de Koha paraît prometteur. L'équipe vient, après seulement quelques journées de fouilles à Koha, de ramener
à la surface une pièce presque inespérée. Un autre travail peut à présent commencer L'observation détaillée des objets.
Regarde, il manque le visage. Non, regarde, c'est bien l'œil, la bouche et la dent. Et ça, tu peux imaginer que tu avais le truc qui est comme ça ici, toi. C'est de la céramique, des encensoirs. C'est des offrandes cérémonielles. Il n'y a pas de traces de pigments. Je ne crois pas. On voit que ça a été moulé. On voit des traces de doigts. Souvent, ils avaient un moule. Ils mettent une matrice. Ils mettent de l'argile. On voit des traces de doigts. On peut avoir des empreintes digitales
de personnes il y a 1500 ans. C'est incroyable. Tu as amené quoi encore? Des écailles? C'est dans le tamis? Non, non, non, rien dans les tamis. Martial, nivelle et décompressionne!
Chaque palanqué des plongeurs archéologues remonte désormais avec quelque chose. C'est un soulagement pour les scientifiques Si d'après Christophe Delard, la zone archéologique du récif de Coa s'étendrait souverainement, Les découvertes prometteuses enregistrées jusqu'à maintenant sur seulement une dizaine de mètres carrés pourraient peut-être signifier que Koha est un site d'offrandes majeur et à peine effleuré.
On dirait
de la pierre
Oui
je ne
sais pas vraiment. Vous avez trouvé d'autres fragments? Non
pour le moment,
c'est l'unique. La forme paraît rare et très spéciale. On dirait une partie de pierre.
On va continuer à fouiller avec plus de prudence pour essayer de repérer d'autres éléments. Oui
en plus, le comportement et la conservation des pierres sous l'eau est différente qu'en surface. Ça pourrait être de la céramique. Ça
pourrait être une offrande pré-tiwanako
subaquatique. Oui.
Et dans
la zone de recherche, vous avez trouvé d'autres fragments avec ces formes carrées ou circulaires identiques?
Les deux.
La découverte de ces fragments de céramique tiwanaku est d'une importance capitale. La première céramique avec la tête de puma de profil n'est donc pas une pièce tiwanaku isolée. Cela pourrait donc démontrer que Koha était déjà un lieu d'offrande du temps de la civilisation tiwanaku. Alors que les anciennes recherches n'avaient mis la main essentiellement que sur des objets inca, ici, les premiers fragments découverts dans les sédiments sont exclusivement plus anciens,
de l'époque Tiwanaku. Cela soulève en tout cas une nouvelle interrogation.
Comment on peut retrouver des objets, par exemple de Tiwanaku et Yanka, alors qu'ils n'ont jamais été en contact sur des sites d'offrandes sous-aquatiques? C'est une question assez... Comment ça se fait que les Yankas savaient que là, sous l'eau, c'était un endroit sacré? Justement, c'est d'abord lié au vrai sens du niveau de l'eau, A savoir que le niveau d'eau était beaucoup plus bas, donc la récif émergeait. C'était une petite île. Tiwanaku faisait des offrandes à partir du bord.
Les Incas l'ont fait aussi. D'ailleurs, une source coloniale parle justement de la montée des eaux durant l'époque d'Inca. A priori, la récif de Kwa a disparu à ce moment-là. Petit à petit, on va savoir pourquoi. La rive, ça reste un endroit sacré. Il faut arrêter le capitaine à vie qui fait partir. Je pense que ça va passer derrière.
Le vent nous
tombe dessus. La pluie nous tombe dessus. Viens, t'es l'être!
J'ai ramassé 2-3 objets qui traînaient en surface en ramassant les cailloux. Tu
les as
séparés? Oui
Donc là, il y a un 32 ici et
un 32
là. C'est
ce qu'il y a en sachet.
Donc là, tu as une zone un peu jaune. Là,
il y avait une petite zone de cailloutis. Une fois que j'arrive en bas, il y a un sédiment un peu plus compact.
Jaune?
Sableux. Cailloutis
plus sédiments, jaune, sableux. Il y a encore du boulot. Il y a encore du boulot
oui
On aura le vrai profil de la roche-mer.
Oui. Et puis tu auras même une profondeur, etc.
