¶ Introduction et Livres des Fêtes
Amis de la littérature de qualité, bonsoir. Cette semaine, j'ai l'honneur de recevoir Jean-René von der Pletsen pour son recueil de nouvelles La vie à contre-courant, publié aux éditions du Rocher. Mais d'abord, nous sommes, comme chaque semaine, nous avons un partenaire, un parrainage, et c'est les éditions Assouline qui font de très très beaux livres. Nous sommes avant Noël, c'est une occasion.
parfaite pour le père noël pourrait offrir london chic alors london chic j'ai pensé vous l'offrir à vous J'en ai parce que vous incarnez un peu une sorte d'élégance britannique. Et ça va beaucoup vous plaire. Il y a notamment, on voit le Claridge's, on voit le tournoi de Wimbledon. Il y a l'élégance. Et d'ailleurs, Dame Christine... Scott Thomas nous guide dans...
dans Londres. Voilà. C'est magnifique. Merci Frédéric. Vous aimez qu'on vous appelle Old Chap. Exactement. Comme c'est quoi ? C'est Gatsby ? C'est dans Gatsby. C'est dans Gatsby. Magnifique. Gatsby est américain, mais bon. Et Old Chap... Non, c'est Old Sport dans Gatsby. Ah oui, Old Sport. Ce qui veut dire, vous le savez très bien Frédéric, Gatsby c'est The New Money, c'est pas The Old Money. Donc c'est moins chic, mais il est si charmant.
généreux, merveilleux, qu'on lui pardonne tout. C'est un homme qui a la grâce en lui. Il marche sur l'eau. Bon, il finira par mourir, hélas, dans l'eau. Mais c'est un des plus beaux romans qui soit. Je signale aussi à propos des éditions Assouline qu'elles vont bientôt publier, au printemps 2026, un livre sur la Pérouse. Et par conséquent, ce qui se passe chez la Pérouse va cesser.
¶ Parcours Littéraire et Nouveaux Hussards
de rester chez la Pérouse, c'est un peu inquiétant. Bien, alors, Jean-René von der Pletsen, vous dirigez, vous êtes le directeur délégué de la rédaction du Figaro Magazine, donc un peu mon employeur. Je vais cependant essayer d'être objectif. Avec votre œuvre, vous avez publié deux romans, La nostalgie de l'honneur en 2017, qui a eu le prix interallié. Pour un premier roman, c'est assez rare.
Et puis le métier de mourir en 2020. Alors pourquoi la vie à contre-courant ? Pourquoi ce titre pour votre premier recueil de nouvelles ? D'abord, je voudrais vous expliquer, Frédéric, pourquoi j'ai écrit ce recueil de nouvelles. Effectivement, quatre d'entre elles sont parues dans cette revue Rive Droite, où vous avez collaboré.
— Totalement collector. J'ai rapporté les exemplaires. C'est très rare. — C'est très difficile à trouver. J'ai vu qu'on le trouvait encore sur Internet chez des libraires d'occasion. Et en fait, j'ai été très piqué. Par le chapitre que vous avez bien voulu me consacrer dans votre dictionnaire « Amoureux des écrivains français vivants », vous écrivez à la fin. Il faudrait que Jean-René sorte un peu des vieilles gloires militaires et qu'il parle un peu de la vie civile.
C'est à cause de vous. C'est ma faute. Je voulais vous montrer que j'étais capable de parler d'autre chose que de soldats. C'est vrai que dans les deux premiers romans, on va en parler d'ailleurs. Donc en fait, ce livre, c'est à cause de vous et grâce à vous. La police est en train d'intervenir pour vous empêcher de vous exprimer, ça ne m'étonne pas.
Comment on pourrait caractériser ce mouvement des nouveaux hussards auquel vous appartenez ? C'est le style, la nostalgie, un certain goût pour l'héroïsme ou bien une mélancolie ? de la décadence française ? Moi, je dirais que c'est d'abord le style. Le style et un comportement. Parce qu'ensuite, il y a beaucoup de subdivisions. Prenez par exemple notre ami Denis Tillinac, que nous avons connu en même temps.
qui a publié votre premier livre, Mémoire d'un jeune homme dérangé. Je me souviens encore de l'insipite. En ce temps-là, tout était grand. Nous avions de grandes mains, de grands appartements et de grands-parents. C'était un très bon début de roman. Et donc, si on prend Tilinac, il a été, tout au moins sur la fin de sa vie, très inquiet sur des questions métaphysiques et religieuses.
Ce n'est pas votre cas, ce n'est pas le cas de Neuf, ce n'est pas le cas de Patrick Besson. Peut-être que ça viendra. Peut-être que ça viendra. Et donc, en fait, je pense que c'est d'abord un comportement, c'est un style littéraire, une façon d'écrire un peu virevoltante, enlevée, légère.
comme l'étaient les hussards, parce que les hussards, vous savez, à la différence de la cavalerie lourde, c'est la cavalerie légère, qui faisait le sale boulot après d'aller tuer les blessés restant sur le champ de bataille. Et donc, les néo-hussards, ou néo-néo-hussards, ont cette espèce de nonchalance et d'impertinence. Voilà. C'est venu d'un article de Bernard Franck, publié dans les temps modernes en 1952.
Juste après la guerre, Bernard Franck attaque certains écrivains, Michel Déon, Roger Nimier, Antoine Blondin, en les qualifiant de fascistes. Jacques Laurent. Oui, Jacques Laurent également. À l'époque, Bernard Franck, il a 25 ans. Tout ça, c'est sur des querelles de petits jeunes. Et d'ailleurs, Franck sera vite exclu des temps modernes par Jean-Paul Sartre. Donc tout ça, c'est la vie littéraire de l'époque. Mais malgré tout, cette étiquette est restée des USA.
