¶ Cy: Parcours et Débuts d'Anna
Bonjour à toutes et à tous, je suis Mathieu Charrier, ravi de vous accueillir dans 9e Art, le podcast de la Cité Internationale, de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême. Dans chaque épisode, une autrice ou un auteur se raconte, revient sur sa pratique, sa carrière, son actualité, sa vision du 9e art et répond à notre questionnaire de Proust version BD.
Moi, je suis autrice de bandes dessinées. J'ai fait plusieurs bandes dessinées qui parlent de sexualité, qui parlent de radium et qui parlent d'épopées de piraterie. Et ma passion, c'est le traditionnel. Et de temps en temps, je pose du carrelage dans ma cuisine. Bonjour Si ! Bonjour ! On est ravis de te recevoir pour parler notamment du dernier tome d'Anna et l'Entremonde qui vient de sortir, tome 3 sur 4.
Donc ce sera bientôt le dénouement. On parlera aussi justement de ta carrière, des radium girls, effectivement tu l'évoquais, de tes réseaux sociaux, parce que c'est intéressant, je trouve la démarche que tu as sur tes réseaux sociaux. Mais d'abord donc, Anna et l'Entremonde, tome 3 sur 4.
On est toujours partis sur 4 tomes ? Ah oui, c'est 4 tomes. Je tente un petit résumé très succinct, mais l'histoire d'Anna et Domingo, deux orphelins qui embarquent sur la caravel de Christophe Colomb, sauf que... dans ton monde, dans votre monde, avec Marc Dubuisson qui est au scénario, et bien la Terre est plate. Et donc à un moment donné, il se retrouve à tomber, cette caravelle se retrouve à tomber dans une sorte de...
de grands trous, et ils sont dans un monde un peu parallèle, peuplé notamment de dangereux pirates. Je précise que c'est Marc Dubuisson qui est au scénario, donc toi tu dessines en traditionnel, en couleur, tout ça, on va en parler, mais quelle fut ta première réaction quand il t'a parlé de ce projet ? marques ? Alors en fait le truc c'est que il faut que je mette un peu de contexte parce que moi à la base je me targuais vraiment je disais non moi je veux pas bosser avec des scénaristes non
Je ne prévoyais pas du tout de faire un récit qui se voulait d'entrée jeunesse. Mais c'est juste qu'en fait, on était au cœur du confinement et je patinais très fort sur un autre projet. qui était trop connexe à la BD que j'avais fait avant. Et juste, en fait, Marc m'a dit écoute, moi, j'ai un scénario dans mes cartons depuis 2014. J'aimerais bien que tu me donnes ton regard. d'autrice mais aussi c'est un ami surtout mais t'inquiète pas parce que quand un scénariste donne un scénario
un dessinateur et une dessinatrice, ça sous-entend quelque chose. Il m'a dit, mais t'inquiète pas, c'est pas pour que tu le fasses, c'est juste, je veux ton retour éditorial. Et en fait, je l'ai lu, et c'était la première mouture, donc ça ressemblait pas exactement à ce qu'on a maintenant, et j'ai trouvé ça...
Incroyable. Vraiment, la métaphore que je donne, c'est comme quand toi, au restaurant, tu prends un plat pas ouf et que ton pote, il a un pur plat à côté. J'ai bien envie d'avoir le même. Et en fait, juste, je l'ai lu. Je me suis dit, son univers est trop cool. Je lui ai dit, pourquoi tu penses que je ne peux pas le dessiner ? Il m'a dit, pourquoi tu veux le dessiner ? Puis c'est parti comme ça.
Il n'y a pas un côté effrayant à se dire qu'on part pour utiliser six tomes au départ, finalement quatre, mais pour plusieurs années de dessins sur un même univers. Là, on dit merci à l'inconscience. On ne se rend pas vraiment compte tant qu'on n'a pas fait de la série parce qu'on y va un peu fleur au fusil. C'est marrant, Marc s'est excusé plusieurs fois d'avoir pris 4 ans de ma vie. C'est drôle. Comme si, genre... Parce que Marc, c'est vraiment...