On aura tout. Et on sait même quantifier le mètre cube de sédiments qu'on a retiré. Ça va être cool, ça
Ce nombre conséquent de fragments de céramique et d'ossements découverts engendre de nouvelles questions. Les céramiques, déposées intactes dans l'eau par les anciens, devaient de toute évidence se briser en touchant la roche ou le fond. et pouvaient aussi s'abîmer suite à des éboulements dans le récif. En fonction de la topographie du site et l'obligation pour l'équipe de fouiller profondément dans les sédiments, l'espoir de retrouver des objets intacts
semble a priori plutôt mince. Mais a contrario, ces tonnes de sédiments ont aussi peut-être protégé certains objets. Quoi qu'il en soit, avec les fragments recueillis à ce jour, Les premières analyses à la base de Chaya pourront déterminer à quel type et à quelle quantité d'objets intacts ils pourraient
appartenir.
Le travail de l'équipe d'archéologues restaurateurs consiste maintenant à analyser les fragments et à restaurer les pièces. L'objectif est de réunir tous les fragments découverts et, tel un puzzle, espérer pouvoir reconstituer entièrement certains objets. Il sera alors possible de quantifier le nombre exact d'objets d'offrandes découverts jusqu'ici sur le récif. Ces données permettront ainsi d'avoir une première évaluation du potentiel
archéologique de Koha. Mais une chose paraît maintenant indéniable. Les premiers recensements Et les premiers assemblages témoignent de pratiques d'offrandes massives tiwanaku sur une surface de fouille couvrant à peine 16 mètres carrés. Les 2400 mètres carrés du site de Koha pourraient donc bien cacher un patrimoine historique pré-incaïque dense et exceptionnel.
Attends Joe! T'as trouvé
ce que tu me reçois? Ouais, un 505. Comment ça se passe dans la zone 1? Je suis en train de placer des carrés et des lubilations. Là j'ai le premier l'aurécan piqué, qui reste pas en place, il y a trop de caillasses.
Les journées de fouilles s'enchaînent sur Koha. L'équipe a maintenant décidé de travailler exclusivement sur deux zones du site. toujours dans l'espoir de trouver plus de preuves d'offrandes Tiwanaku ou pré-Tiwanaku, voire même mettre la main sur une offrande encore intacte. Mais c'est sur l'autre périmètre de fouille qu'une nouvelle découverte majeure est faite
En fait, c'est une encre antique, enfin une encre
tiwanaku
qui a vraiment une forme spécifique, un peu de cacahuète en fait. Tu as une rainure au milieu, donc qui est passée la corde là. Et soit c'est une encre qui est restée coincée quand ils sont venus ici, ils ont peut-être coupé et la laissé au fond, ou peut-être en l'est, on ne sait pas trop encore.
Qu'est-ce qu'on va regarder maintenant? S'il y a encore des fragments de cordes? Est-ce qu'on n'a pas de cordes tiwanaku? On ne sait pas avec quoi ils le faisaient, quels genres de fibres, quels genres de... On ne sait pas. Laurent et Marcel vont aller voir
Pas de corps de Tiwanaku. Mais la découverte de cet encre, bel et bien Tiwanaku, est exceptionnelle. Avec la densité de plus en plus importante du matériel tiwanaku découvert, ce site d'offrandes subaquatiques pouvait être un sanctuaire majeur de cette époque. L'isolement du site, loin des zones habitées et la densité des offrandes prouvent que le peuple de Tiwanaku possédait des navigateurs expérimentés, capables de braver les vents et les intempéries.
L'équipe fouille donc au bon endroit. Koha serait bien le seul site d'offrande subaquatique tiwanaku connu à ce jour. Mais une autre question se pose alors. Est-ce que l'unique phénomène d'un récif, disparaissant puis ressurgissant des flots au gré des fluctuations de l'eau, pourrait-il justifier à lui seul la sacralité du site de Koha? Pourquoi créer un lieu de culte
important dans un endroit si difficilement accessible? Pour l'archéologue Marcial Medina, qui étudie depuis des années la fonction réelle des lieux d'offrandes précolombiennes, il y aurait une deuxième explication à cette sacralisation de Koha par les Tiwanaku
Pourquoi faire
un
sanctuaire
au milieu du lac
à
une distance d'environ 60
km du point principal,
qu'est Tiwanaku
Avec mon expérience des sanctuaires d'altitude que j'étudie, je constate que la
caractéristique d'un sanctuaire
que ce soit
ceux d'origine catholique
ou dans ce cas-ci, tiwanaku et inca, est sa
splénité et la
pérégrination. Se rendre en ces lieux
nécessite une pénible marche et une intense
fatigue C'est sans doute une
des raisons de la sacralisation de ces sanctuaires
Il faut pouvoir le
mériter
Pour les
tiwanakos
aller sur celui inhospitalier et balayer par les vents après
avoir longuement marché
et navigué est un acte nécessaire. Nous ne savons pas encore à quelle période,
année ou
mois, ces offrandes ont lieu. Mais
on peut certainement affirmer que
la nature de ces offrandes démontre que ce sanctuaire de Koha est un site essentiel
Cet encre est une superbe découverte et pousse l'équipe à intensifier le rythme des plongées.