Sars, puis un peu leurs enfants, Éric Neuhoff, Patrick Besson, vous avez cité Denis Tillinac, Frédéric Berthet, qui est vraiment une plume extraordinaire. Frédéric, pardon de vous interrompre, mais j'ajouterais une chose qui... caractérise les Hussards, c'est le refus d'écrire des romans engagés ou des romans à thèse politique. C'est la désinvolture. On préfère une belle histoire d'amour.
avec un homme qui se comporte plus ou moins bien et une femme qui parfois se comporte très mal, mais souvent très bien aussi, on préfère écrire ça que d'écrire un roman à thèse.
¶ Fascination pour la Guerre et l'Armée
— Oui. Mais cela dit, c'est pas tout à fait exact. Parce que si on prend Nimier, il était quand même... Il parlait beaucoup de politique. Il était provocateur plus qu'apolitique. Vous voyez ? Les romans de Nimier parlent de la guerre. Ah oui, les épées, oui. Donc finalement, là aussi, il y a un point commun, parce que vous, vous êtes fasciné par la guerre, l'armée. C'est comme si vous cherchiez dans vos premiers romans à être un héros, ou à, disons, décrire...
des figures, de personnages qui ne parviennent pas à être héroïques, qui aimeraient l'être mais n'y arrivent pas. C'est vrai que dans notre époque, c'est difficile d'être héroïque. Et je n'ai plus l'âge de me réengager dans l'armée. Mais il est vrai que venant d'une famille... de militaire, du côté maternel, c'est le sujet de mon premier livre, La nostalgie de l'honneur, où j'ai dressé le portrait de mon grand-père maternel qui était un grand soldat.
Oui, le général Jean Crépin. Le général d'armée Jean Crépin, qui était compagnon de la libération, qui était le patron de l'artillerie dans la deuxième DB, celle de Leclerc, qui a fait toute la guerre avec Leclerc de 1940 jusqu'en Indochine en 1947. Pour vous, la Deuxième Guerre mondiale a commencé en 1939 et se termine en 1957. En tout cas, l'épopée Leclerc se termine en 1947. J'ai été très marqué par ça.
Et puis, je me suis rebellé contre le destin qui m'était promis, à savoir de faire Saint-Cyr. Et c'est l'époque où je suis tombé amoureux de la littérature, de plusieurs jeunes femmes qui m'ont convaincu que je n'étais pas tout à fait fait pour eux. Une guerrière militaire. Et puis, comme je ne faisais rien, j'ai été rattrapé par la patrouille, c'est le cas de le dire, et je suis parti faire mon service militaire. Et j'ai été pistonné par mon grand-père. J'avais le choix, m'a-t-il dit.
Un jour, tu as le choix entre les parachutistes, les troupes de marine ou les chasseurs alpins. Tu as 30 secondes pour me répondre. J'ai brudouillé ma grand-père, si vous pouviez m'envoyer dans les chasseurs alpins, ça serait bien. Deux mois plus tard, je partais et j'ai adoré la vie militaire. Il faut savoir que j'ai été pensionnaire.
longtemps chez les curés. Et j'ai toujours aimé la vie en communauté. C'est pour ça que j'aime le principe des bandes. Et la bande des Néo-Hussard me passionne. J'adore. D'ailleurs, ce soir, je dîne avec Éric Neuf. J'aime. J'aime ce principe de bande, d'amitié collective. Et j'ai adoré. Et puis, je me suis porté volontaire pour partir au Liban, comme c'était juste après le Drakkar. Un appelé du contingent n'avait pas le droit.
de partir en OPEX, comme on dit, opération extérieure, sauf s'il signait un contrat d'engagement, ce que j'ai fait. Comme en plus ma petite amie de l'époque m'avait largué, j'avais toutes les raisons pour partir. Après les chasseurs alpins, vous vous retrouvez dans la Finule, dans les Casques Bleus au Liban. Après l'attentat du Drakkar, ça avait fait combien de morts ? 58 parachutistes. Et donc, c'est un endroit quand même...
Dangereux, on peut le dire. Oui, il y a eu des morts dans ma compagnie. J'étais dans une compagnie dont le travail était de faire des escortes quotidiennes. Donc on tournait tous les jours en escortant des convois. Vous avez raconté ça dans votre deuxième roman, Le métier de mourir. Un petit peu, en le romançant. C'est vrai que c'était deux romans sur cette vie-là. Mais plus généralement, pourquoi ça vous fascine autant ? Pourquoi vous avez toujours besoin ?
¶ L'Intensité de la Guerre Aujourd'hui
Parce que même dans la vie en contre-courant, même s'il y a des nouvelles où il n'y a pas de militaires, il y en a quand même aussi quelques-unes qui concernent le sujet. C'est quelque chose qui vous obsède, en fait. En fait, Frédéric, je vais vous dire. On est dans une zone de guerre ou une situation de guerre. Tout prend un prix différent. On sait qu'on peut mourir le lendemain ou une heure plus tard.
Tous les instants prennent une intensité que je n'ai jamais retrouvée depuis dans la vie civile. Ce qui ne veut pas dire que je n'aime pas la vie civile, je la préfère évidemment. Mais on aime plus fortement, plus intensément en période de guerre. tous les écrivains le racontent très bien, Hemingway, comment s'appelle-t-il, cet écrivain américain, Romain Garry, Les Nues et les Morts, aidez-moi, Norman Miller, etc. Tous les moments sont intenses, notamment l'amour.