Une personne en or, tu vois. Mais on y allait ensemble. Je savais très bien sur quoi ça allait. Mais c'est vrai que c'est assez effrayant. Et en même temps, on a la place de développer un récit, ces personnages. C'est grisant. Effrégrisant. Voilà. C'est pas mal. Ça t'a donné envie de retravailler avec des scénaristes après ? Alors oui, peut-être pas tout le temps, parce que j'aime bien aussi avoir mes histoires et être aussi au pôle scénariste. Mais en fait, je serais jamais allée.
de la fantaisie piraterie s'il n'y avait pas un autre cerveau avec un autre imaginaire qui m'avait donné ça. En fait, c'est une porte ouverte sur un monde où tu ne serais pas allé de bosser avec un scénariste. Et en fait, c'était hyper bien. Peut-être que c'est possible de retourner, mais c'est pas n'importe qui. Marc, ça faisait des années qu'on se connaissait, etc.
¶ Anna: Création, Public et Messages
Pourquoi pas ? Il y a un gros travail de documentation sur une BD comme celle-là. Parce que tu dessines plein de bateaux. On est au 15e siècle. Est-ce que tu as fait des recherches particulières ? Est-ce que tu en as fait plus que sur Adium Girls ?
qui était adapté d'une histoire vraie, donc il y avait une responsabilité historique aussi. Comment, voilà, la différence entre les deux ? Alors la différence, alors Radium Girl, c'était, alors là on était, en plus, là il y avait un vrai truc, c'est que j'étais obligée d'être calquée sur l'histoire.
avec la mais sauf que je suis pas historienne alors que là même si la caravel la santa maria à lapin bout accroché au bon endroit je dis c'est un univers parallèle ou la terre les plates donc ça peut aller très vite je peux très vite répondre à ce genre d'affirmation mais en fait c'était différent parce que pour Radium Girls c'était
très lourd, c'était ça vraiment qui m'a fait patiner sur le projet suivant, qui était trop proche, où je me suis dit, en plus c'est lourd de sens, l'impact dans nos sociétés, très connexe, vraiment c'est une histoire qui m'a mis en colère, je suis toujours en colère, c'est un très bon fioul, mais c'est un peu fatigué.
Alors que pour Anna et l'Entremonde, c'était des recherches différentes. Ça veut dire qu'on avait tout à construire. C'est-à-dire que Marc arrivait avec son univers, mais il n'avait pas d'image sur son univers. Et donc moi, je suis arrivée, j'ai dû donner corps à ses personnages.
Parce qu'en fait, Marc, il y a plein de typologies de scénaristes, il y a plein de typologies de tandem dessinateur-scénariste. Marc n'est pas un scénariste directif. Ça veut dire qu'il propose, si je galère, il me fait des petites lignes supplémentaires. Mais en fait, moi, j'aime bien avoir ma liberté. Et donc, on a travaillé un peu en ping-pong. En gros, moi, j'ai une méthode de travail où je suis très feignante sur les croquis.
Donc je ne fais pas beaucoup de croquis préparatoire. Par contre, je ne travaille qu'avec des moodboards. Alors les moodboards, ça s'appelle des tableaux de tendance, on va le dire en français. Et en gros, sur Pinterest, tu peux compiler plein d'images, etc. Et moi, j'ai fait des tableaux. pour chaque personnage, chaque lieu, chaque ambiance, etc., pour avoir des références visuelles pour tout. Et c'est ça que je fais valider à Marc, plus les teintes, parce que je vis que pour la couleur.
On va en parler. Je précise qu'Anne L'Entremonde est considérée comme une BD jeunesse, bien que... plein d'adultes, voilà, la lise, et du coup, est-ce qu'il y a une manière particulière de travailler cette double cible, j'allais dire, si on peut dire ça comme ça, là, au Radium Girl, c'était une BD plutôt adulte, voilà, est-ce qu'il y a un petit changement ou pas ? Si, si, parce que...