Ça fait bien 30 kilos?
Tu me reçois? Ouais, 5 sur 5. J'ai trouvé, je crois que Fort MacTuck. Je
m'entends pas très bien, est-ce que tu peux répéter Giorgio?
J'ai trouvé une tête intacte de puma. Elle avait une tête bien intacte. Une
tête de puma en céramique. Comme d'habitude, Giorgio, en contexte, photo, prélèvement. J'ai hâte de voir
Il est
vraiment beau
Le félin est l'animal associé justement à l'autre monde. l'animal qui fait la transition entre le monde des vivants et le monde des morts, entre les humains et les créateurs. On retrouve un puma non seulement dans le lieu dit du félin, mais qu'on retrouve un puma dans cet endroit où le soleil est né. C'est comme s'il y avait un accès, on va dire. Les filles, vous allez nous détester. On vous a ramené des choses en qualité et en quantité
Regarde.
Eh bien, surprise générale, ça c'est l'évolution, on a enlevé ces blocs, ensuite on a eu des caillasses l'évolution, on a enlevé les caillasses, eh bien il se fait qu'il y a deux poches planquées qui étaient colmatées par le sédiment, et dans ces poches, c'était de Puma et l'Ance Soir, et là, c'était le pied quoi. Donc Arnaud et Béranger ont bien fait de persévérer dans la zone. Allez, on y est presque, encore un gobelet. La majusse, c'est peut-être
ça. C'est super magnifique.
Incroyable, hein? Et alors, il manque juste ici, les deux, qu'on a retrouvés en contexte. Et ça aussi, elle est juste intacte. Je ne l'ai pas encore vue de près. Je ne me suis même pas perdu. Elle est vraiment jolie, quoi. Avec le soleil. C'est un nom ce soir. C'est des offrandes typiques qu'on retrouve. Sauf que c'est le premier complet
On fait toujours des photos des objets juste après la fouille pour garder une trace de l'état dans lequel ils sont. au moment où on les reçoit et pour pouvoir contrôler l'évolution. C'est comme l'occus,
vous savez dire? 50.
Zone 1. Tous les éléments trouvés dans l'encensoir vont être conservés et analysés afin de pouvoir interpréter la composition d'une offrande tiwanaku. Mais ayant vécu longtemps dans l'eau froide, chaque objet Chaque élément est désormais fortement fragilisé. Il faut absolument veiller à suivre un minutieux et délicat protocole de conservation pour chaque objet ou élément retrouvé Cette tâche délicate est confiée aux deux archéologues conservatrices de l'équipe.
Là, on va mesurer le taux de salinité de l'eau du lac, dans lequel l'objet a séjourné pendant des siècles
Ce qui est génial, c'est que dans la zone au contrebas, on a une plage d'arêtes de poissons, par exemple, et des coquilles d'œufs. Donc on essaie de trouver un peu le contexte. Ici, vu qu'on avait une poche scellée par des dalles, et vraiment une poche coincée qui n'a plus bougé, et qu'on retrouve ça dedans, et qu'en contreband on retrouve plein de fragments de céramique qui ont été écrasés par les boulis, on sait maintenant que les arêtes viennent de... de l'enseoir, simplement
Ça va?
Par rapport à l'autre, ils ont la même tête? Par contre, l'identité est... vidée. Il faudrait savoir s'il a la même
tête. Là, on a le cadre complet. Magnifique.
Voilà son ami. Il est
rond. Et je
crois que c'est bien sa tête parce que c'est la même patte. Voilà la bête. Et le reste c'est dans 53. Vous aurez du boulot les prochaines. Ça pourrait être... une corde. Peut-être. En tout cas ça c'est quasiment mon prélèvement le plus précieux. Première fibre. Et j'en ai vu d'autres coincées.
Au couteau. C'est mon petit cumin
Alors... C'est pas du carbone,
hein? C'est pliable.
C'est du carbone. Le C14 nous permet d'avoir, on va dire, un intervalle de dette, genre entre 820 et 940. Et donc même si ça ne nous donne pas une année précise, ça nous permet de dater la céramique Avec ce fragment qui est, on ne peut plus en contexte. Ils étaient à 1m50 de distance. Donc ils
collent
Donc ils ont été séparés il y a 1500 ans, peut-être 2000 ans. Il a pu souffrir par contre de l'érosion, de l'ébouillie
Des objets par dizaines. Koha commence à livrer ses premiers secrets. Mais après avoir creusé près de deux mètres dans la faille, l'équipe fait une nouvelle découverte inespérée. De l'or.