Je suis un peu nostalgique de cette intensité que je n'en trouve pas toujours dans la vie civile. Et en ce moment, on en parle beaucoup de la guerre. La guerre se rapproche, la Russie nous menace. Un général a dit que les jeunes devaient peut-être partir. au combat, ou il l'a dit autrement, vous pensez quoi de cette ambiance ? Donc ça doit vous réjouir ! Pas du tout, au contraire, ça me navre, et ça me rappelle ce que me disait mon grand-père, qui était polytechnicien, qui voulait...
devenir architecte. Et il m'a expliqué un jour, quand je lui ai demandé pourquoi il avait finalement choisi la carrière militaire, il m'avait répondu cette phrase « parce que nous sentions tous que la guerre venait ». Je pense qu'aujourd'hui, beaucoup de jeunes gens ressentent ça et d'ailleurs s'engagent. Oui, parce que...
Pour rassurer, le général ne disait pas que tous les jeunes allaient mourir, il disait que les soldats allaient peut-être devoir combattre et prendre ce risque-là. Il y a carrément une émeute dans la rue quand je dis ça. Non, ce général disait, ça a été très mal compris, qu'il fallait se préparer à se réarmer moralement parce que peut-être qu'un jour nous serions amenés à faire la guerre. Les gens ont compris ou ont voulu comprendre.
pour créer une polémique, qu'on allait envoyer nos enfants en Ukraine. C'est totalement faux, il n'a jamais dit ça. Mais vous pensez que, comme Musset, que vous êtes né trop tard dans un monde trop vieux ? Je vois où vous voulez m'emmener. Le vieux réac. Non, pas le vieux réac. Mais là, il se passe quand même des choses dans le monde qui font que le monde n'est pas vieux. Le monde est peut-être que nous, nous sommes vieux.
Nous, on ne sera peut-être pas dans les tranchées, mais en tout cas, on recommence à vivre une situation qui peut se rapprocher de celle des années 30. Tout à fait, c'est très inquiétant. Dans un monde trop vieux, vous avez raison, le monde n'est pas du tout vieux. Il fonce, ça va vite, ça dépote. Donc il y a mille choses à faire. fortune à bâtir, il y a des défis à relever. Donc, moi, j'adore mon époque. Ce qui me navre un peu, c'est qu'on abîme
ce qui marchait bien. Je préférerais qu'on améliore ce qui ne marche pas plutôt que d'abîmer ce qui marche bien. C'est intéressant parce que justement...
¶ Les Thèmes des Nouvelles
Parfaite transition pour parler de vos nouvelles. Il y en a une par exemple avec un type. qui tue un ivrogne parce qu'il a dit « j'encule la Sainte Vierge ». Alors, bien sûr, je ne vais pas raconter le contexte, il faut lire le livre, c'est un moment, donc il y a quand même cette... Cette obsession pour le sacré aussi. Ah oui, moi je pense que comme Sylvain Tesson, j'aime la verticalité et donc je ressens très fortement les forces telluriques.
Les forces venant de la Terre, moi je crois fondamentalement qu'on n'a pas le même caractère quand on est né en Picardie ou dans le pays basque. D'ailleurs, vous écrivez précisément chaque lieu de chaque nouvelle. Il y a des nouvelles en Bretagne, il y a la Normandie, c'est des endroits que vous connaissez bien et les descriptions sont très précises. C'est marrant, vous vous attachez de l'importance aux maisons.
Vous décrivez les maisons. Ça vous touche ? Vous pensez que les maisons ont une âme ? Je pense que les maisons ont une âme. Je suis sûr que votre maison, vous n'êtes plus à Guétari maintenant, je crois. Non, j'ai déménagé. Vous avez déménagé. Dans un lieu tenu secret. Dans un lieu tenu secret. Donc c'est pour ça que je n'ai mentionné que Guétari. Le colombage à Guétari, comme le colombage en Normandie, c'est magique.
C'est une espèce de leçon de beauté qu'ont inventé nos ancêtres en tenant compte du terrain. Parce que quand vous n'avez pas de pierre dans le sous-sol, que vous n'avez que de l'argile, vous avez des forêts, des bois. au-dessus des collines, on va prendre le bois pour construire une maison. Le...
Il y a un prêtre qui confesse un meurtre, il y a un montagnard qui meurt, les bras en croix, il y a un cambrialeur qui est coincé dans une cheminée, deux poivreaux aristocrates à la gare du Nord, et beaucoup de taxis. Dans vos nouvelles, pourquoi cette obsession pour les chauffeurs de taxi ? C'est vrai que dans ma jeunesse, j'ai été obsédé par le principe du taxi, parce que pour moi, c'est la liberté.
Et je ne sais pas si vous vous souvenez, Frédéric, à la fin d'un très beau roman qui s'appelle Le fil du rasoir, The Eraser's Age en anglais, de Somerset Maugham, le héros, Larry, qui a à peu près tout fait dans sa vie. qui a combattu pendant la première guerre mondiale dans l'aviation, qui est américain, finit par partir sur les routes.
du côté de Katmandou, chercher une nouvelle religion qui lui plairait davantage. Et puis, à un moment, Samasatmoum laisse entendre qu'au fond, il pourrait finir par devenir chauffeur de taxi. parce que c'est la liberté absolue, et parce qu'on ne sait jamais comment va s'amener la journée. Et moi, ça me fascine. Parce qu'on en retrouve beaucoup, il y en a plusieurs dans vos textes. Ça me fascine. Un client monte.
C'est le destin. Il va vous dire, emmenez-moi à Marseille. Oh, monsieur, Marseille, c'est un peu loin. Non, non, mais je vous paierai bien. Eh ben... Le soir même, vous dormez à Marseille. Ce n'était pas du tout prévu. Et je trouve que c'est terriblement romanesque. Oui, alors c'est ça. En fait, vous cherchez toujours quand même une forme d'héroïsme dans une époque qui ne le permet pas beaucoup. Oui, ou peut-être une forme de dignité.