Quand même, si. Ça veut dire que le sujet, on n'est pas obligé de se limiter, mais comment on le raconte et comment on le montre ? Il faut faire attention. Tu vas pas aller... Là, quand même, on pense qu'on est en cible d'entrée 9-10 ans. Donc c'est pas non plus les adolescents qui sont déjà très biberonnés à plein d'autres choses. Là, vraiment, c'est sur ça. Donc on fait quand même attention.
On fait attention, par exemple, et ça, c'est nos valeurs militantes qui parlent. On fait attention au rôle modèle, comment on les montre, etc. Sans pour autant en faire une BD PowerPoint pour mini gauchos, mini gauchos militants et tout, même si nous, on adore. Mais il y a... En fait, on n'est pas sur une BD Powerpoint, juste on propose un récit qui mêle avec nos valeurs qui sont ce qu'on est. Donc oui, on fait quand même attention. Il faut quand même en avoir conscience.
C'est intéressant cette dimension politique au sens sociétal, comment on la dissémine, le féminisme, toutes ces figures modèles dont tu parlais, comment tu le dissémines dans l'histoire ou marque ? Est-ce que ça vient naturellement ou est-ce que c'est des moments où on rehausse certains personnages en disant celui-là, il faut qu'il soit particulièrement comme ça ? Non, non, en fait, c'est des choses qui... C'est ça qui est bien, c'est qu'en fait, on écrit et puis on se dit pas...
se mettre des checkpoints de féminisme, etc. C'est juste qu'en fait, c'est ça qui est important, moi, que j'ai découvert, parce que je disais que je ne voulais pas poster avec des scénaristes, et en fait, c'est pas n'importe quel scénariste. Nous, on a les mêmes valeurs avec Marc, on n'a pas eu besoin de se faire un TEDx avant pour faire...
savoir alors tu penses quoi sur ça, etc. Faire attention à la diversité, faire attention au féministe, faire attention au rôle modèle, amener des choses, par exemple, il y a un personnage dedans, il, elle, on s'en fout, en fait, ça n'a pas d'intérêt, mais...
On sait au regard de nos jours que c'est un truc qui cristallise beaucoup de débats, mais c'est un autre monde. Il y a des loups qui parlent, il y a des personnages transparents. Le genre n'a pas d'intérêt non plus sur ce genre de choses. C'est ce que permet le fantastique qui est absolument incroyable.
trucs on dit oui ça te mais pourquoi ça te gêne pas qu'il ya un loup qui parle donc ça désamorce beaucoup de beaucoup de réflexions là dessus ça c'est incroyable on adore si on revient un petit peu en arrière tu es
¶ Succès et Colère des Radium Girls
Tu es rentré dans la BD un peu par la grande porte. Le vrai sexe de la vraie vie, ça a bien marché. Il y a eu un succès d'estime, critique, etc. Directement. Ensuite, Radium Girls. Je ne sais pas combien ça en est, mais je crois que ça va dépasser les 100 000 ou 150 000. Non, non, non. Moi, je veux bien. Non, mais on arrive sur les 55 000. Voilà, parce que tu as beaucoup. Oui, oui, c'est très bien.
Quelque part, c'est pas aller trop vite. Alors, le vrai sexe de la vraie vie a eu un succès d'estime, mais pas tellement. En fait, c'était d'estime du lectorat, mais en fait, j'avais... pas du tout de médiatisation. Dans le monde de la bande dessinée, on ne connaissait pas, mais on s'en fout. C'est Radium Girl qui a tout brûlé.
Attention, apprendre avec des pincettes ce que je vais dire là, parce que c'est quand même un problème de privilégié. Mais j'ai entendu un auteur qui avait dit, le plus grand des malheurs à un auteur, c'est un immense succès. Parce qu'en fait, tout est au regard de ce succès, de ce que tu produiras.
C'est un problème de privilégier, il ne faut quand même pas se le cacher. On veut tous un succès parce que ça change tout dans nos vies, dans les portes que ça nous ouvre. Et puis, juste vivre, tout simplement. L'argent, tout simplement. Mais quand tu fais des bouquins qui sont très proches les uns des autres, on va toujours...