Nous, ce qui nous intéresse, ce n'est pas de retrouver de l'or, ce qui nous intéresse, c'est de retrouver un artisanat disparu, une maîtrise disparue, parce qu'on n'a quasiment plus
aucun témoin de métallurgie pour la période de Tiwanaku. On a une feuille d'or martelé, découpée, donc ils l'ont découpée de manière circulaire, et on voit que la technique, grâce au microscope notamment, cette feuille est incisée, en tout cas il y a un motif justement sur sa face et qu'en regardant de très près on se rend compte que ce motif est incisé quasi poinçonné le motif est assez complexe donc il ne faut pas oublier que ce petit dessin qui est assez précis que cette petite pièce ne
dépasse pas les 4 cm donc on va dire les artisans de la période de Tiwanaku on va dire maîtrisaient ce genre de maîtriser non seulement les motifs mais sur ce genre de matériaux. Il ne faut pas oublier que moi j'ai une loupe, un microscope, un ordinateur. Eux n'avaient que des yeux. Donc c'est assez incroyable et c'est assez émouvant d'ailleurs d'être le premier à déchiffrer ce motif. L'or, c'est un peu les larmes du soleil. Donc c'est totalement associé
au soleil. Et donc ce culte de l'or et du soleil n'est pas seulement un cas mais est préincaïque à Itiwanako. Et la plus grande nouvelle pour moi aujourd'hui, c'est cette petite feuille en plus. Non pas qu'elle soit d'or, mais c'est que c'est un petit pictoral avec des incisions très très fines. L'intérêt c'est que l'iconographie n'est pas Tiwanako, elle est pré-Tiwanako, formative. C'est le motif Yayamama. Donc celui-là il est très dur à déchiffrer, mais ça veut dire qu'on
a vraiment une pérennité culturelle. Il y a quasi 2000 ans d'écart entre la période formative et la période incaire. Donc en termes de pérennité culturelle, c'est assez incroyable. Donc voilà, l'eau préserve, mais surtout l'eau protège, parce que l'or ne craint pas l'enflot dans le terrestre, à part bien sûr les pilleurs. L'avantage de l'eau, c'est que ça limite l'accès.
C'est une sorte de sanctuaire, pour le titicaca c'est parfait comme terme, mais surtout c'est une barrière, parce que l'homme n'est pas amené à plonger dans l'eau de manière naturelle.
Après un mois de fouilles sur le récif de Koha, des dizaines de mètres cubes de sédiments auront été dégagés pour mettre la main sur plus de 2000 objets et fragments. Christophe Delard et son équipe viennent sans doute de mettre à jour un patrimoine archéologique exceptionnel.
Toutes les communautés ont toujours été intentives et intéressées par notre travail. Je crois que c'est vraiment une richesse pour les communautés locales.
J'ai vu une participation
active.
Dans le lac, il y a une richesse culturelle qui est capitale
pour eux, ainsi que pour les générations futures. Rien de ce qu'on trouve
va
rentrer en Europe. Tout reste ici. On espère qu'il sera bien géré, bien conservé. Et un jour, j'espère, ils seront exposés ici. Mais rien de tout ça sera rempatrié en Europe
Il y a ce projet qui s'est mis en place. On a réussi à avoir la confiance des communautés, justement, Par ce travail de longue haleine, non seulement au niveau scientifique, mais au niveau relationnel, on travaille sur un patrimoine bolivien, avec les Boliviens.
Que reste-t-il à découvrir dans les ondes mystérieuses du Titicaca? Cette grande question ne trouvera probablement jamais de réponse définitive. Quand avant les fouilles, Christophe et son équipe ont déterminé qu'il y avait 600 km2 de zone potentielle, ce qui correspond à une surface de 600 millions de mètres carrés, et qu'ils ont travaillé seulement sur quelques dizaines de mètres, tout reste
à faire. Tels les vieux livres que l'on consulte, les fouilles qui se poursuivront durant minimum trois années encore permettront peut-être aux scientifiques de remonter toujours plus loin dans le temps. Et tenter ainsi de mieux comprendre l'histoire trop méconnue de ces grandes civilisations andines. Mais quoique dévoileront encore les flots sacrés du Titicaca, ces eaux froides, continueront à jamais à nous cacher des trésors inestimables et à nous conter de fabuleuses histoires et légendes.