¶ Vivre à Contre-Courant, l'Écriture
Je pense que la particularité de tous ces personnages, d'où le titre « La vie à contre-courant », c'est que ce sont des êtres qui essayent de faire le bien, mais paisiblement, modestement. sans se pousser du col, et qui vivent en fait un peu à contre-courant de leur époque. Il y a une nouvelle, je n'ai pas eu le temps de l'écrire, que j'aurais beaucoup aimé rédiger, ça aurait été l'histoire d'un...
d'un jeune homme ou d'un homme de notre âge qui décide de tout quitter, d'acheter trois hectares dans une forêt, de se construire une cabane, d'y vivre, de se creuser un puits. de planter des pommes de terre et de vivre comme ça. Parce que je crois que les choses les plus simples rendent heureux. La première nouvelle du recueil est à la première personne.
Et du coup, je voulais vous demander, est-il exact que vous jouiez à la roulette russe en revenant du Liban ? Non, non, c'est totalement faux. Cette nouvelle, qui ne ressemble à aucune autre... Je m'en étais inspiré, lorsque je l'ai écrit, enfin je m'étais inspiré d'abord d'une saison en enfer d'Arthur Rimbaud.
Et puis également des poésies de l'autre aimant. Pas les chants de Mal d'Aurore, mais les poésies de l'autre aimant. Et j'adorais cette façon qu'il avait de revenir à la ligne en permanence, avec des phrases qui claquaient comme des rafales de mitraillettes. et des images poétiques façon surréaliste. Je vais lire un extrait de la préface d'Eric Nehoff, qui vous décrit assez bien, je trouve.
jean rené a toujours été démodé vous pouvez commenter hein c'est une autre façon de dire qu'il est un classique on entre dans ce volume comme on prend un taxi un peu tard le soir comme on regarde le nez collé à la vitre les silhouettes aux fenêtres du premier étage, ces inconnues vues de dos dans leur petite robe noire. Cela prouve que l'alcool... Ah non, pardon !
Pardon. Cela prouve que la littérature est l'alcool que préfère Jean-René van der Pletsen, définitivement écrivain. L'entrée à l'Académie française d'Éric Neuhoff est une forme de consécration pour ce mouvement littéraire des néo-hussards. Tout à fait. Et j'espère bien que le prochain, ça sera vous, Frédéric. Et vous donc ? Non, non, non. Ça n'est pas dans mon plan. Mais le...
Nous sommes déjà chez la Pérouse, qui est une institution aussi, qui date à peu près de la même époque, enfin bon, à une centaine de siècles après. Non, mais je pense que ce petit mouvement de néo-hussard a donné de très beaux fruits. Vous avez évoqué tout à l'heure de regretter Frédéric Berthet. Formidable écrivain. Daimler s'en va est un petit chef-d'oeuvre que je mets pratiquement au niveau de... Enfin, quand même pas, mais pas loin d'un roman fidgeraldien.
¶ Le Style Littéraire et l'Imparfait
Pour revenir à des considérations plus dichotomiques, manichéennes, est-ce qu'il y a une différence de style entre la droite et la gauche ? Vous pensez que... Est-ce qu'il y a un style de droite et un style de gauche ? Certainement, mais vous avez aussi... Des hommes de gauche qui écrivent comme des hommes de droite. Je pense par exemple à Jean-Paul Antoven, qui est un formidable styliste. Il y avait Roger Vaillant à l'époque. Il y avait Roger Vaillant. Hussard de gauche.
Louis Aragon avait beau être communiste, il écrivait comme un homme de droite. Mais ça veut dire quoi ? Mais en revanche, je connais peu d'hommes de droite qui écrivent comme des écrivains de gauche. Mais c'est une brièveté ? C'est une sécheresse ? C'est la vitesse ? Sans doute, c'est la vitesse, c'est ce que vous dites. La brièveté, c'est le goût des images, le goût de la musicalité aussi.
On peut dire ça sur Sagan alors aussi. On peut dire ça sur Sagan évidemment. Et là ce que vous avez lu d'Éric Neuf, c'est très musical quand il évoque les petites robes noires à travers les vitres et avec le passager d'un taxi. Tout ça, c'est mélancolique. En fait, je pense qu'un bon roman doit être écrit à l'imparfait. Parce que je pense que l'imparfait de l'indicatif, c'est le temps...
de la nostalgie, de la mélancolie. Et dès que vous êtes au passé composé ou au présent, vous modifiez les choses. Donc pour moi, l'idéal, c'est la narration à l'imparfait et dès qu'il y a une action... Ce que j'aime dans l'imparfait, c'est le mot imparfait. Dire que le monde est imparfait, c'est de droite. Il y a tout de même une grande différence entre nous deux.
¶ Le Long Chemin vers l'Écriture
C'est que moi, en 1990, j'ai publié mon premier roman à la table ronde, comme vous l'avez dit, et vous, vous avez attendu 2017, c'est-à-dire 27 ans. Alors que vous étiez déjà dans la même revue que moi en 1990. Pourquoi est-ce que vous avez mis autant de temps à devenir, et à publier, et à devenir romancier ? Complexé, sûrement.
complexée par la réussite de mes amis. Le travail, le métier de journaliste que j'exerce ne me laissait pas beaucoup de temps. Alors, les journalistes... Ils ne vous en laissent toujours pas ? Ils ne m'en laissent toujours pas. Et c'est pour ça aussi que j'ai voulu écrire ces nouvelles. Je réponds de façon indirecte ou avec une digression à votre question, Frédéric. C'est que, à la différence de vous, vous avez combien de livres ? Je ne sais pas, une quinzaine. Une quinzaine.