Essayer de te rattacher et te renvoyer au succès. Ce qui est un grand plaisir pour moi parce que accroche-toi pour raccrocher Anna et l'Entremonde à Radium Girl. C'est pour ça aussi que je n'aime pas du tout faire. Je ne fais jamais les mêmes trucs. Pour qu'ils ne soient pas connexes, etc. Pas par volonté pure, mais juste parce que je m'ennuie très vite. Mais oui, en fait, c'est vrai que c'est aller vite. Ça a tout changé. J'en suis très reconnaissante de ce qui s'est passé avec Radium Girl.
mais c'est vrai que par moments en fait quand tu le vis tu te rends pas compte et après tu fais ah ouais quand même c'était quand même un sacré ride et ça a pas bloqué chez Gléna ton éditeur qui est éditeur de Radium Girls et maintenant de Anna et l'Entremonde quand tu leur as dit je vais partir sur une série jeunesse en 4 tomes différente alors qu'en plus tu avais été
quand même étiqueté dans cette veine d'autrice qui porte des messages féministes, etc. Anna, il y a du féminisme, c'est pas le cœur du sujet. Ils t'ont pas dit chez Gléna, oh là là, mais attends, tu veux pas rester dans ton couloir de nage, là ?
Alors, en plus, c'était sur un projet quand je disais que j'étais sur un projet. Ça veut dire que mon éditeur, à l'époque, c'est pas le même celui qui est actuellement sur Anna et l'entremonde, etc. Parce que mon éditeur est parti dans une autre maison d'édition. Peu importe, c'est de la tambouille interne. Et en fait, moi, je patinais sur un projet qui était très proche. C'était encore de l'historique, mais dans les années 50. Et même moi, je me disais...
C'est bizarre parce que je déteste. En fait, il y a un truc très enfermant. Quand tu as un succès aussi, ça t'enferme. On attend de toi que de ça. On va te proposer que ça. Il y a des manches, genre, mais c'est pas parce que j'ai fait du féminisme qu'il faut me donner le béaba du féminisme et de me proposer que ça. On n'est pas que ça, mais en fait, ça c'est l'humain, de toute façon, c'est des canaux de facilité.
C'est comme ça qu'on est fait, donc il n'y a pas de vendetta là-dessus. Mais en gros, c'est vrai que quand Marc m'a proposé ce scénario, en fait, je n'avais pas du tout prévenu mon éditeur. C'est-à-dire que je suis allée au rendez-vous et s'attendait à voir de l'historique sur les années 50. Et je suis arrivée, j'ai fait « Bonjour ! » Alors, j'ai des planches.
on change de programme, on parle de la fantasy piraterie, d'ailleurs je te présente Marc, c'est mon scénariste, oui je bosse avec un scénariste maintenant, et puis en fait ça serait sur 4 tomes, vous nous suivez ou pas ? Bah écoute, c'est ça qui a été très agréable, c'est qu'ils ont dit OK.
alors peut-être qu'en interne ils ont fait elle casse les couilles j'en sais rien mais quoi qu'il arrive Glenna a suivi pour mon plus grand des plaisirs si on revient sur Radium Girl en quelques mots mais on est au début du 20ème siècle ces ouvrières américaines qui
qui sont tellement exposées au radium qu'au bout d'un moment, parce qu'à Peigny avec la peinture, avec du radium, les cadrans lumineux démontrent, elles sont tellement exposées au radium qu'au bout d'un moment elles deviennent elles-mêmes presque irradiantes, en tout cas on se rappelle ces planches que tu faisais dans ce livre-là. Qu'est-ce qui t'avait donné envie de raconter cette aventure, cette triste aventure à ce moment-là ? Alors, c'est la colère.