n'écrirai jamais 15 livres. Je n'aurai pas le temps. Donc j'essaie, je me donne comme objectif d'en écrire 5 ou 6. Et c'est pour ça que j'ai voulu toucher au genre de la nouvelle qui est beaucoup plus difficile en fait que le roman. pour essayer de laisser quelque chose, et puis pour essayer de dire à mes amis, dont vous faites partie, « Eh les amis ! »
J'existe aussi, et puis j'essaie de faire des choses pas si mal. Mais c'était aussi une attente de l'inspiration, vous avez besoin de temps pour... pour écrire ce premier roman sur cette figure écrasante de votre grand-père qui était un héros de la guerre. En fait, pour tout vous dire, j'avais renoncé à écrire. Et puis, le jour de l'assassinat du père Hamel...
dans son église, je m'en souviendrai toute ma vie, c'était le 26 juillet 2016, j'ai eu la certitude que la guerre allait revenir en France. Et le lendemain... Je n'ai pas dormi la nuit. Le lendemain, j'ai commencé ce livre sur mon grand-père, qui a été écrit en trois mois. Il m'a fallu ce déclic, et qui était un peu comme la mémoire involontaire que décrit Marcel Proust. Soudain...
Avec cet assénat barbare, tout ce que me racontait mon grand-père et que j'avais mis au fond de ma poche avec trois mouchoirs par-dessus m'est revenu. Non mais parce que... Je ne suis pas là pour vous flagorner, mais c'est une... précaution que n'ont pas beaucoup d'auteurs. La plupart des gens écrivent un peu trop. Vous, vous avez mis 27 ans à écrire votre premier roman. Donc, je veux dire que vous avez une haute idée.
Non pas de vous-même, mais de la littérature. Vous étiez tétanisé, en fait, parce que vous aimez tellement les écrivains dont on parle. que peut-être vous n'osiez pas. C'est ce qui est arrivé à Philippe Tesson et c'est ce qui est arrivé à Renaud Matignon. Ils se faisaient une si haute opinion et idée de la littérature, finalement, qu'ils n'ont écrit que des articles merveilleux.
de qualité littéraire absolue, mais ils n'ont pas pu faire un grand roman. Et chaque fois que je demandais à René Métillon « mais pourquoi n'écris-tu pas un roman ? », il me répondait toujours « j'ai fait cinq feuillets, je les ai relus ». c'est beaucoup moins bien que Paul Valéry. Alors j'ai tout mis à la poubelle. On est tous moins bien que Paul Valéry. Et c'est la raison pour laquelle je pense qu'en fait, ce ne sont pas les traits, ce n'est pas le premier rayon.
¶ Trouver Son Style d'Écriture
qui vous pousse à écrire. Ce n'est pas Goethe, Shakespeare ou Victor Hugo ou Cervantes ou Dante. Non, parce qu'il nous intimide. Il nous intimide. En revanche, c'est le second rayon. Je me dis, tiens, je pourrais peut-être faire mieux que... Ou aussi bien. Un tel ou un tel. Alors, est-ce que, par exemple, est-ce que Fitzgerald, c'est le premier rayon ou le second rayon ? Pour moi, c'est entre les deux. Oui, mais il est moins intimidant.
Il est moins intimidant. Et il est plus fragile. Victor Hugo est un demi-urge. Shakespeare aussi. Goethe aussi. Fitzgerald, il nous ressemble. Il est blessé. C'est un homme blessé. Justement alors, maintenant que vous avez publié trois livres, est-ce que votre vision de la haute littérature qui vous impressionnait tant, est-ce qu'elle a changé ? Est-ce que tout d'un coup, vous ne vous dites pas « Oh ben, ce n'était que ça ».
Je suis toujours très respectueux, mais en revanche, je pense avoir trouvé mon style maintenant. Une écriture où j'élague systématiquement les adjectifs, j'essaye de voir des phrases. simple, ce qui ne veut pas dire qu'elles ne soient pas travaillées, mais en tout cas musicales, et des dialogues. Parce que je pense que le dialogue donne de la vie dans un livre.
ou dans une nouvelle, il y a plusieurs nouvelles qui sont entièrement dialoguées. Et quand Eric Nehoff dit que vous êtes démodé, que vous avez toujours été démodé, est-ce que vous le prenez comme un compliment ? Je le prends comme une taquinerie. Mais c'est affectueux. En fait, dans ces nouvelles, on a l'impression parfois qu'elles sont assez inactuelles. Ce n'est pas un reproche, mais il y a le monde qui nous entoure.
parler, puisque vous êtes journaliste, dans un grand magazine. Alors là, vous pouvez vous exprimer autant que vous voulez sur l'actualité. Mais quand vous faites un livre, c'est autre chose. C'est plus l'actualité. Tout à fait. L'histoire de cet homme guide de haute montagne, parce que ça c'est très important, je prends des gens de tous les milieux. J'ai une maison à la campagne en Normandie, j'aime infiniment...
les Normands, ce peuple normand, que j'aime plus qu'infiniment, tendrement. C'est assez drôle parce qu'on reçoit la semaine prochaine Michel Onfray. qui est un ami à vous, et vous le voyez, et il apparaît dans ce livre. Il apparaît d'ailleurs dans une des nouvelles. Je ne peux pas raconter, mais il est question de la baignoire de Marat. Oui, parce qu'en fait, Michel Onfray a écrit trois livres sur Charlotte Corday.
Et vous savez évidemment que Charlotte Corday a assassiné Marat. Charlotte Corday que Lamartine a surnommé l'ange de l'assassinat. Et il se trouve que... que je suis parti à la recherche de la baignoire de Marat. Qui apparaît sur une plage en Normandie. Qui apparaît sur une plage en Bretagne. En Bretagne, pardon. Mais donc, je vous interromps plus, mais c'est...
arrivé dans cette entrée en littérature qui a été la vôtre en 2017, est-ce que finalement vous êtes déçu ou vous êtes enthousiaste ? Non, alors je suis enthousiaste, c'est un métier d'artisan, d'écrivain. Pour tout vous dire, cette première nouvelle qui était très ambitieuse, mon premier texte publié, inspiré à la fois de Lautré Hamon et d'Arthur Rimbaud, comme personne ne m'en a parlé, je me suis dit...
C'est foutu. Un livre ne changera jamais le monde. Et donc, je me suis dit, après tout, peu importe. Ça, c'était en 89. Ça, c'était en 89. Il s'est passé 27 ans, ou même 28 ans. Avant que vous n'osiez recommencer. Tout à fait. Et puis là, maintenant, je me dis, je vais avancer lentement. Je vais essayer d'écrire des bons livres, dont je n'ai pas honte.
en essayant d'être au plus près de la vérité décrite. C'est pour ça que j'aime beaucoup les descriptions. J'ai d'ailleurs pu observer que décrire la nature est pratiquement ce qui est le plus difficile. Et puis... Je considère que c'est une politesse pour le lecteur. Prenez un roman germanopratin typique, comme ils sont publisent tout le temps. Vous avez, admettons, Aristide, qui est amoureux...
d'Hélène, ils sont au café de flore, ils se discutent, on ne sait pas s'ils sont au rez-de-chaussée ou au premier étage, ce qui n'est pas la même chose, parce qu'on n'a pas la même discussion au rez-de-chaussée ou au premier étage. Et puis, soudain, ils sont... dans une chambre au sixième étage, et on ne sait pas comment ils sont montés.
Et voilà, ça s'appelle une ellipse. Ça s'appelle une ellipse. Non, mais c'est vrai que, de toute façon, ce livre est mauvais si le type s'appelle Aristide, à mon avis. Aujourd'hui, il faut qu'il s'appelle Mike. Voilà, Mike. Je ne sais pas. Bon, bref. On joue...
¶ Héroïsme Humble et Personnages
Je devine tes citations. Je vais vous lire des phrases tirées de vos trois livres. Vous devez me dire dans lesquelles je les piochais. Son gendre qui avait fait l'ENA et n'en était pas moins un abruti ne connaissait pas la vie de campagne. La dernière nouvelle qui s'appelle « La vie à contre-courant ». Voilà, 2025. Alors évidemment, je rigole bien parce qu'il avait fait l'ENA et il n'en était pas moins un abruti.
On comprend quelque chose. C'est votre vision. Le personnage est colonel de l'infanterie de marine en retraite en Normandie à 73 ans. Il décide de partir en bateau jusqu'à la mer. Vous avez pensé à Un singe en hiver ? Est-ce que ça m'a fait penser au personnage d'Albert Quentin ? Bien sûr, avec le Yong Seqiang. Voilà. Non, en fait, vous n'êtes pas loin, Frédéric.
Imaginez Jean Raspail dans cette maison qui est à côté de chez moi en Normandie. Et quelqu'un qui a très bien connu Jean Raspail m'a dit « Jean Raspail, à la fin de cette nouvelle, aurait fait... » Sauter le château. Et je me suis dit que ça a été trop brutal, trop violent, et j'ai préféré une chute un peu plus poétique. Il y a la même idée, presque la même histoire, dans une autre nouvelle qui s'appelle Les bras en croix, où un ancien chasseur alpin va...
Préparer une croix dans la montagne des Pyrénées. Alors là, plus près de chez moi. Tout à fait. C'est quand même marrant. À chaque fois, c'est comme des anciens combattants. Oui, c'est des vies de gens modestes. qui essayent de faire le bien à leur mesure. Et là, en l'occurrence, ce guide de haute montagne, qui est à la retraite, qui a une famille, aime tellement sa belle montagne des Pyrénées qu'il...
constate un jour que les calvaires sont systématiquement abîmés, brisés par des vandales. Et il se dit... Le bien agit à bas bruit, toujours, ne fait pas de bruit. Et il se dit, je vais restaurer ces calvaires. Il passe sa retraite à restaurer ses calvaires. Il y a un côté Jack London aussi. Exactement. Une autre phrase de vous. C'était déjà bien de rester dans le souvenir de quelqu'un. Le métier de mourir. Exact.
Pris Renaudot des lycéens en 2020. Et là, c'est deux personnages. Il y a un vétéran encore. Vous voyez quand même que ça vous travaille. C'est un vétéran qui s'appelle Belfast. Et Favrier, c'est un jeune. qui vous ressemble, en 1985 au Liban. Tout à fait. Belfast, c'est une histoire vraie. C'est quelqu'un que vous avez rencontré ? Non, mais c'est une histoire vraie que m'a racontée mon grand-père quand il a fait la guerre d'Indochine. C'est l'histoire d'une vengeance.
Comme le comte de Monte Cristo, comme Edmond Dantes. Sa famille a été décimée dans les camps de concentration et il n'a qu'une idée fixe, tuer le bourreau et le tortionnaire de sa famille. Et ça va l'emmener jusqu'au bout du monde. Et c'est le récit de cette vengeance que je raconte dans le métier de mourir. Une autre phrase. Aujourd'hui, lorsque je vous regarde, vous autres adolescents...
¶ Bonheur, Plaisirs et Générations
Il me semble que vous n'êtes pas aussi heureux que nous l'étions au même âge. La nostalgie de l'honneur. Exact. Vous pensez ça de la génération Z, qu'ils ne sont pas aussi heureux que nous l'étions à leur âge ? 20 ans. Je vous ai connu dans ces eaux-là. C'est vrai qu'on s'amusait bien. On s'amusait bien. Je pense que ils sont peut-être un peu plus dissipés.
Enfin, leur attention n'est plus dissipée. Mais je les vois, ils s'amusent énormément. Mon fils de 18 ans s'amuse tout le temps. Il est très heureux de vivre. On est rassuré alors. Et est-ce que vous vous souvenez de la suite de la phrase ? La suite de la phrase. Donc, aujourd'hui, lorsque je vous regarde, vous autres adolescents, il me semble que vous n'êtes pas aussi heureux que nous l'étions au même âge.