En fait, je suis tombée dessus par hasard. Et en fait, c'est un énième pan où des femmes ont été... évincer de l'histoire, parce que c'est même pas... On a tendance à dire oublié. Non, non, non, elles ont été effacées consciemment. Et en plus, ça cristallise beaucoup de choses, ça cristallise des enjeux de société, des enjeux de féminisme, etc. On est sur vraiment une plaque tournante de ces luttes. Et moi, je tombe là-dessus et je me dis mais c'est incroyable.
Incroyable, qu'est-ce qui se passe ? Bien sûr, plus tu lis, plus t'es énervée. Il faut savoir que moi, pour me rendre compte à quel point j'étais... impliquée en fait dans cette histoire je me suis mise à lire en anglais j'ai un très mauvais anglais donc pour me faire lire en anglais c'est que vraiment il y a parce qu'au fait au bout d'un moment tu tournes en rond parce que c'est des histoires d'ouvrières américaines et à l'époque donc en 2019 il y a beaucoup plus de choses qui sont sorties sur
les Radium Girls, mais en 2019, il y avait quasiment rien. En fait, les quatre articles en français qu'il y avait, ils biberonnaient du même article en anglais, et ainsi de suite. Et donc, c'est vrai que quand j'ai découvert ça, en plus, j'y suis allée fleur au fusil. Au début, je croyais que c'était un groupe de rock, un groupe de motornes, de chanteuses. Donc, bof.
Et en fait, c'était hyper incroyable. Et c'est vraiment la colère qui m'a tenue de bout en bout. Tu parlais de la couleur tout à l'heure, couleur directe. On te voit souvent sur tes...
¶ Couleur Traditionnelle et Processus Artistique
des comptes réseaux sociaux en train de peindre, c'est de la peinture. Comment t'expliques ce rapport aussi important à la couleur ? Tu disais que c'est presque pour toi le plus important, la couleur. Pourquoi ? C'est dur, c'est limite philosophique à ce niveau-là. En fait, c'est Julien Niel qui, par ses planches, avec Lou, m'a fait comprendre que la couleur valait autant que le trait, si ce n'est même plus maintenant pour moi. Si vous voulez me faire un beau compliment, flatter mes couleurs.
Voilà. Et en fait, je ne vis que pour la couleur. Ça veut dire que pour moi, la couleur fait forme, la couleur fait émotion. Tu peux tout faire transmettre par la couleur. Le parallèle que je dis, c'est la couleur, c'est la BO d'un trait. La même scène, si tu mets une musiquetrice ou une musique joyeuse, tu ne percevras pas la scène pareil.
Et donc, moi, j'ai un amour immense pour les couleurs, sur comment apposer, à quel moment. Et puis, en plus, ce n'est pas que la couleur, c'est la couleur en traditionnel. affecte au papier. Pour Radium Girl, j'étais sur le crayon de papier. C'est marrant parce que je les visualise comme des amis qui n'ont pas le même caractère.
Le crayon de papier, c'est plus brutal. Il faut y aller. Moi, je faisais des couches et des couches d'épaisseur, de pigments. C'était très éprouvant pour mon physique. On ne croirait pas, mais c'est très physique de faire de la bande dessinée. J'avais très mal partout, etc.
Alors que l'encre, c'est ton pote chill. C'est ta pote chill qui, en mode genre ça, va... Ah, t'as raté ? C'est pas grave. Laisse-toi partir. C'est vraiment la même chose pour moi. Et tes planches sont très belles. Du coup, tu les vends ?
Il n'y a pas un truc difficile quand tu as une planche qui est achetée, au-delà de l'aspect financier, qui est évidemment important, mais de voir partir, tu disais que c'est comme des amis, donc justement, de les laisser partir. Non, c'est la couleur, mes amis, ce n'est pas mes planches.
En fait, c'est marrant parce que j'ai très peu d'affect pour mes planches. Parfois, il y a une planche où je me dis « ah ouais, j'ai pas envie de la laisser partir ». C'est très rare. Souvent, c'est une planche qui symbolise beaucoup de choses. Par exemple, il y a une planche dans le tome... dans le tome 1 d'Anna et l'Entremonde, qui a cristallisé beaucoup d'émotions qui s'est passées dans ma vie, etc., qui ne sera jamais vendue. Sinon, j'ai assez peu... Moi, ce qui m'intéresse...