Votre époque vous incite à rechercher les plaisirs qui ne durent pas, là où nous avions le bonheur qui dure longtemps. Ça c'est important. Ça c'est une phrase que me disait souvent mon grand-père, effectivement, en nous observant. Mais on parle d'une époque, au début des années 1900, où il y avait très peu de distractions. Et pratiquement tout le monde... travaillaient dur. Même les bourgeois, même les grands-bourgeois, travaillaient.
Mais est-ce que vous n'avez pas cette impression que, au fond, ce qui distingue les anciennes générations et la nôtre, et peut-être les suivantes, c'est que eux connaissaient le bonheur et nous, nous n'avons que le plaisir. Je suis sûr de ça, oui. C'est la phrase de mon grand-père. Mais c'est quoi la différence ? C'est le risque. Le plaisir, ça ne dure pas. Et que c'est une drogue. Quand on a commencé à chercher...
Quand on se lance dans la sarabande des plaisirs, ça ne s'arrête pas. Oui, donc on devient addict à plein de choses. Voilà, et c'est pour ça que je pense que des hommes comme Michel Onfray, qui n'est pas dans la recherche du plaisir... est finalement beaucoup plus équilibré, beaucoup plus heureux que beaucoup d'autres écrivains qui passent leur nuit dans les boîtes de nuit, comme vous ou moi, à une certaine époque. Une autre phrase de vous.
Dans ma famille, on se sent bien parmi les antiquités. C'est dans quel livre ? Je pense que c'est dans une nouvelle de la vie à contre-courant. Vous avez tout bon depuis le début. Mais c'est vrai, on se sent bien parmi les antiquités, là encore. Vous écrivez sur une France oubliée, vous pensez ? Regardez ce décor. Oui, il est toujours là. Il n'est pas oublié, il est sublime. C'est vrai que j'ai été élevé dans les Antiquités. Ça crée un goût pour toujours.
Je serais curieux de voir comment les jeunes gens qui ont été élevés dans des grands appartements blancs, sans tableau, quelle forme de beauté ils vont inventer. Vous êtes né à Lubumbashi, qui s'appelle Elisabethville, en République démocratique du Congo, en 1962. Est-ce que vous vous rappelez... de votre toute petite enfance en Afrique avant d'aller au lycée Jansson de Sailly, Paris XVIe ? Aucun souvenir. Aucun ? Aucun souvenir, parce que j'en suis parti à...
à l'âge de 9 mois. C'était la guerre civile. Je pensais que c'était au moins 3 ans, moi. À l'époque, mon grand-père, qui était commandant-chef en Algérie, avait dit à ma mère « Il n'est pas question que tu accouches en Algérie. » C'est trop dangereux, compte tenu des fonctions que j'exerce. Va donc chez tes beaux-parents au Katanga.
Donc, maman est partie avec papa au Katanga, où mes grands-parents paternels avaient des propriétés et des usines. Et trois mois plus tard, début de la guerre civile. Voilà, donc je suis né en pleine guerre civile. Je comprends mieux pourquoi vous êtes obsédé par la guerre, c'est que c'est la guerre qui est obsédée par vous. Exactement, elle me suit tout le temps. Autre phrase, l'homme... Ah pardon, je refais.
¶ Honneur et Antisémitisme Contemporain
L'honneur, c'est comme les allumettes, ça ne sert qu'une fois. Où avez-vous dit ça ? C'est vraiment de vous. J'aime bien ça. L'honneur, c'est comme les allumettes, ça ne sert qu'une fois. Je donne ma langue au chat. Ce n'est pas dans un livre, c'est dans un entretien. J'ai trouvé ça dans une interview de vous et je trouve ça très juste. On va être testé sur cette question de l'honneur.
Dans pas très longtemps, justement, si la guerre approche. Là, on verra. Il faut tout faire pour l'en empêcher, parce que c'est atroce. Et je pense quand même qu'on pourra... empêcher ce mouvement. Autre phrase, la dernière. Il ne s'était jamais senti juif avant qu'on ne l'oblige à porter une étoile jaune.
Ça, c'est le personnage de Belfast dans Le métier de mourir. Le métier de mourir, 2020. C'est encore le drame des Juifs aujourd'hui, c'est-à-dire que ce sont les autres qui les obligent à l'être. Quand bien même certains n'ont pas envie même de parler d'Israël, on leur met cette étoile jaune, encore aujourd'hui. Surtout aujourd'hui. C'est terrible de constater. qu'après tout ce qui s'est passé au milieu du XXe siècle, ces idées-là prospèrent de nouveau. Moi, ça me désole absolument.
Je voudrais citer une phrase du propriétaire de la Pérouse, Benjamin Patou. Il dit souvent « Je ne suis pas juif, mais j'aurais mérité de l'être ». En ce moment, c'est un peu ce que je pense. On a envie d'être juif pour ne pas les laisser seuls. Exactement. Alors, on passe au questionnaire.
¶ Questionnaire Littéraire : Part. 1
Ici, je vous ai donné des questions. On commence par vos goûts littéraires ? Un livre qui vous donne envie de pleurer ? Pour qu'il sonne le glas d'Ernest Hemingway. Et évidemment... Gatsby le Magnifique, de Scott Fitzgerald. Pourquoi ? C'est quoi ? C'est encore la mélancolie ? C'est deux descriptions de l'amour absolu. Dans le cas de Gatsby, c'est un amour fantasmé qui ne se réalise pas. Il va payer le prix de cet amour, de s'être approché trop près de cet amour.
il va le payer de sa vie. Et dans le cas de Pour qui sonne le glas, c'est la reconstruction d'une jeune femme qui va être obligée de renoncer à l'homme qu'elle aime parce qu'il va se sacrifier. Pour sauver son groupe d'amis. Un livre pour arrêter de pleurer. Pour qu'il sonne le glas et Gatsby le magnifique. C'est si beau que ça fait pleurer. Mais ça stoppe les pleurs tant ce sont deux chefs d'avant. Un livre pour crâner dans la rue. Une saison en enfer d'Arthur Rimbaud.
Ah oui, Arthur Rimbaud. Là, vous êtes sûr de tomber sur une femme attirée par la poésie. Donc il y a toutes les raisons que ça colle. un livre qui rend intelligent. Évidemment, l'autre chef-d'œuvre, un autre chef-d'œuvre qui est celui du petit Marcel, À la recherche du temps perdu. Oui, il décortique tellement les choses que ça fait travailler. Tout y est. Il invente la mémoire involontaire, il invente la place de la jalousie dans l'amour, il décrit...
Il montre qu'un tout petit monde peut devenir un grand monde. Et en plus, il connaissait La Pérouse, puisque le restaurant est cité dans la recherche. Exact. Un livre pour séduire. La plus belle histoire d'amour du XXe siècle, Aurélien de Louis Aragon. Très bien. Qui est un portrait, comme vous le savez, de Drieu Larochelle. Et autant Drieu Larochelle a raté Gilles, autant...
¶ Questionnaire Littéraire : Part. 2
Aragon a formidablement bien le récit Aurélien. On le voit vivre, on l'aime. Un livre que vous regrettez d'avoir lu. Sans hésitation, Passion simple d'Annie Ernaud. Oh ! Mais c'est son meilleur ! J'aime bien. Je suis, en règle générale, assez contre la littérature du jeu, je suis contre le fait qu'on se déshabille. qu'on se mette à nu c'est pour ça que j'essaie toujours d'avoir des personnages qui sont loin de moi et que j'essaie de
Oui, enfin, ils sont loin de vous, mais ils vous ressemblent beaucoup quand même. Certainement. C'est un jeu. Un livre que je fais semblant d'avoir fini. Ulysse, de James Joyce. Est-ce que vous l'avez fini, vous ? Mais en fait, il ne faut lire que la fin. Le monologue de Molly Bloom, qui est très beau, et pas forcément toutes les pages qui précèdent. Je ne suis même pas parvenu jusqu'au monologue de Molly Bloom. Un livre que j'aurais aimé écrire.
Ça va être encore Gatsby ? Non, un singe en hiver. Ah oui. Quelle formidable description de l'amitié. Quelle formidable... Ça me fait penser à cette lettre de Roger Nimier à Antoine Blondin. Roger Nimier, qui s'est tué en voiture, comme vous le savez, et lorsque Nimier est mort...
Blondin a vraiment sombré dans l'alcoolisme, il était inconsolable. Et il y a une lettre de Nimi à Blondin, que je connais par cœur, La Chute. Un jour, lorsque nous serons bien vieux et bien fatigués, nous réveillonnerons. au pied de nos hôtels particuliers, d'une gamelle de nouilles et d'un don pérignon qui aille avec. Nos mères, qui sont immortelles, viendront nous jouer de la musique dans le froid. La tienne jouera du violon.
la mienne de l'accordéon, et, ce soir-là, il n'est pas impossible que nous soyons heureux. C'est toute amitié. C'est la définition même de l'amitié. Enfin, un singe en hiver, c'est aussi une question... Enfin, ça parle aussi d'un autre sujet. Ça parle aussi de l'alcoolisme. Voilà. Quel est le pire livre que vous ayez jamais lu de votre vie ? L'inceste, de Christine Mangot.
Ah ! Vous trouvez que c'est... Ah, je trouve que c'est... Enfin, ça me heurte. Ah oui, mais c'est fait pour. Voilà. Je pense que... La littérature vécue comme une psychanalyse, ce n'est pas pour moi. Je comprends très bien que ça... Il y a une force. Surtout au moment où elle l'a publiée. Parce qu'aujourd'hui... Il y a beaucoup de livres comme ça, mais à l'époque, c'était très nouveau. Mais bon, moi, ça me tombe des mains.
Et enfin, un livre que vous apprendriez par cœur pour le transmettre aux générations futures dans un monde où les livres seraient brûlés et interdits. Comme dans Fahrenheit 451. Une nouvelle. de Ernest Hemingway qui s'appelle Collines comme des éléphants blancs. C'est un dialogue en Espagne, une gare déserte dans un semi-désert entre un homme et une femme. C'est déchirant, on a les larmes aux yeux.
On comprend que l'homme pousse cette jeune femme à aller avorter. On ne saura jamais si c'est son père, son mari ou son amant. En anglais, il dit « my girl ». C'est mal traduit en français, on dit « ma chérie ». Mais ça montre toute la lâcheté de l'homme, ça montre toute la noblesse de la femme, et ça montre aussi... jusqu'où l'amour peut aller, puisqu'alors qu'elle veut garder le bébé, elle acquiesce à la demande de l'homme. C'est bouleversant. Merci infiniment, Jean-René, d'être venu.
discuter comme ça chez la Pérouse, et j'espère que comme ça, les gens qui nous regardent vous connaissent un peu mieux. Merci, cher Frédéric, de cette invitation. Merci beaucoup, et donc je vous... Conseil fortement de lire la vie à contre-courant de Jean-René Van Der Pletsen aux éditions du Rocher.
Les exemplaires de la revue Rive Droite, je les garde pour moi, parce que je suis un peu snob. Merci infiniment de continuer à nous suivre, à envoyer des cœurs, ça fait plaisir. Et puis, n'oubliez pas la littérature. est au cerveau ce que le sport est au corps. À la semaine prochaine. Bonsoir.