C'est le voyage pour y aller, pas la finalité. Et les planches aussi. Puis il y a aussi un truc où je me dis, mais en fait, les gens qui achètent en galerie, surtout. C'est une typologie. En fait, les gens qui achètent en galerie... sur mes planches, sur de la jeunesse, on est quand même sur des niches de niches. En fait, c'est des gens qui vont aimer.
Ma planche. Alors que moi, chez moi, je n'affiche pas mes planches. Moi, elles vont être dans un bac, dans un coin. Ça ne sert à rien que je les garde près de moi. C'est comme quand tu fais des enfants. Des enfants, ils ne sont pas faits pour rester près de toi. Ils sont faits pour faire leur vie. Et aussi, je me dis...
ces planches que je vends, c'est pour pouvoir vivre confortablement et pouvoir créer sereinement à la suite. Et c'est ma création qui finance ma création. Tu as toujours voulu faire de la BD ?
¶ De DA à Autrice: Réseaux Sociaux
Parce que quand tu commences chez mademoiselle.com, à ce moment-là, c'est un peu la porte d'entrée, notamment pour les autrices. C'est un peu la porte d'entrée vers la bande dessinée idéale. Ou en tout cas, il y en a plusieurs qui ont réussi à faire. Déjà, à cette époque, tu as ça en tête ? En fait, à Mademoiselle, j'étais directrice artistique. Je sais qu'il y avait de la bande dessinée. J'en ai vu beaucoup passer. Mais moi, c'était à côté. Non, au début, c'est marrant. Pourtant, j'ai béni.
d'un cadre incroyable avec des parents qui n'ont jamais considéré la bande dessinée comme une sous-culture. Peu importe, ils me disaient tu lis, je prenais une bande dessinée mais ça valait. C'est de la lecture. Donc ça, déjà, moi, je suis née dans les années 90. Il faut quand même voir l'évolution qu'on a là-dessus. Mais dans les années 90, même si tes parents te disent que ce n'est pas un sous-métier,
Il y a tout qui te crie que tu ne peux pas en vivre. C'est complètement con. J'ai une bibliothèque qui est remplie de personnes qui ont fait ces BD. Il y a bien quelqu'un qui a été payé là-dedans. Mais très vite, je me suis dit non mais...
C'est trop dur d'en vivre. C'est pour ça que, à la base, mes premières études, c'est du graphisme. J'ai fait graphisme print, j'ai fait un an de cycle supérieur d'illustration, mais c'était trop cher, c'était une école privée. Je suis allée dans le monde du travail. j'ai fait du travail très rébarbassif et après j'étais arrivée à mademoiselle.com et c'est qu'après mademoiselle.com en tant que directrice artistique là j'ai sorti les premières bandes dessinées
Mais donc, en fait, c'est fou parce que j'y ai pas cru jusqu'à temps, ça m'arrive. Et c'est fou parce que moi, je passe mon temps à dire à tous les jeunes, présentez-vous comme autrice de bande dessinée, même avant.
que vous ayez publié quoi que ce soit sur papier, personne ne va vous adouber, etc. Mais même moi, quand j'étais plus jeune, je ne l'ai pas fait. Alors que ça faisait des années que je publiais sur mon blog. Des années. Sur mademoiselle.com, je publiais énormément. Donc, ouais, j'y ai...
J'ai commencé à y croire quand j'ai commencé à pouvoir en vivre. Et en fait, j'ai commencé à y croire à Radium Girl. Il n'y a pas si longtemps que ça. J'évoquais tout à l'heure tes réseaux sociaux. Tu es très présente sur les réseaux sociaux. à la fois de façon très technique, j'allais dire, c'est vraiment tu montres ta manière de travailler, comment tu mets tes scotch, et à côté...
ta vie, ta rénovation, je ne sais plus si c'était une salle de bain ou une cuisine, des recettes de cuisine. Tu penses que c'est important aujourd'hui pour un auteur ou une autrice de créer ce lien avec sa communauté de lectrices et lecteurs ? Ça fait partie du métier presque, j'allais dire. Si on est à l'aise avec ça, oui. Si vous forcez, il ne faut pas y aller. En fait, ça se sent tout de suite. Quelqu'un qui se force à faire de la communication, ça sonne faux. Moi, c'est parce que j'adore ça.
Vraiment, c'est ma cour de récré. Effectivement, j'ai fait même des mini-formats où je débunkais des pubs, mais c'était il y a longtemps sur ma chaîne YouTube, parce qu'en fait, ça m'amuse. Et puis j'arrête quand ça m'amuse plus. En fait, c'est...
une partie de mon travail parce qu'on va quand même pas se cacher que ça s'appelle de l'influence mais c'est pas une partie de mon travail qui me ramène directement de l'argent tu vois donc c'est encore un truc où si ça me soule j'arrête tu vois là ça va être compliqué si ça me soule j'arrête la bd on va avoir un léger problème Mais en fait, je ne sais pas. En fait, si les gens sont à l'aise pour parler, incarner tout ça...
Go for it, c'est un très bon moyen de montrer son travail, vulgariser la bande dessinée, incarner, etc. Démystifier. Démystifier. Parce qu'on voit que c'est un métier dur, répétitif, presque rébarbatif parfois. parfois, solitaire. Ça, tu le mets aussi bien en scène, tu le montres bien. Oui, c'est ça qui est incroyable. Moi, c'est ça que je trouve cool, c'est que j'ai très peu de gens qui me disent « Bon, ça sort quand, la suite ? » Parce qu'en fait, tout le monde est au courant.
à quel plan je suis et à quelle étape je suis il n'y a pas de mystère tout le monde se demande genre la page 65 compliqué tu vois et donc ça fait que je sais que j'ai beaucoup de gens qui m'ont dit mais je ne m'attendais pas à autant d'étapes
¶ Avenir, Proust et Coups de Cœur
Et j'étais là, eh oui, c'est la bande dessinée, c'est le mot à faire. Tu parlais de ton projet, mis entre parenthèses... Ce sera le prochain ? Une fois que le tome 4 d'Anna sera bouclé ? Non, je suis encore sur autre chose. Ce projet, peut-être qu'un jour il vira le jour, peut-être pas, je sais pas. C'est quand même une super histoire, mais qui est arrivée trop tôt. Je pense que c'est encore trop tôt.
Parce que vraiment, c'est la curation historique, parce que quand tu fais de l'historique, il n'y a pas uniquement la curation des faits, il y a aussi la curation des images.
bien compte que, en plus, tout le temps, c'est tout le temps sur des histoires de personnages middle class pour les terres. Et en fait, à cette époque-là, par exemple, dans les années 20, il n'y avait que les bourgeois qui marquaient l'histoire parce que c'était eux qui avaient accès à l'image. Alors que c'est épouvantablement...
compliqué. Heureusement, il y a Internet, merci. Je ne veux pas savoir comment on faisait des gens avant, enfin, les auteurs qui faisaient de l'historique avant, mais bref, si, ils savaient, ils allaient dans les bibliothèques. Pour l'instant, c'est de l'embryon, vraiment, mon futur projet, mais ça sera certainement de l'adulte.
du one shot à l'encre assurément scénario dessin scénario dessin et en fait c'est en germe je préfère pas trop en parler parce que on est vraiment au tout début peut-être s'il y a un petit peu de fantastique quand même encore on sera patient pour en découvrir plus c'est le moment si on passe à notre questionnaire de Proust version BD est-ce que tu es prête ?
La première BD que tu as lu ? La toute première, ça devait être... un bouletbile ou quelque chose comme ça en fait classique ou classique à la médiathèque à la bibliothèque et tout j'ai pas un souvenir immuable je tiens à le dire quelle est selon toi la meilleure BD de tous les temps ?
C'est trop dur, parce que même si j'ai écouté le podcast de la BD... Tu as triché. J'ai triché, mais même là, tu vois... Mais si, j'en ai, mais c'est comme tous les auteurs, on est tous genre, mais comment ça, la BD, les BD... En fait, on va dire que... J'ai des BD à côté de mon bureau. qui sont un peu mes références. Et par exemple, le 500 km par seconde de Manuel Fjord, en termes de couleurs, c'est incroyable. Et moi, ça m'a vraiment beaucoup marqué. La plus belle couverture de bande dessinée.
Ça, j'aurais du mal à... Si, celle de Fabien Wellmann, Jolie Ténèbre. Je fais pas genre, j'ai vraiment perdu. La plus belle case de bande dessinée. Ça, je vais dire direct, parce que c'est la bande dessinée qui m'a lessivée en termes de larmes. En fait, c'est In Waves. Et il y a une case. Déjà, tu pleures, on continue. Et il y a une case.
je peux pas en dire plus parce que sinon je vais tout spoiler donc il faut la lire il y a une case qui t'atomise quel est ton personnage de BD préféré ? Mafalda Mafalda parce que en fait Quelle incroyable œuvre. Et surtout sur des sujets aussi touchy. L'écriture de Kino... C'est cette espèce de désinvolture et en même temps... En fait, c'est une espèce de désinvolture enragée, tu vois, de ma falda, je la trouve incroyable. Ton personnage de BD détesté. Détesté... En fait...
C'est plutôt une incarnation complète, c'est un amour-haine. Je triche un peu. En fait, moi, mes tout premiers amours de bande dessinée, il y avait... La première BD que j'ai lue, c'était certainement à Boulébile. Mais en fait, moi, j'ai une grosse passion héroïque, fantaisie, guerrière, gros seins, petite taille, grosse cuisse. Et ça, c'était quand j'avais à peu près 12 ans.
Et en fait, c'est cette incarnation-là que j'ai autant adorée, que j'ai détestée aussi, parce que c'était très libidineux. Et vraiment, c'était vraiment sous le niveau de la mer, de la représentation des femmes. Et c'est cette image-là que je déteste, en fait, de ça. Tu dessines dans lequel mot en musique ? Avec du bruit.
genre moi je dessine avec des podcasts et des live twitch faut que quelqu'un travaille en même temps que moi comme ça j'ai pas la sensation d'être toute seule moi je connais la réponse mais je la pose quand même couleur ou noir et blanc On y a déjà largement fait référence. Et pour terminer, est-ce qu'il y a une autrice ou un auteur de bande dessinée que tu nous conseillerais et qu'on ne connaîtrait pas forcément ? Mayol Vigourou. C'est mon petit chouchou.
Il a fait deux bandes dessinées qui s'appellent L'Amenticor, du moins que je connais. Et dernièrement, Etheb et la Harpie. Et incroyable. Moi, ce qui m'a atomisée, c'est que la Manticore, c'est incroyable, c'est beau, c'est vraiment une fable. Et à la fin, je vois projet de fin d'études. Donc, j'ai vraiment fait pardon.
Et Teb Alharpi vient de sortir. Et pareil, c'est divin. C'est chez Quinta à l'édition. C'est de la Riso. Ils vont rééditer. Ils vont rééditer plus en quadri. Mais c'est mon petit chouchou. Tout ce qui sort, j'achète. Et bien voilà. Un bon conseil de lecture. Et je vous conseille aussi de lire ou relire Radium Girls, et puis de se plonger dans Anna et l'Entremonde. Le tome 3 est sorti, et bientôt le tome 4, pour quand ? On va dire à peu près mai 26 mars.
mars-avril-mai mars-avril-mai 2026 merci beaucoup en tout cas si d'avoir joué le jeu merci à toi merci beaucoup Neuvième art est un podcast produit par la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême, réalisation Mathieu Charrier. N'hésitez pas à commenter ces épisodes, à les noter, à en parler autour de vous, c'est très important pour nous.
